France

Randonner sur le chemin de Stevenson avec un âne

FRANCE – On a marché durant sept jours sur les traces de l’écrivain écossais Robert Louis Stevenson. Une traversée des Cévennes, sur le GR 70, en compagnie de Petit Nuage. On vous raconte.

France, GR70, Petit Nuage

« Je voyage non pour aller quelque part, mais pour marcher.
Je voyage pour le plaisir de voyager. L’important est de bouger,
d’éprouver de plus près les nécessités et les embarras de la vie,
de quitter le lit douillet de la civilisation, de sentir
sous mes pieds le granit terrestre et les silex épars avec leurs coupants. »

Robert Louis Stevenson

« Un âne ne boit que s’il a soif, mais c’est parce qu’il ne boit que de l’eau. »
Proverbe français
 
Le GR 70 n’est pas un chemin de Grande Randonnée comme les autres. Ce n’est pas le plus dur, ni le plus accessible non plus. Pas forcément le plus beau. Sa différence réside ailleurs : dans son histoire. Celle d’un marcheur atypique qui, un beau jour d’automne 1878, décide de traverser les Cévennes accompagné d’une ânesse.

250px-Travels_with_a_Donkey_in_the_Cévennes_-_frontispieceCe randonneur, le premier du genre, n’est autre que l’écrivain écossais Robert Louis Stevenson. Encore méconnu à l’époque, le jeune homme est en proie à une peine de coeur après le départ de sa bien-aimée, lorsqu’il décide de quitter Paris pour le Sud de la France. Stevenson, qui trouve un écho au protestantisme écossais dans l’histoire des Camisards, part pour la région des Cévennes. Et puisque l’homme a besoin de méditer sur sa vie, il choisit la marche.

Le 22 septembre 1878, il quitte Le Monastier, dans le Velay, pour douze jours de marche à travers le Gévaudan et les Cévennes. Mais Stevenson n’est pas seul. Pour l’accompagner, l’écrivain fait l’acquisition d’un âne, ou plutôt d’une ânesse, Modestine. L’Écossais espère alors pouvoir tirer un récit de ses aventures. Ce qu’il ne sait pas encore, c’est que Modestine en jouera le premier rôle. 

L’atypique duo arrive à Saint-Jean-du-Gard le 3 octobre, 12 jours plus tard, après 195 kilomètres de marche.
Neuf mois après, Voyage avec un âne dans les Cévennes est publié, le livre reçoit des critiques élogieuses. 
Cent ans plus tard, un itinéraire de randonnée est mis en place pour permettre aux amateurs de marcher sur les traces de Stevenson. Et Modestine.

Aujourd’hui, le chemin a été rebaptisé GR70 et c’est lui qu’on a emprunté pendant 7 jours.

ORGANISER SON VOYAGE

Initialement le parcours de Stevenson compte donc 12 journées de marche. Le GR total, relié aux deux grandes villes encadrant l’itinéraire (Le Puy et Alès), s’étale sur 14 jours. Nous n’avions que sept jours devant nous. Et c’est en fonction de ce temps là, que nous avons organisé notre randonnée.

Itinéraire Stevenson

Première étape : bien s’informer.

Télécharger la brochure disponible sur le site de l’association R.-L. Stevenson. C’est une vraie mine d’informations. Et bien sûr, acheter le topoguide.

Deuxième étape : décider de vos points de départ et d’arrivée.

Le chemin n’étant pas une boucle, il vous faut absolument prévoir vos transports. C’est là que le bât blesse. L’itinéraire  (c’est ce qui fait aussi son intérêt) a été tracé dans une région où transports et voies de communications sont peu nombreux. Encore aujourd’hui !
-> TRAIN. Certaines villes, notamment Le Puy-en-Velay (départ) et Alès (arrivée) sont desservies en train. Pour le reste, c’est plus compliqué. Si vous ne voulez pas effectuer la totalité du chemin, vous pouvez choisir d’autres villes reliées par voie ferrée. Les passages de train y sont moins  fréquents mais existent. C’est le cas de : Langogne, Luc, La-Bastide-Saint-Laurent (nom d’arrêt SNCF pour La Bastide-Puylaurent) ou Chasseradès.
Attention si vous réservez des billets, vérifiez, avant d’aller sur le site voyage-sncf.com, que votre trajet ne bénéficie pas de la politique « trains à 1 euros ». Pour cela rendez-vous sur le site www.train1euro.fr car le site de la SNCF vous fait dans tous les cas payer le tarif maximums…
-> LA MALLE POSTALE. C’est l’autre solution. Ce service organise le transport de vos bagages d’une étape à l’autre, mais aussi le transport de personnes. Pour revenir au point de départ et retrouver votre voiture, vous pouvez faire appel à cette compagnie privée. Site : lamallepostale.com. Attention, ce n’est pas forcément donné.
-> BUS. Il existe également plusieurs services de bus. Ils relient à moindre coût les villes du Puy-en-Velay et d’Alès aux autres étapes du chemin. Pour le détail des horaires et des compagnies, consultez la page 49 de la brochure de l’association

