Asie

À bord du Transsibérien

RUSSIE – Le train légendaire traverse la Russie en 7 jours. Billets, repas, couchettes : nos conseils pour prendre le Transsibérien. Et journal de bord.

Russie, Transsiberien

Moscou – Vladivostok reliées en 7 jours. C’est la promesse historique du Transsibérien. La voie ferrée transcontinentale russe (9289 km), la plus longue du monde, est mythique pour biens des voyageurs. Dans l’imaginaire collectif, embarquer à bord de ce train pas comme les autres, dont la construction fut une véritable épopée, c’est valider un billet pour un lent périple introspectif et romantique au coeur des steppes et de la taïga… Oui, il y  a de ça. Mais pas seulement. 

UN MÊME NOM, PLUSIEURS TRACÉS
Si la ligne du Transsibérien en tant que tel relie Moscou à Vladivostok, d’autres alternatives sont possibles (Moscou-Ekaterinbourg peut se faire via Nijni-Novgorod ou via Kazan, par exemple). Mais pour beaucoup de voyageurs, le trajet type part de la capitale russe (parfois même de Saint-Pétersbourg) et s’arrête à Pékin, en Chine (transmogolien, via la Mongolie, ou transmanchourien). C’est le nôtre, même si on franchira la frontière mongole en bus, pour des raisons pratiques et économiques.
Plus au nord que la voie du Transsibérien, la grande ligne Baïkal-Amour (BAM), permet, elle, d’atteindre Sovietskaya Gavane, sur le détroit de Tatarie, depuis Taïchet…

Carte transsibérien

 

En trois semaines passées en Russie, nous nous sommes déplacés essentiellement grâce au rail. Traversant de part en part ce gigantesque pays : partis de Saint-Pétersbourg, nous avons rejoint Oulan-Oudé, la capitale de la Bouriatie, à quelques encâblures de la frontière mongole. Cinq trains différents, quatre escales : c’est celle-ci, notre expérience de ce qu’on appelle le Transsibérien. Récit.

Russie, Moscou, gare

SAINT-PETERSBOURG-MOSCOU : N°005 AA

Départ le 4 avril 2015 à 22 h 50, arrivée le 5 avril 2015 à 6 h 47. 
Tarif : 2048 R par personne (36,6 €).

22 h 30. Arrivés largement en avance dans l’immense gare Moskovski de Saint-Pétersbourg, on finit par grimper dans le train au pas de course ! On avait bien repéré notre quai, pas de problème, mais la porte sensée y donner accès n’a jamais ouvert. Dix minutes avant le départ, on a enfin localisé le passage… dans l’axe d’un autre quai, juste à côté. Et nous, on attendait bêtement… Wagon numéro 2 ? Bon, c’est tout au bout du train… Allez, hop hop hop.

22 h 35. Ah, notre première rencontre avec une provodnitsa. La provodnitsa, c’est la gardienne du wagon, maîtresse à bord. Il y en a toujours une – parfois deux – par voiture. Première mission : elle en contrôle rigoureusement l’accès en gare.  Billets et passeports. Tout est en ordre.

22 h 40. Découverte du train, visiblement très récent. Pour cette premiere expérience ferroviaire en Russie, nous sommes dans un propret compartiment de quatre lits (koupe). On salue notre compagnon de voyage déjà installé, il nous répond poliment. Le second arrivera juste avant le depart. Tous deux, sur les banquettes du bas, s’allongent sans tarder, tout habillés. Le train dans son ensemble, comme la literie ou les toilettes, sont d’une propreté irréprochable. Surprise : il y a même du wifi. Notre chère SNCF a de sacrées leçons à prendre…

22 h 50. C’est le départ. On se change sur nos couchettes et allez, au lit. Quelques pages de lecture. Très vite, le ballotement nous berce. Dodo.

