Asie

Prendre le train en Inde

INDE – Carnets de voyage de deux filles parties pour cinq mois d’aventures dans ce pays bouleversant. Épisode 5 : guide pratique pour prendre le train.

Il y a quelques années, je (ici, c’est Elodie qui raconte) m’envolais pour l’Inde en compagnie de Milena, une amie photographeDeux filles en territoire inconnu pendant cinq mois.  Tout au long de notre parcours, on a raconté, à chaud, nos impressions et nos péripéties sur un blog créé pour l’occasion
Aujourd’hui, j’ai envie de partager ces carnets de voyage ici.
À travers cette série de 10 articles, découvrez l’Inde avec nous. On l’a d’abord détestée, puis elle nous a intrigué. Et après un long apprivoisement, on a appris à l’apprécier. Il m’a fallu du temps pour me remettre de ce voyage, mais aujourd’hui, avec le recul, je peux enfin dire : j’y retournerai.

 

PRENDRE LE TRAIN : MODE D’EMPLOI 

Après plus de trois mois à parcourir l’Inde dans les wagons bleus, on peut aujourd’hui te confier, cher lecteur, que l’énigme du train indien est quasiment résolue. Il nous fallait roder le système pour pouvoir t’en parler. C’est chose faite.

PREMIÈRE ÉTAPE : LE BILLET

Avant de grimper dans le monstre d’acier, il faut obtenir un billet. Pour ça, il existe deux méthodes : celle du touriste lambda qui passe par une agence ou un hôtel acceptant de payer une commission pour service rendu (la méthode facile et efficace). Et puis il y a l’autre : celle de tout bon Indien qui se déplace à la gare pour retirer son billet au guichet. Hors de question de céder à la facilité, on s’obstine à acheter notre titre de transport à la gare. Quitte à se battre dans la file d’attente avec des locaux, prêts à tout pour doubler et grappiller quelques places.

Une fois au guichet, inutile d’espérer la moindre assistance de la version locale de l’agent SNCF. Si vous n’avez pas rempli votre demande de billet correctement (ce qui implique que vous devez connaître en avance votre destination, le train qui la dessert, son numéro et l’heure de départ), il vous met en attente sur le coté jusqu’à ce que vous ayez toutes les informations nécessaires (impossible sans une connexion internet, donc, anticipez : toutes les infos sont accessibles, horaires, numéros de trains et nombre de places disponibles dans les différentes classes sur le site : www.indianrail.gov.in).

Autre détail important : un train indien n’est jamais complet, même quand on vous certifie le contraire. Il existe un certain nombre de quotas qui permettent de contourner le problème. Et notamment le Foreign tourist quota (réservé aux touristes). Sur les trajets qualifiés de touristiques, il réserve certaines places aux étrangers. Si vous arrivez trop tard, qu’il ne reste plus rien en Foreign tourist quota, pas de panique, il reste encore une petite solution. Vingt-quatre heures avant le départ, des places sont débloquées (Tatkal quota) et permettent aux retardataires d’obtenir un billet (un peu plus cher, toutefois). Mais encore une fois, n’attendait rien de l’agent derrière le guichet, il s’en contrefout. Votre vie ne l’intéresse pas et il n’est pas là pour vous rendre service. Si vous ne lui suggérez pas les quotas, vous restez sur le quai. Ah, et vous vous sentez sereines parce que vous avez saisi le fonctionnement de la gare précédente ?  Erreur. Chaque gare a ses propres règles. Nouvelle ville, nouveau défi. Mais chaque fois, la fierté de ressortir billets en poche.

DEUXIÈME ÉTAPE : LE WAGON

Ah, les beaux panneaux lumineux de la SNCF qui vous indiquent clairement où se situera votre wagon… Pas la peine d’en chercher ici. Dans les gares les plus sophistiquées, des signaux indiquent la position de chaque wagon. Approximatif, très approximatif. Il n’est pas rare de voir passer son wagon et de devoir courir après, sacs sur le dos, jusqu’à l’autre bout du quai.

Quand il n’y a pas les indicatifs lumineux ou que votre train est sur le départ, votre premier réflexe : rentrer dans le premier wagon. Pour avoir expérimenté cette méthode, on vous le déconseille, surtout quand vous choisissez la classe Sleeper (banquettes qui se transforment en couchettes, six personnes par compartiment officiellement, officieusement sur une banquette de trois, ce sont cinq à six personnes qui s’entassent).
Une expérience : le couloir est étroit et bondé. Nos sacs à dos presque trop larges. Il nous reste quatre wagons à traverser. Les esprits s’échauffent (oui, on prend toute la place, désolées !), ce n’est pas le moment de traîner. Bilan de la traversée : une rixe provoquée, un sweat perdu dans le secteur des intouchables pour devoir finalement ressortir et courir sur le quai, train en marche, pour sauter dans le bon wagon.

TROISIÈME ÉTAPE : LE VOYAGE

Quand on choisit la classe Sleeper, c’est qu’on voyage en journée. Pour un trajet de nuit (préférable pour les longues distances), on privilégie  les classes 2AC ou 3AC. Elles sont certes plus chères que les Sleeper, mais offrent des compartiments climatisés, isolés par un rideau (quatre couchettes pour 2AC, six pour 3AC qui est selon nous le meilleur rapport qualité prix), fournissent draps et couvertures. Et dans cette classe, personne ne viendra vous prendre votre place avant votre arrivée (pas besoin de virer à 2 heures du matin le malpropre qui a souillé votre couche, classique en Sleeper).