  • Notre choix : Notre départ s’est fait de La Bastide-Puylaurent, que nous avons rejoint par train, depuis Nîmes. Notre arrivée était prévue à Saint-Jean-du-Gard. Sympa, un ami (c’est Luc, celui qui nous avait déjà rejoint pour voyager en campervan en Nouvelle-Zélande) est venu nous récupérer. Mais des bus relient quotidiennement la ville à Nîmes.
France, GR70

Troisième étape : définir vos haltes. 

Combien de kilomètres parcourir chaque jour ? Dans quelles villes/villages s’arrêter pour la nuit ? Le choix dépend avant tout des capacités de marche de chacun. Les points rouges affichés sur la carte ci-dessus représentent autant de possibilité d’arrêts.

  • Notre choix : On a voulu suivre l’itinéraire de Stevenson au plus près en sélectionnant les mêmes arrêts que lui. Ce choix offre des journées de marche assez irrégulières, allant de 14 à 30 km par jour en fonction des étapes. C’est peut-être son principal inconvénient. On a tenu ce choix jusqu’à la veille de notre arrivée où le trajet Cassagnas – Saint-Germain-de-Calberte nous a paru trop court comparé à celui du lendemain. On a donc préféré nous arrêter à Saint-Étienne-Vallée-Française pour notre dernière nuit.

On récapitule donc :

  • Jour 1 : La Bastide-Puylurent – Chasseradès (12,3 km).
  • Jour 2 : Chasseradès – Le Bleymard (17 km).
  • Jour 3 : Le Bleymard – Le Pont-de-Montvert (19,3 km).
  • Jour 4 : Le Pont-de-Montvert – Florac (28,5 km).
  • Jour 5 : Florac – Cassagnas (17,4 km).
  • Jour 6 : Cassagnas – Saint-Etienne-Vallée-Française (et non Saint-Germain-de-Calberte) (23,9 km).
  • Jour 7 : Saint-Etienne-Vallée-Française – Saint-Jean-du-Gard (12,5 km).
                 Total : 130,9 km.

Quatrième étape : choisir vos logements.France, GR70, camping Le Bleymard

Intrinsèquement lié au choix des étapes. Vous pouvez être amenés à modifier votre itinéraire si vous avez des exigences particulières. Voyager avec un âne en est une. Tous les établissements (gîtes, hôtels et campings) n’acceptent pas les baudets, d’où la nécessité de prévoir vos points de chute. 

Encore une fois la brochure de l’association est extrêmement précise. Tous les logements existant sur le parcours sont mentionnés avec la liste des services offerts. 