3 h 10. Bon sang mais qu’est-ce que c’est ?!? La provodnitsa debarque dans notre compartiment en beuglant quelque chose, visiblement à l’attention d’Elodie. On comprend qu’elle réclame son billet, dont elle arrache la partie arrière, détachable, avant de partir en refermant sèchement la porte. Parce qu’aux toilettes juste avant le depart, Elo ne lui avait pas fourni. Ca doit être pour ça. Mais pourquoi maintenant, à trois heures du matin ? Nos voisins du dessous n’ont pas cillé. 

6 h 00. Tiens, là revoilà. Avec toujours ce même velouté dans la voix, digne d’un colonel de la légion qui n’aurait pas mangé depuis trois jours, la provodnitsa vient encore nous réveiller. On entend qu’elle inflige le même traitement aux compartiments voisins : tout le monde debout, on approche de Moscou. Malgré les trois toilettes, il y a déjà la queue dans le couloir.

6 h 25. Aux fenêtres, c’est un interminable paysage urbain qui défile. La banlieue de la capitale est gigantesque (lire aussi notre article Visiter Moscou en quelques jours), les tours succèdent aux tours. Pas un échange avec nos deux camarades de compartiment. Dasvidania.

6 h 47. Arrivée du train en gare, pile a l’heure. A nous Moscou !

                                 

19 h. Sans se presser. Contrôle des billets, des passeports, on s’installe à l’interieur du train une bonne vingtaine de minutes avant le départ. Cette fois, on y est. La platskart, la troisième classe russe. Rien a voir avec notre trajet Saint-Pétersbourg – Moscou. 54 couchettes dans le même wagon, bien moins neuf, bien moins propre, qui affiche complet. Et comme on a réservé simplement la veille, on n’a pas des places à côté l’un de l’autre.
C’est la première fois, alors on cherche. Où ranger nos gros sacs, où trouver les matelas à deplier sur les couchettes. Nos voisins nous montrent. Bientôt, la provodnitsa vient distribuer les petits kits plastifiés qui contiennent deux draps, une taie d’oreiller et une petite serviette de toilette.

19 h 15. Elodie partage le couloir avec une vieille dame, qui a choisi la couchette du bas à cause d’un mal au genou (c’est ce que l’on peut comprendre avec quelques gestes d’explications). En face, dans l’espace de quatre lits, Vladimir « vous pouvez m’appeler Vlad », arrive le dernier et engage la conversation dans un parfait anglais (assez rare pour être noté). Son fils « adore la Côte d’Azur » et ne jure que par la France, lui est plutôt anglophile. 
Mathieu, de son côté, se retrouve assis face à une vieille mamouchka qui lui demande sans y mettre trop de formes, à coup de gestes et de grognements, de placer ses nombreux sacs dans les casiers du haut. « Bien sûr madame » (mais bon dieu, qu’est-ce qu’elle transporte ? Des haltères ?).
Le rituel est chaque fois le même : à peine montés à bord, les passagers troquent leurs chaussures pour des sandales ou des pantoufles et enfilent shorts, survets, pyjamas ou même marcels. Le Transsibérien est à l’élégance ce que la gastronomie russe est au régime crétois. Une antithèse. Ah oui, à l’intérieur, il ne fait pas froid. 23° minimum.

19 h 40. Premier repas à bord du train. Nouilles chinoises instantanées, forcément. « Student cooking », rigole Vlad, qui insiste pour que nous puissions manger face-à-face, en expliquant la situation aux autres passagers. La vieille dame qui fait face à Elodie accepte de céder sa place sans souci, le temps du dîner. On est équipés de mugs de camping rétractables et colorés (qui intrigueront souvent les enfants, dans les différents voyages), on les remplit d’eau bouillante au samovar.

Ah oui, le samovar, c’est l’objet le plus important du Transsibérien. Il y en a un par compartiment, en bout de wagon, face au local de la provodnitsa. Souvent hors d’âge, il distribue de l’eau bouillante (chauffée à la flamme) et filtrée à toute heure du jour et de la nuit. Pratique, pour les nombreux thés que tous les passagers sirotent au long de la journée. Ou pour les nouilles chinoises.