Vous êtes confortablement installées, le train est sur le départ. Vous faites connaissance avec vos voisins de couchettes, avec qui vous allez partager une longue nuit intime. Et là, c’est un peu comme la roulette russe, vous pouvez tomber sur n’importe qui.  Du gros indien qui flatule et dévore des snacks à longueur de journée à la famille indienne trop préoccupée par son bébé pour imaginer que vous puissiez vouloir dormir, en passant par le magistrat végétarien qui essaie coûte que coûte de de vous convertir à son mode alimentaire.

Et comme vous vous pliez au rythme du train, des vendeurs de chai, cutlet (croquette) et autres bouteilles d’eau qui hurlent pour vous prévenir de leur passage, pas la peine de tenter la grasse matinée. Couché tôt, levé tôt. Alors pour patienter, vous faites comme le local, à chaque arrêt de train vous descendez acheter de quoi grignoter.

Ah oui, on ne vous à pas dit… Il est impossible de connaître exactement l’heure de votre arrivée. Un train sur deux (sans doute plus, en fait) a du retard. Pourquoi ? Parce qu’en Inde, il n’y a qu’une seule voie de circulation. Les trains fonctionnent sur les mêmes rails dans les deux sens. Certains passages aménagés sont réservés au croisement. Mais en attendant que l’autre train passe, le votre s’arrête. Et peut attendre comme ça pendant une heure. Incredible India !

 

DELHI, LE RETOUR 

Delhi. Chaotique ville indienne à la détestable réputation. Rappelle toi lecteur, ce fut le point de départ de notre périple. Et plusieurs mois plus tard, nous y revoilà, davantage pour des raisons pratiques que par réelle envie. Mais maintenant que nous y sommes, autant tenter de découvrir une nouvelle facette de cette capitalee de l’arnaque touristique.

Même quartier, même hôtel. On ne change pas les habitudes. La position centrale de Paharganj et ses tarifs imbattables ont eu, une nouvelle fois, raison de nous. Dans la rue, le rabatteur de la première fois et ses copains sont toujours là. Mais mon ami, aujourd’hui, tu ne nous auras pas. On en a vu d’autres et on connaît tes combines. La tête haute, un poil irritables, on traverse Main Baazar. Le rickshaw nous propose une course à 100 roupies, on utilise le système prepaid (prépayé) aux tarifs fixes : 25 roupies. L’épicier annonce les prix à la tête du client, nous savons que tous sont mentionnés sur le paquet (oui, en Inde, le prix est toujours écrit sur tous les produits ; refusez de payer plus). Quant au vendeur de carte Sim Airtel, qui nous a vendu une puce de trois mois au prix de celle de six, à défaut de pouvoir nous venger, nous refusons catégoriquement de recharger le crédit chez lui. Non mais.

Nous voilà donc, plus conquérantes que jamais, parties à la (re)découverte de la ville. Même les détecteurs de métaux à l’entrée du métro n’ont pas raison de nous et ne trouvent pas les couteaux dans nos sacs. Direction le quartier central de Connaught Place.  Boutiques occidentales, parc verdoyant et larges trottoirs propres : une toute nouvelle image de Delhi. Le New Delhi. L’occasion de faire un tour au cinéma et de découvrir la nouvelle grande affiche de Bollywood : Ek thi DaayanEt de constater que toutes les séances du 7e art ne sont pas aussi animées que celles du Raj Mandir à Jaipur. Le film, réparti dans la catégorie « Horreur romantique », mélange les genres maladroitement. Et puis, forcément, les subtilités du dialogue en hindi, on ne les comprend pas !

Après le New, le Old Delhi, son Fort rouge et sa Mosquée, Jama Masjid. La plus grande du pays, capable d’accueillir 25 000 croyants. Attention touriste, dans ce quartier, l’Indien malhonnête reprend ses droits et encaisse 300 roupies l’entrée du site religieux. Et quand tu refuses de payer, soutenu par un fidèle de retour de la prière, le vilain monsieur qui gère la porte principale agite violemment son bâton. Pour calmer les esprits, on nous recommande de tenter notre chance à une autre entrée. Nous suivons ce conseil et partons sous les jets de peaux d’orange. Ne pas réagir à la provocation. Ne pas abandonner l’idée de visiter le bâtiment. Autre porte, autre accueil : l’entrée est bel et bien gratuite, ce sont les droits d’appareils photos qui sont encaissés 300 roupies. Et c’est parées des plus belles tuniques fleuries de la Mosquée que nous entrons.

Ah Delhi. Finalement, que penser de toi ? Ta mauvaise réputation te précède dans tout le pays. Même tes habitants certifient que tu es véreuse et dangereuse. Difficile pour nous de dire le contraire quand, à chaque pas, on tente de nous soutirer quelque chose. Notre histoire d’amour avait mal commencé. Elle restera platonique. Sans passion. Une ville comme les autres, avec ses plus et ses moins. Surtout ses moins.

Si vous avez raté les épisodes précédents :
– Episode 1 : Bienvenue en Inde.
– Episode 2 : L’Inde, sans les touristes.
– Episode 3 : L’Inde dans le grand bain hindou.
– Episode 4 : Inde : le lexique pour tout comprendre 

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