  • Notre choix : Randonner avec un âne permet d’envisager le camping plus sereinement : sans tout l’attirail sur votre dos. Et comme le camping reste beaucoup plus économique que le logement en gîte, on a privilégié cette solution. Voici la liste de nos hébergements sur la route (entre parenthèse le prix d’un emplacement pour une tente et deux adultes + pension de l’âne). Les réservations ne sont pas forcément obligatoires. Nous avions tout de même réservé sauf pour la dernière nuit.
  • Chasseradès : camping municipal (7,90 €+3 €). Sans prétention mais chaleureux, accueil sympathique et emplacement agréable. Attention, le camping est situé un kilomètre avant le village Chasseradès, ne le manquez pas…
  • Le Bleymard : camping municipal La Gazelle (7,20 €+ 4 €). Pas désagréable, malgré la proximité de la route. Les emplacements manquent un peu d’ombre. Les nuits sont fraîches près du ruisseau.
  • Le Pont-de-MontVert : camping municipal (10,85  €+5 €). Tout ce qu’il y a de plus classique, sanitaires basiques. Inconvénient : le parc à âne n’est pas sur place, après une journée de marche, c’est pas cool…
  • Florac : camping Le Val des Cévennes (22 € pour deux en mobil home randonneurs+5 €). Camping situé à l’entrée de Florac. Sanitaires bien entretenus. Proximité supermarché. On a exceptionnellement dormi dans un mobilhome, la météo annonçant grêle et pluie toute la nuit. On a bien fait… Les propriétaires – très sympas par ailleurs – proposent une cabane, un mobilhome et une tente aménagée à prix randonneurs (pour une ou deux nuits).
  • Cassagnas : Espace Stevenson (13,80 €+5,50 €). Ensemble proposant emplacement de tentes et gîte sur le GR, Cassagnas étant situé à 2 km du sentier. Il n’y a pas grand chose autour donc inutile d’arriver trop tôt sur place. En revanche, un repas buffet de spécialités locales est proposé tous les soirs (18 euros). Bon et copieux.
  • Saint-Étienne-Vallée-Française : camping Le Martinet (15 €+3 €). Grand site, emplacements de toutes sortes. Le camping est situé un kilomètre après le village, à proximité de la rivière. Propriétaires sympathiques.
LOUER UN ÂNE
France, GR70, Petit NuageIl existe sept adresses de location d’âne le long du chemin du GR70. Sept, en tout cas, répertoriés par l’association R.-L. Stevenson. En fonction de votre itinéraire, rapprochez vous des loueurs les plus proches. Et comparez les prix.
En règle générale, la location se fait sur une base forfaitaire du nombre de jours de location, à laquelle il faut additionner un surplus pour le transport de l’âne au départ et à l’arrivée de votre parcours, généralement facturé au kilométrage. 
Au vu de notre itinéraire et après comparaison des tarifs entre différents prestataires, nous avons choisi Onagre. Basé à Saint-Martin-de-Lansuscle, les propriétaires de cette ferme comptent 27 ânes dans leurs prés. Certains sont encore trop jeunes pour partir en balade, d’autres ont mérité leur retraite. Mais une bonne partie parcourt encore régulièrement le GR70 en compagnie de randonneurs. Rien à voir avec l’indisciplinée Modestine, ici les équidés sont habitués à avancer, charge sur le dos, dans les sentiers de Lozère. Dociles, donc, et c’est important de le souligner.
Rien à redire côté équipement et conseils : on a pris une bonne heure pour passer en revue toutes les situations possibles avec le professionnel avant de partir.
Tarif : 200 euros les 7 jours puis 0,80 à 1 euro le kilomètre en fonction des saisons (attention, il faut compter les aller et retour). Contact : 0679234637 ; asso-onagre@wanadoo.fr.
 

 

Cinquième étape : faire vos sacs.

Ici, on va parler de notre expérience : 7 jours, avec un âne, en camping.
Un âne peut porter jusqu’à 40 kg sur le dos, répartis dans deux sacoches. Le but n’est pas d’atteindre le poids maximum… Nous avons mis d’un côté une glacière en tissu avec un minimum de vivre et de l’autre un sac avec nos affaires. Les équipements de camping ont été répartis ensuite pour équilibrer le poids de part et d’autre de notre compagnon de voyage.
– Camping : tente, matelas individuels, tapis de sol, petits sacs de couchages, couverture de survie.
– Vêtements : 2 shorts, 1 pantalon, 3 t-shirts, 4 paires de chaussettes et sous-vêtements, 1 polaire, 1 gore-tex, 1 poncho de pluie, 1 tenue nuit (t-shirt, legging), chaussures de rando, tong, serviette éponge, maillot.
– Les indispensables : frontale, livre de Stevenson, topoguide, antimoustique, crème pour les pieds, corde à linge, carnet de note, appareil photo, bâtons de randonnée.

                                     