20 h 20. Mathieu retourne à sa place. La vieille mamouchka a déjà déplié sa couchette, celle du bas, et elle a enclenché la machine à ronfler. Elle la laissera tourner jusqu’au petit matin. Pas le choix : il grimpe dans sa couchette. Elodie regagne elle-aussi ses quartiers et laisse sa voisine du bas faire la discussion à tout le reste du compartiment pendant encore deux bonnes heures… Elle gagne par épuisement sur chaque passager.

7 h 15. Tout le wagon est réveillé. La mamouchka ronfle encore un peu, pour la forme, avant de se lever elle aussi. La voisine d’Elodie, la dame bavarde,  est descendue du train pendant la nuit. C’est l’heure du thé. 

8 h 08. Entrée en gare de Kazan. Pas une minute de retard. Vlad nous salue en descendant.

COMMENT RESERVER UN BILLET ?
Comme toujours, deux solutions : jouer des coudes au guichet d’une gare ou s’installer confortablement devant un ordinateur. Pour avoir tenté les deux, on peut vous donner quelques conseils…
À la gare.
 
Un seul mot d’ordre : an-ti-ci-per. Regardez sur le
site des chemins de fer russes et notez le numéro de train, les destinations départ et arrivée (pour faciliter la transaction, nous les avions même pris en photo avec un téléphone…), car sur place personne ne parle un mot d’anglais. Dans la gare, la première épreuve est toute simple : trouver les guichets.  Attention, il existe généralement une partie réservée aux trains régionaux et une autre pour les grandes lignes. Une fois que vous êtes dans la bonne salle, ne réfléchissez pas trop longtemps pour savoir quelle file est la bonne ; c’est généralement la plus longue. Montrez vos photos ou vos notes concernant le train, et précisez bien quelle classe vous voulez (koupe ; platskart…). Si tout va bien, vous sortirez vos billets à la main, fiers d’avoir accompli votre mission.
Sur internet. Rendez-vous sur le même site. L’avantage sur le web, c’est que vous pouvez choisir votre place (ce qui peut être plus difficile à la gare). Attention toutefois si vous réservez sur internet, certains billets de train ne sont pas valides et devront être changés à la gare contre de vrais tickets. Un logo « 3p » est accolé aux trains qui acceptent les billets imprimés.
Bien sûr, il faut réserver un billet différent pour chaque trajet. Impossible d’acheter un Moscou-Vladivostok et de descendre en route, dans les villes traversées, pour remonter à bord un autre jour. Logique : en France, vous vous accorderiez une pause d’un week-end à Valence avec votre billet Paris-Marseille ?

Russie, plan wagon

 

KAZAN-EKATERINBOURG : N° 140 HA  

Départ le 10 avril à 15 h 45, arrivée le 11 avril à 6 h 01.
Tarifs : 1421,6 R par personne (25,4 €).

  • Les horaires en violet correspondent à chaque fois à l’heure de Moscou. Celle qui régit la circulation de tous les trains en Russie, celle qui est affichée sur les billets, dans les gares et à l’intérieur des wagons. Même à Vladivostok par exemple, où il est sept heures plus tard… 

13 h. Heureusement, on avait anticipé, pour pique-niquer tranquillou à la gare avant d’embarquer. Sauf que voilà, on n’était pas à la bonne gare. Le temps de traverser à nouveau toute la ville en métro, de marcher une vingtaine de minutes avec les gros sacs sur le dos, on arrive dans les temps et en sueur à la bonne station. Au programme : quatre jours et trois nuits de train jusqu’à Irkoutsk. Là, c’est du sérieux. Avec un changement à Ekaterinbourg, frontière entre deux continents, l’Europe et l’Asie.

15 h 12. On est à bord. On est passé au supermarché hier, nos sacs à provision sont remplis, on est prêts.