JOURNAL DE BORD

Jour 1. 
Nîmes, 8 h 12. La veille, on a un peu abusé du rosé et du rhum arrangé. On embarque dans le TER pour La Bastide-Puylaurent sur la fameuse ligne du Cévenol. On finit notre nuit d’un seul oeil, puisque, paraît-il, le paysage est à couper le souffle. Bon, il nous arrive parfois de fermer les deux…
9 h 56, petite gare de La Bastide. Point de départ de notre randonnée. C’est ici qu’on a rendez-vous avec notre compagnon de voyage. Première approche, le contact semble passer entre nous. L’heure est aux présentations.
Petit Nuage, 15 ans (assez jeune puisque ces équidés peuvent atteindre la quarantaine…) est un âne pie d’Irlande, reconnaissable par leur robe blanche tâchée de marron. Docile, plutôt rapide et très gourmand, nous promet-on (on aura l’occasion de vérifier tout ça).
Suivent quelques conseils essentiels. Un baudet ne s’arrête jamais sans raison, il faut donc chercher à comprendre avant de tirer sur la longe… comme des ânes. Soyez fermes au début, il faut s’imposer à l’équidé dès le premier quart d’heure. Quelques gestes à connaître, aussi : installer le bât ; bien répartir la charge des deux côtés…
11 heures. On est fin prêt à partir. Ah la belle équipe. Pas peu fiers, on s’éloigne du village, amadouant pas à pas notre nouvel ami. Notre étape pour la nuit, Chasseradès, n’est qu’à 12,3 km. Une première journée courte, déjà bien entamée, qui nous permettra d’abord de trouver notre rythme de croisière, et d’étudier au plus près les réactions de Petit Nuage. Marcher avec un âne, ça ne s’improvise pas !
Après quelques tentatives infructueuses pour brouter l’herbe des bas-côtés, la main ferme de Mathieu oblige notre compagnon à rester dans le droit chemin. Une heure de montée, puis une petite pause au sommet de La Mourade (1309 m), histoire de bosser notre topoguide. On décharge le quadrupède : ben oui, nous on ne garde pas nos sacs sur le dos pour pique-niquer…
Entouré de fleurs de toutes couleurs, le soleil chauffant nos épaules, on repart tranquillement sur ce large sentier entouré de prés. 
15 h 30. Après un petit détour involontaire jusqu’au village, on fait machine arrière pour trouver le camping. On a tout juste croisé six personnes tout au long du chemin. On décharge, brosse et nourrit Petit Nuage, qui semble apprécier, on monte la tente. 
Quartier libre pour tout le monde et repos, la semaine ne fait que commencer.
Total : 12,3 km, journée de 4 h 30 (inclus les pauses).

Jour 2.
Réveil 7 heures. Petit Nuage, lui, est prêt depuis un bon moment. Il nous attend derrière sa clôture, guettant nos faits et gestes. On ne mettra pas moins d’une heure trente pour tout emballer, charger les sacs et décoller. Va falloir roder tout ça, et se lever plus tôt. 
À peine arrivé dans le village, Petit Nuage croise deux de ses semblables. Et il est ravi. Il leur emboîte le pas et accélère. Il n’a jamais marché aussi vite. On double la famille de randonneurs et leurs équidés tant bien que mal. Petit Nuage traîne les pattes alors que ses camarades accélèrent et nous talonnent… On creuse l’écart juste après le magnifique viaduc de Mirandol. 
Depuis deux jours, on recroise sans cesse les mêmes randonneurs, chacun a son rythme, chacun a ses pauses. Notre route se poursuit entre les pâturages et leurs rouleaux de foin. Difficile de décrire ces beaux paysages aux couleurs pastel. On ne le sait pas encore, mais cette journée fait partie des plus agréables de notre bout de GR.
Après les champs, la forêt. On traverse le domaine forestier du Goulet, ombragé, alternant montée et descente. Petit Nuage est plutôt coopératif. Pause déjeuner dans un agréable sous-bois. Il nous reste deux heures de marche. On passe à deux pas de la source du Lot, puis on traverse Les Alpiers, joli petit hameau loin de tout. On lâche la bride à Petit Nuage. Test concluant : il nous suit tout seul sans écart. 
15 heures, Le Bleymard. Ce soir, Petit Nuage dormira loin de nous. Le pré est de l’autre côté du camping, on le laisse avec un petit pincement au coeur. 
Total : 17 km, 6 h 30.

Jour 3.
6 h 30. La nuit a été froide. La rosée du matin a mouillé nos affaires. On plie, on range, on charge. Chacun son rôle. On quitte le Bleymard à 7 h 45. Au programme du jour : l’ascension du Mont Lozère, jusqu’au Pic de Finiels culminant à 1699 m. On est déjà à 1037 m dans le village. La pente est raide jusqu’à la station de ski de fond. On ne croise quasiment personne. En changeant de créneau horaire de départ, on change également de « partenaires » de marche. Le chemin jusqu’alors ombragé se découvre. On attaque la partie pelée du Mont Lozère. Le panorama se dégage. On continue de grimper le long des stèles (les « montjoies ») en granit symbolisant le passage de Stevenson. On en prend plein les yeux. Au loin, les brebis broutent. Le silence de la montagne l’emporte. On aperçoit en amont et en aval, les autres marcheurs partis à l’assaut du Mont. Un des plus beaux souvenirs de cette randonnée. Et en plus, le soleil nous gratifie de sa présence (le brouillard est un habitué des lieux et peut facilement ruiner le moral des randonneurs…). On profite du paysage. Petit Nuage, lui, profite plutôt de toutes les fleurs jaunes qu’il trouve. Il adore ça. 
On fait la connaissance d’un couple plus âgé parti pour la totalité du GR. On les recroisera avec plaisir à plusieurs reprises. C’est aussi ça le chemin de Stevenson.
10 h 45. On atteint  le Pic de Finiels. Pause. Partage de figues séchées avec Petit Nuage (qui ne refuse jamais ce qu’on lui donne). Il reste 5 km de descente pour atteindre le village éponyme. L’ombre se fait rare. Il fait chaud, malgré l’altitude. Après Finiels, deux heures de descente nous séparent encore du Pont-de-Montvert. Pour avoir travaillés tous les deux en Lozère, on sait que le village, agréable, permet une petite baignade rafraîchissante dans le Tarn. Mais avant ça, la pente nous donne du fil à retorde. L’attelage de Petit Nuage glisse à l’avant avec le poids, nous obligeant plusieurs fois à décharger et recharger le tout, au milieu de la draille
15 h 30, arrivée au camping du Pont-de-Montvert. L’enclos des ânes est au coeur du village, éloigné du camping. Une aubaine pour Petit Nuage qui va pouvoir passer la soirée avec une jolie ânesse. Moins agréable pour nous qui devront multiplier les allers et retours.
Ce soir, finale de l’Euro : France-Portugal. Les randonneurs rejoignent Lozériens et vacanciers dans l’un des deux bars du coin. Prolongations Aïe, on se couche un peu tard… Et demain nous attend la journée la plus longue du séjour. 28,5 km. En plus, la pluie est annoncée en milieu de journée… 
Total : 19,3 km, 7 h 30.

Jour 4.
Réveil 5 h 45. Ça pique. On a dormi à peine plus de 5 heures. Préparation, chargement. Les gestes sont rythmés, on devient efficace.
7 h 20. Un arrêt à la boulangerie du village comme tous les matins (goûtez absolument les tartes aux pignons de pins, un DÉ-LI-CE !). On grimpe sur le plateau par une ancienne draille. Une fois en haut, le paysage, typique des causses, est magnifique. Malgré l’absence de soleil, les hautes herbes dorées brossées par le vent offre un décor de rêve aux marcheurs. On redescend à travers les fougères et la forêt. Le ciel se fait noir. On accélère le pas. Un peu de bitume avant la vraie montée de la journée. Raide. À peine entamée, le ciel gronde et lâche ses premières grosses gouttes. C’est l’orage. On bâche Petit Nuage, on enfile nos ponchos et on avance comme on peut. Pendant deux bonnes heures, on piétine dans la boue, grimpant encore et encore. On pousse Petit Nuage qui ne semble pas apprécier la pluie plus que nous.
Une fois en haut, les gouttes s’espacent. Devant nous, s’étend le massif du Bougès. La vue n’est pas aussi dégagée que ce qu’on aurait aimé, mais on fait avec. Une petite pensée pour ceux qui grimpent aujourd’hui au Mont Lozère avec un épais brouillard. On repousse la pause déjeuner, en attendant désespérément une éclaircie. Le chemin se poursuit dans les sous-bois. Petit Nuage ne bronche pas, pourtant les pauses ont été brèves et le rythme soutenu. On profite d’une accalmie pour débâter notre pauvre compagnon. Et la pluie semble définitivement avoir cessé.
Trente minutes plus tard, le soleil fait son apparition. Jamais on ne l’a autant apprécié. La pluie nous a épuisés. Peu de pauses, une marche rapide. Et il nous reste encore près de 4 heures de randonnée. On attaque l’interminable descente jusqu’à Bédouès. Les pieds mouillés commencent à chauffer, les genoux raides fatiguent. Petit Nuage, agressé de toutes parts par les taons, reste irréprochable.
La tentation est forte de raccourcir de quelques kilomètres pour rejoindre Florac par un autre GR. Non. Allez, on reste néanmoins sur le Stevenson. Bedouès, enfin. La traversée du village et sa très belle église nous font oublier les douleurs et les 5 km qui restent à parcourir. Le chemin n’est pas désagréable mais la fatigue est là et l’orage s’annonce encore. On tire sur nos dernières réserves. Devant nous le panneau Florac. On y est presque. Mais la pluie déferle une nouvelle fois sur nous. Grrrr, il nous restait 500 petits mètres… Trempés. Heureusement cette averse sera de courte durée. On atteint enfin le camping. Ce soir, on ne dormira pas sous la tente. La pluie et même la grêle sont annoncées toute la nuit et des formules « bungalow randonneurs » existent ici. Petit Nuage rejoint ses comparses dans le pré. Lui aussi a un abri pour la nuit. On a tous besoin d’une bonne nuit de sommeil.
Total : 28,5 km, 9 h.