15 h 45. C’est parti. Le wagon est loin d’être rempli, c’est calme. Pour la première fois, de jour, on peut se plonger dans la contemplation du paysage. Enfin. Toutes nos lectures sont formelles : regarder défiler la Sibérie depuis la fenêtre du train est une expérience quasi mystique. Pour l’instant, à quelques mètres des rails, après la ville, il n’y a que des forêts de bouleaux et de pins, qui bouchent la vue.

17 h 15. Bouleaux. Pins.Russie, pins et bouleaux

18 h 26. Y’a encore du bouleau. Du pin aussi. Ah tiens, trois hommes, des chasseurs peut-être, sortent d’un bois. Enfin, un bois qui ferait des centaines et des centaines de kilomètres.

19 h. La nuit est presque tombée. Franchement, le paysage de cette première après-midi à bord avait de quoi lasser le plus contemplatif des moines tibétains. On est un peu déçus.
Ce soir, c’est sandwich, on garde les nouilles asiatiques pour plus tard, dans le sac à provisions rangé sous les sièges. On se couche tôt, dans une voiture silencieuse. Surtout qu’il faut se lever de bonne heure, pour descendre à 6 h 01 (heure de Moscou) ; 8 h 01 à Ekaterinbourg.

5 h. La provodnitsa nous réveille une bonne heure avant l’arrivée à Ekaterinbourg. Mais elle a peur qu’on traîne sous la douche ou quoi ? Mais de douche, il n’y en a pas (dans le Transsibérien, la toilette se fait au petit lavabo des toilettes) et toutes nos affaires sont prêtes, dans nos sacs. Petit-déjeuner sans se hâter. Echange entre tongs et chaussures de rando, on peut descendre.

6 h 01. Le train s’arrête en gare d’Ekaterinbourg. Pile à l’heure. Ici, on a un pied en Asie. 

EKATERINBOURG-IRKOUTSK : N°100 3A

Départ le 11 avril à 10 h 09, arrivée le 13 avril à 16 h 22.
Tarif : 4172,9 R par personne (74,6 €).

8 h 50. Fatigués. Sur les sièges en fer de la moche salle d’attente, le décalage horaire et la courte nuit à bord se font sentir. Encore une heure à attendre avant l’entrée en gare de notre train. Payantes, les toilettes de la gare d’Ekaterinbourg frisent le dégueulasse. A tour de rôle, on y effectue tout de même une toilette rapide.

9 h 45. On attend d’embarquer dans notre wagon derrière quatre Chinois, qui transportent quatre ou cinq sacs chacun. Ca fait râler la provodnitsa. Impassibles, ils ne comprennent rien aux paragraphes qu’elle débite. Ah, on n’est pas les seuls.

10 h 20. Le train est parti depuis dix minutes. Heure locale, c’est bientôt midi et demi. On se prépare donc à déjeuner, pour essayer de se caler sur le bon fuseau. Et puis de toute façon, dans le Transsibérien, manger, c’est une façon de faire passer le temps. On y mange plus souvent qu’à l’extérieur. Ah, derrière la vitre, c’est bouleaux et pins. Et parfois, quelques villages d’isbas, ces petites maisons russes traditionnelles, en bois.
Il nous reste un peu de roquefort, on en prépare une assiette pour les autres passagers d’un wagon pour l’instant encore à moitié vide. Pour tout le monde, c’est « niet, spassiba » (la vidéo arrive bientôt). Les quatre chinois, eux, nous regardent comme des extraterrestres avec notre fromage bizarre. Ils refusent d’y toucher et même, ne semblent pas interéssés par nos explications. Tant pis.Russie, Transsiberien