Jour 5.
8 h 30. On traîne au lit. Dehors il pleut encore. Il a d’ailleurs plu quasiment toute la nuit ; l’étape du jour est assez courte, un peu plus de 16 km, rien comparé à la veille. Autant repousser le départ, surtout qu’il n’y a visiblement rien à faire autour du camping du soir. On décolle à 10 heures, profitant d’une accalmie. Petit Nuage est égal à lui-même, il ne rechigne pas à la tâche. Le GR traverse Florac le long de sa principale avenue. Notre petit convoi passe difficilement, entre les piétons et les autos. On met un temps fou à dépasser la ville et quitter la route. La pluie est de retour. Elle ne nous quittera plus pendant les trois prochaines heures. Trois longues heures de marche sous les châtaigniers, pas un seul randonneur à l’horizon, ils sont tous partis plus tôt. Petit Nuage pour la première fois du séjour traîne un peu les papattes. 
14 heures. Une éclaircie nous permet la première vraie pause du jour à Saint-Julien-d’Arpaon. On s’engage ensuite sur l’ancienne voie ferrée qui reliait Florac à Sainte-Cécile-d’Andorge. Plus que 8 km. Petit Nuage, libéré de sa bride, avance  tranquillement. On touche au but. Les 28 km de la veille nous ont laissé des séquelles. Pieds mouillés en souffrance, jambes raides et douloureuses. L’Espace Stevenson, camping pour la nuit, est le bienvenu. Et parce qu’on le mérite, ce soir, on s’offre le buffet de produits du terroir. Extra de carottes et de pommes pour Petit Nuage. 
Total : 17,4 km, moins de 6 heures.

Jour 6.
7 heures, le réveil sonne, on se lève avec en tête l’idée d’une courte journée de marche. 14 km séparent Cassagnas de Saint-Germain-de-Calberte. Préparatifs, départ. L’air est vif, rafraîchi par la pluie des deux derniers jours. Mais le soleil ne devrait pas tarder à faire son apparition. On entame la matinée par une belle montée, celle qui rejoint le col de la Pierre Plantée. On grimpe le large sentier à travers la forêt.  Quelques panoramas splendides sur les Cévennes aident à faire passer la côte.
À 10 heures, on atteint le col. Petit Nuage est en forme. On jette un oeil au topoguide : on aurait déjà fait la moitié du chemin. Pour la première fois du périple, on s’interroge sur notre plan initial, calqué sur les étapes de R.-L. Stevenson. Et si on poussait un peu plus loin aujourd’hui, pour n’avoir qu’une courte marche demain, pour notre dernier jour ? En dormant à Saint-Étienne-Vallée-Française ce soir, on ferait plus de vingt kilomètres, pour n’en laisser le lendemain qu’une douzaine. On se donne jusqu’à Saint-Germain-de-Calberte pour réfléchir. 
12 h 15, on décharge Petit Nuage à 1 km du village pour la pause déjeuner. C’est décidé, on continue jusqu’à Saint-Étienne. Encore trois heures de marche devant nous. Outch. On poursuit notre descente au coeur des Cévennes. Les genoux grincent. On aperçoit enfin Saint-Étienne-Vallée-Française, mais le camping est un kilomètre plus loin. Une montée et une descente de plus (on n’est plus à ça près…) et nous voilà arrivés à destination. Les propriétaires reconnaissent Petit Nuage, qui visiblement est un habitué du coin. Un petit plouf à la rivière et on ne déroge pas à la règle : au lit avant le coucher de soleil. Notre dernière nuit sous la tente, notre dernière nuit avec Petit Nuage qui nous bouderait presque ce soir.
Total : 23,9 km, en 7 h 30.