14 h 02. Le train s’arrête à Tioumen, pour une vingtaine de minutes. Mathieu descend se dégourdir les jambes. Sur le quai, les passagers prennent l’air – frais – en short, en sandales, il y a même un gros monsieur torse nu. Un groupe de jeunes Russes a repéré les quatre jeunes femmes, faut dire qu’elles sont du genre voyantes, regroupées devant la porte de notre voiture. Les commentaires ont l’air salaces. L’une d’elle, collant à fleurs, veste à fleurs, baskets fluos, monte à bord. Elle s’installe, seule pour l’instant, en face de nous, dans le box de quatre lits. Ses trois copines lui téléphonent sans cesse depuis le quai, en faisant de grands gestes derrière la vitre, jusqu’à ce que le train démarre. Et même après. Tournée vers l’extérieur, ses écouteurs dans les oreilles, elle n’a clairement pas envie d’engager la conversation. Elle s’ouvre une bière, le grand modèle, et la siffle dans son coin.

16 h 18. Mais c’est incroyable, elle n’a jamais de fin cette forêt ?
On franchit un nouveau fuseau horaire aux abords de Omsk, ça fait trois.

CONSEIL LECTURE
« On a beau avancer, on a l’impression qu’on n’a pas bougé. Ce qu’on voit l’après-midi, on l’a déjà vu le matin. On peut même croire qu’on est revenu en arrière. La lenteur du train, les sinuosités paresseuses qu’il décrit, comme s’il n’avait pas envie d’atteindre son but, favorisent cette illusion. Nous faisons l’expérience du vrai voyage, qui est le contraire de l’excursion. Le vrai voyage ne dépayse pas, le paysage n’est beau que par la vibration intérieure qu’il nous fait éprouver, exempte de toute curiosité pour l’inattendu. »
Dans Transsibérien, Dominique Fernandez, belle plume de voyage,  narre son voyage à bord du train des artistes et intellectuels français, en 2010, à bord de voitures grand luxe. Un récit peuplé de références historiques et littéraires souvent passionnantes. Même si Monsieur l’académicien est parfois un poil agaçant quand il se plaint de ses conditions de logement ou de nourriture à l’hôtel ou de l’odeur « pestilentielle » d’un wagon de troisième classe, qu’il ne fait que traverser pour aller manger. 


16 h 10
. Mathieu file chercher deux bières au wagon restaurant. Tiens, la voisine lui emboîte le pas. En chemin, dans son dos, elle essaie de lui parler, il lui explique qu’il ne cause pas russe mais tente d’engager la conversation en anglais. Terminé. Comme on a souvent pu le constater chez de nombreux russes, même chez les jeunes, elle se bloque si on lui parle dans une langue étrangère. Il n’y aura plus d’échange. Chacun retourne à sa place avec ses deux grandes bières : une chacun pour nous, deux – de plus – pour elle.

JOUR 2

4 h 15. Tout le wagon est réveillé. 8 h 15 heure locale, dans la nuit, on a encore franchi un fuseau, gagné une heure. Le Transsibérien est une capsule spatio-temporelle dans laquelle le temps ne s’écoule pas comme à l’extérieur. D’ailleurs, le temps n’a plus trop d’importance. Chacun mange quand il a faim. Ou plutôt quand le voisin commence. Les siestes reviennent plusieurs fois par jour. Dehors, la monotonie du paysage renforce l’impression de décrochage avec le cours normal de l’horloge. Perturbant. Intéressant.

5 h 18. La provodnitsa passe son coup de serpillère quotidien. Prière de lever les pieds.