Jour 7.
Dernier jour. En équipant et en brossant Petit Nuage, on se rend compte que c’est la dernière fois qu’on le fait. On a un petit pincement au coeur. Lui ne semble pas perturbé du tout ! Il sait peut-être qu’aujourd’hui, il va retourner brouter dans son pré à Saint-Martin-de-Lansuscle. Un repos bien mérité, certes. 
Mais d’abord il nous reste plus de 12 km à parcourir. Comme souvent, on commence par la longue ascension, celle du col Saint-Pierre. Il nous faudra un peu moins de deux heures pour l’atteindre. Deuxième étape : le goudron. C’est clairement les moments que l’on aime le moins : ces bouts de route à longer avec Petit Nuage, sans toujours avoir la place de se serrer convenablement. Heureusement que notre âne est docile, sinon ça deviendrait vraiment dangereux. À la frontière du Gard et de la Lozère, on rejoint un chemin très escarpé, voire accidenté, des roches glissantes y font office d’escaliers. En sept jours, c’est la première fois qu’on parcourt un chemin vraiment technique pour Petit Nuage. Il nous faudra pas mal de temps pour atteindre le Gardon, en contrebas. La prudence est de mise, notre âne fait très attention où il pose ses sabots.
Il ne nous reste plus qu’à longer la rivière pour atteindre Saint-Jean-du-Gard, notre ultime étape. Malgré la pause déjeuner, on arrive en ville plus tôt que prévu. Alors en attendant le convoi des propriétaires de Petit Nuage, on s’installe au stade.
Puis vient l’heure des adieux. Un dernier câlin et le camion ramène notre petit âne chez lui. Pour nous c’est enfin l’heure du repos. Enfin presque. Un dernier plouf dans le Gardon, un gros orage pour la forme et on repart sur Nîmes. Fatigués mais heureux.
Total : 12,5 km en 4 h 30.

NOTRE BILAN

Randonner différemment.

Forcément, on ne randonne pas avec un âne comme on peut le faire seul. Chacun fait un compromis. L’âne s’adapte à votre rythme et vous vous calquez sur son rythme. Ici, il n’est pas question de faire la course contre la montre mais bien de communier avec l’animal et la nature. Prendre le temps. Se balader. Et si votre complicité se confirme, vous n’en serez  que plus gagnant sur le temps. 

Tout tourne désormais autour de votre compagnon à quatre pattes, que vous le vouliez ou non. L’organisation le matin avant le départ, l’installation le soir à l’arrivée, la pause déjeuner. Vous fonctionnez différemment. Et c’est plutôt chouette.

Le budget.

La marche fait partie des activités les plus économiques, forcément. Chacun peut la vivre à sa façon avec ses moyens. En louant un âne nous ne visions pas le budget le plus bas. En compensation, nous avons dormi sous la tente, dans des campings. Voici le détails de nos dépenses :
Location âne + transport au départ et  à l’arrivée de notre circuit : 400 euros.
Logement (nous + Petit Nuage) : précisément 102,15 euros pour les six nuits.
Transports : 40 euros de train à deux.
Ajouter à cela les repas…

Et si c’était à refaire ?

On referait exactement la même chose ! Stevenson et son histoire appelle à randonner avec un âne. On ne se voyait pas marcher sur les traces de l’écrivain sans revivre au plus près son expérience. Voyager avec un âne, c’est unique. Il ne s’agit pas pour nous de savoir si on partira toujours avec un âne. Bien sûr que non, on aime aussi bouger sans contrainte et l’animal en est une. Mais sur ce chemin, l’expérience est possible. Et elle vaut vraiment la peine. 
Nombre de randonneurs ont été surpris par la docilité et la rapidité de Petit Nuage. Loin de l’image laissée par Modestine, les ânes d’aujourd’hui ont été préparés à cette marche. Il faut garder ça en tête. 

Si une fois dans votre vie vous devez randonner différemment, c’est bien sur le GR70 avec un âne. 

 

18 replies »

  1. Bonjour, récit très intéressant et précis. Merci. Concernant les repas, comment vous êtes vous organisés ? courses faciles à faire dans épicerie de ville et/ou repas dans resto de villages ? Merci pour votre témoignage

    • Merci pour ce message ! Pour les repas, comme on a randonné avec notre âne, on était en quai-autonomie : il a porté l’essentiel de nos provisions. Mais sinon il est très possible de faire des courses dans des petites épiceries (au Bleymard, au Pont-de-Montvert notamment) ou même au supermarché (Florac).

  2. Boa tarde. Obrigada por dividir está maravilhosa aventura.
    Minha pergunta é simples: Poderei fazer o caminho de Stevenson SEM um burro?
    Existem barracas e água nos campings?
    Existe algum perigo para uma mulher fazer este caminho sozinha?
    Pretendo talvez faze lo em setembro agora.
    Partirei do Brasil. Desculpa não haver escrito em francês, mas prefiro que o tradutor seja o que mais goste.
    Obrigada por sua atenção! Abraço.

    • Bonjour Vera. Merci pour ton message. La traduction Google m’a un peu aidé, même si j’ai compris le sens de tes questions. Je te réponds en français, et tu pourras à ton tour traduire !

      – Bien sûr qu’il est possible de faire le chemin de Stevenson sans âne. La majorité des personnes le font sans âne.
      – Concernant les campings, il n’y a pas de tentes disponibles sur place, il faut prendre la sienne. Si tu ne veux pas la transporter, tu peux choisir de dormir dans des gîtes (chambre ou dortoir parfois), plus ou moins chers, plus ou moins équipés. Dans tous les cas, tu as toujours accès à de l’eau propre et potable, pour boire ou se laver.
      – Il n’y a pas de danger à le faire seule quand on est une femme. On croise sur la route souvent les mêmes marcheurs. Il est facile de rencontrer du monde. C’est un sentier très bien balisé, et je pense qu’en septembre, il y a encore beaucoup de monde, donc aucun risque !

      Si tu as d’autres questions, n’hésites pas !

      Bon voyage !

  3. J’ai beaucoup apprecier votre recit,moi qui ai projeter de  » faire » le chemin de Stevenson l’année prochaine. Tres bien fait,avec de précieux renseignements qu’on ne trouve pas forcement dans les topo guides. Juste une question,a quelle periode etes vous partis printemps,étè ou automne ??? Merci

    • Merci pour le petit mot. On est partis en plein été, durant le mois de juillet. Chaleur très supportable et deux jours de pluie, sur sept jours de marche.

  4. Bonjour,
    Le Chemin de Stevenson… que des bons souvenirs ! En 2011, sans âne, mais à pied ! Magnifique itinéraire depuis Le Puy-en-Velay jusqu’à Alès. Partis avec un ami marcheur trop tôt dans la saison, nous n’avions pas vu, ni rencontré d’ânes.
    Superbe votre article. Merci !

  5. Que de souvenirs sur ce chemin que j’ai sillonné deux fois avec mon âne Marius !!! Vos photos sont très belles et donnent vraiment envie de repartir sur les traces de cet écrivain qui,il faut quand même le dire, a plutôt maltraité son ânesse Modestine !
    Juste une question : il se trouve se passage avec les marches ? On voit nuage descendre une pente rocailleuse … Ca ne me dit rien … Vous ne vous êtes pas trompés de chemin ? Ou l »itinéraire a changé par endroit ??
    Aller.. je retourne voir mon âne … il m’attend pour la suite de notre tour de France ! A bientôt 😉

    • On est tombé sur ton blog et vos aventures pas plus tard que la semaine dernière ! C’est qu’il a l’air adorable votre Marius 🙂
      Pour l’épisode rocailleux c’est sur notre dernier jour (Saint-Etienne-Vallée-Française – Saint-Jean-du-Gard), la descente juste après le col frontière entre Lozère et Gard (il y a une stèle). Pas bien long mais un poil technique pour notre Petit Nuage ! Etant donné qu’on y a recroisé les randonneurs de la veille à plusieurs reprises je pense que c’était bien le bon chemin.
      Bon tour de France en tout cas, on va vous suivre avec envie ! 😀

  6. Heu… excusez-moi de ramener ma science mais il y a un mais.
    Je crois qu’il y une petite (toute petite) erreur dans l’appellation d’un village. Il me semble qu’il s’agit de La Bastide-Puylaurent et non La Bastide-Saint-Laurent comme il est plusieurs fois mentionné.

    Sinon, beau et bon reportage.
    Merci de nous faire partager vos belles expériences.

    • Merci Claude pour ta remarque. Ce n’est pas vraiment une erreur, en fait, on s’est basé sur l’appellation du village par la SNCF, « La Bastide-Saint-Laurent ». On n’a pas vraiment compris pourquoi ce n’était pas la même chose que sur le topoguide.
      Mais puisque visiblement la SNCF n’est pas vraiment au point, ou ne fait pas l’unanimité, on va, de ce pas, corriger le texte pour remettre La Bastide-Puylaurent. 🙂

  7. J’ai adoré votre récit. J’ai chassé parfois dans le massif du Bougès, et c’était un plaisir – en référence à Stevenson – de voir des randonneurs avec des ânes. Cet endroit, et particulièrement le Pont de Montvert est chargé de l’histoire terrible des camisards.

    • C’est vrai que ce beau paysage est chargé d’histoire et qu’il faut profiter de cette belle « promenade » pour aussi se rappeler ce qui s’est passé dans la région. Une autre façon d’aborder ce sujet.

  8. Merci pour ce partage de cette expérience avec petit nuage qui me rappelle beaucoup de souvenirs d enfance avec les ânes de mon grand pere !

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