7 h 30. Les bouleaux sont toujours là. Mais parfois, quelques morceaux de steppes grignotent la forêt.Russie, Transsiberien

8 h 15. Midi et quart, heure de dehors. Lui, on l’a surnommé « le capitaine« , pour son inamovible casquette de marin, vissée sur le crâne. Avec son chariot ou son petit panier, il passe au moins dix fois par jour pour vendre des pirojkis ou autre snacks. Le bonhomme est sympathique, il nous glisse à chaque fois un sourire et un petit « hello ».
On le retrouve au wagon restaurant, qu’on a décidé de tester, histoire de casser un peu la routine. On l’aide à débloquer un petit truc sur son ordinateur portable. « English ? Non, France ? Ah, Gérard Philippe… Louis de Funès, Bourvil… » Exactement. 
Là encore, le mythe en prend un coup : sans charme, le wagon restaurant sert des plats chers et pas bons. D’ailleurs, il semble qu’il n’y a jamais personne. Lors de notre visite, un seul client : un mec dont la moustache sent sacrément l’alcool qui nous aborde plusieurs fois avant de se faire rabrouer sévèrement par la serveuse. Il se rassoit, comme un petit garçon penaud.
A notre retour, on retrouve les Chinois à notre place. A chaque fois que quelqu’un s’absente, dans la queue de notre wagon, ils nourrissent des ambitions expansionnistes. Mais lèvent le camp sitôt le retour du titulaire du siège.

13 h 40. Fin d’après-midi heure locale. Deux policiers sont montés à bord lors d’un arrêt. Dans notre voiture, ils ne contrôlent personne… sauf les quatre Chinois. Les papiers sont réclamés sans amabilité. Si ça, ça n’est pas un contrôle au faciès.
Le paysage s’ouvre enfin : depuis une paire d’heure, on voit même la ligne d’horizon au bout de la steppe.

14 h 15. Dans les virages, on l’aperçoit, cette infatigable locomotive rouge qui tracte le long convoi.

15 h 20. Il nous reste un paquet de petits anchois secs fumés. Idéal pour l’apéritif. Mais ça doit être salé. Retour au wagon restaurant, donc, pour commander une bière. On nous l’avait déjà dit le première jour : consommer de l’alcool est formellement interdit à bord. La serveuse, en mimant des galons sur son épaule nous prévient : la police est à bord. Oui, on sait. C’est interdit, mais elle nous la vend quand même. Le « capitaine » accompagne Mathieu et s’arrange pour détourner l’attention des deux flics, qui occupent un compartiment en deuxième classe sur le trajet, le temps qu’il se faufile dans son dos, sa bouteille de bière dans la poche. Sympa, merci cap’tain ! Mais arrivé dans le wagon, paf, c’est la provodnitsa qui intercepte l’impétueux. Elle montre la bière dans la poche et fait comprendre que, non, c’est interdit. Sauf si on lui achète quelque chose à manger. Un paquet de Tuc par exemple, en guise de péage et de passe-droit. Surréaliste.

JOUR 3

4 h 50. Grasse matinée aujourd’hui. Il est presque 9 h, heure locale. On prend le temps de lire. Une heure, deux heures.

8 h 23. Un ultime sachet de nouilles chinoises. Elles sont à quoi cette fois ? Poulet ? Pas mauvais.

10 h 02. Le stock de lingettes pour le corps s’amenuise.

15 h 45. Le « capitaine » passe, sans doute la dernière fois qu’on l’aperçoit. On lui prend enfin les deux pirojkis, un peu pour lui faire plaisir. Mais ce soir, le type n’est pas bavard. Il est même de mauvaise humeur.

16 h 22. Pas une minute de retard. On arrive à Irkoutsk. Et on change encore d’heure. Ici, il est 21 h 22, il fait bien nuit. On est content de quitter le train. Après quatre journées et trois nuits dans un compartiment surchauffé de 54 places, avec la proximité des corps, le romantisme du départ, il en a pris un coup. Il nous tarde une seule chose : une douche. 

On quitte la gare en emportant un peu de désenchantement dans nos sacs. Si on a choisi la platskart (en plus de son prix) c’est d’abord dans l’idée de tisser des rencontres, de vivre ces instants de partage d’anecdotes et de nourriture parfois racontés par les voyageurs. Finalement, ils furent très rares, sinon absents. Le Transsibérien, c’est forcément une… roulette russe. Peut-être sommes-nous mal tombés. Peut-être n’avons nous pas assez essayés d’aller vers les autres, par-delà la barrière de la langue. Mais nous n’avons pas senti de curiosité à notre égard, ni d’envie de discuter. Dommage.

Russie, transsiberien, neige

IRKOUTSK-OULAN-OUDE : N°012 YA

Départ le 18 avril à 3 h 35, arrivée à 11 h 32.
Tarif : 1016,9 R par personne (18,2 €).

3 h 35. Mais 8 h 35, heure locale (ça va mieux). Au menu : seulement neuf heures de voyage. Par internet, on s’est appliqué à réserver deux sièges côté couloir : jusque-là, c’était toujours le côté gauche dans le sens de circulation. Une précaution pour ne rien manquer du spectacle du lac Baïkal, que le Transsibérien longera pendant environ cinq heures. Et voilà que ce fichu train démarre « dans le mauvais sens ». M…, on ne sera pas du bon côté !
On fait nos deux lits, pour dormir une heure de plus, avant d’arriver aux abord des rives de la Perle de Sibérie.

4 h 45. Toujours pas de Baïkal. Mais comme prévu, cette partie là du trajet est vraiment la plus belle. Pas d’arbres qui bouchent la vue. De la neige, au loin les montagnes. Le tracé est vallonné et sinueux. Il fait beau.
Et puis, soudain, il apparaît. Ce Baïkal au bord duquel nous venons de passer deux jours merveilleux, sur l’île d’Olkhon (bientôt l’article).

6 h 17. En face de nous, dans l’espace de quatre couchettes, une mère et son enfant, environ deux ans. Quand il ne dort pas ou qu’elle ne lui passe des dessins animés, sur un ordinateur portable au son bien trop fort, le bambin crie. Ou jette ses jouets. Ou va plusieurs fois au pot, qu’elle lui installe sur sa couchette, au beau milieu du wagon. Classe. Troisième classe, donc. Mieux vaut regarder dehors.

11 h. On approche de notre terminus. Les sacs sont prêts. Sur notre itinéraire, ce tronçon fut, de loin, le plus beau. Celui où les heures défilent toute seule, dans la contemplation des paysages, parfois enneigés. Enfin.

11 h 32. 16 h 32 à Oulan Oude. Le Transsibérien est parfaitement à l’heure, comme toujours.

10 replies »

  1. Merci à vous deux pour vos supers articles, vraiment très intéressants et complets ! Nous partons dans 2 semaines au Baikal avec un programme bien chargé et on cherchait encore des infos… vos articles nous ont bien aidé !
    Le ++ ultra : vos vidéos 🙂
    Bises de Belgique

    • Merci pour ce message, ça fait plaisir. Et ravis si on a pu vous aider! Bon voyage : le Baïkal, c’est une destination tellement envoûtante…

  2. Merci pour ces infos !

    J’avoue qu’à la lecture de votre article j’hésite un peu plus à prendre le transsibérien entre moscou et le lac Baikal ! 🙂
    Mais quoiqu’il en soit j’ai l’impression que c’est une expérience assez extraordinaire !

    • Ce n’est pas la partie la plus spectaculaire, c’est certain. Mais l’expérience en vaut la peine. En te souhaitant de belles rencontres à bord…

  3. Oh la la! Comme cela donne envie de le faire aussi! Et merci pour toutes ces infos car cette aventure semble magnifique mais un peu difficile de trouver des infos pour se lancer!
    Les photos sont magnifiques… bref, j’adore! A bientot!

  4. J’ai beaucoup aimé votre honnêteté dans ce récit . En effet, le voyage c’est pas toujours rose mais une chose est sûre, c’est toujours une SURPRISE
    Merci pour ce récit

  5. Ah, ça me rappelle notre expérience…
    Les Chinois, l’aimable « mamma »… les contacts dépendent aussi du trajet j’ai l’impression. L’ambiance était pour nous plus conviviale au départ de Moscou qu’à l’approche de la Mongolie.

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