Amérique du Sud

Bariloche, la Suisse latine

ARGENTINE – Voilà, on franchit une nouvelle frontière en basculant du côté argentin de la région des lacs. Bariloche offre un cadre somptueux. Elle est réputée, aussi, pour avoir été le lieu de retraite de criminels nazis. Ces salauds ne s’étaient pas trompés.

Chili, Bariloche, boucle vélo

« Personne ne peut savoir si le monde est fantastique ou réel,
et non plus s’il existe une différence entre rêver et vivre. »
Jorge Luis Borges

« Vous avez bien une amicale des anciens nazis ? Un club ? Une association peut-être ? »
Hubert Bonisseur de La Bath

Tout juste descendus de notre cratère (lire A l’assaut du volcan Villarica), déjà embarqués à bord d’un nouveau bus. Vers un nouveau pays. Hola Argentina ! La traversée de la frontière est presque rapide (lire l’encadré ci-dessous). Ne vous y trompez pas, on n’en a pas encore fini avec le Chili. Mais avant de descendre vers le froid patagonien, on bifurque donc par l’Argentine. D’abord parce que les routes qui conduisent vers l’extrême sud sont meilleures. Ensuite parce que le pays de Maradona a lui aussi quelques atouts en poche. Et on aimerait voir ça de plus près.

San Carlos de Bariloche. Dit Bariloche. Ce nom est familier à certains parce que cette jolie bourgade en bord de lac a été le refuge de dizaines de nazis pendant de longues décennies. Triste notoriété. Ils y jouissaient d’un tel sentiment d’impunité dans cette ville isolée, qu’Erich Priebke, criminel de guerre responsable de massacres en Italie, y vivait carrément sous sa véritable identité (lire aussi Bariloche, refuge andin de nazis). Ces salopards cyniques n’avaient pas choisi l’endroit par hasard…

Argentine, Bariloche, centro civico
Parce que c’est beau. Très beau. Décembre. Au bord des routes, les genêts sont en fleur et contrastent avec le bleu de l’eau du lac Nahuel Huapi. En arrière-plan, les montagnes enneigées subliment ce décor de carte postale. On pensait avoir découvert une « Suisse latine » à Pucón, c’est parce qu’on n’avait pas encore vu Bariloche…
La mairie en bois et son horloge trônent sur la place principale. Devant nos yeux : le lac, les pics enneigés et de braves saint-bernards qui posent, tonneaux autour du coup, pour la photo. Histoire de pousser la ressemblance jusqu’au bout avec l’Helvétie. Tiens, d’ailleurs la ville est aussi réputée pour ses chocolats. Et vous pouvez même dégoter un restaurant de fondue. Un bout de Suisse au milieu de l’Argentine on vous dit.

VENIR DEPUIS LE CHILI 
La liaison Pucón-Bariloche est effectuée par au moins deux compagnies de bus. Nous avons choisi Andesmar, peu connu au Chili mais à l’inverse très emprunté en Argentine. Le trajet, via Osorno (au Chili), s’effectue en 10h30, sans changement. Le passage à la frontière argentine est relativement long. On n’a pas compris pourquoi, puisqu’aucun contrôle n’est effectué sur les bagages, seulement un enregistrement de passeport. 
Le bus dépose les passagers à la gare de bus de Bariloche, à 3 km du centre-ville. De là, des autocars relient régulièrement la gare au centre. Vous pouvez acheter des billets pour la compagnie Las Grutas (16 ARS, 0,90 euros, attention le change varie très vite en argentine, donc prenez ces références avec des pincettes). Ce n’est pas le meilleur marché, mais pour utiliser les bus de ville, il vous faudra investir dans une carte sube, utilisable également sur les transports en commun de Buenos Aires. On a bien galéré pour trouver cette fameuse carte, du coup on s’est rabattu sur une carte de transport toute simple que l’on a achetée au magasin de tabac, devant l’arrêt Moreno, sur l’avenue éponyme. Créditer la carte directement là-bas. Trajet de bus : à partir de 8 ARS (0,50 euros). 

On s’installe dans une petite auberge à 10 minutes à pied de la place principale. L’Universal traveller lodge hostel est une charmante maisonnette en bois partagée par de nombreux voyageurs. Ambiance backpackers garantie, chambres doubles ou dortoirs, jardin, petite piscine… Le tout chapeauté par des volontaires. Une bonne ambiance dans une auberge propre pour un prix correct (attention, les logements à Bariloche peuvent être très chers). Tarifs : 200 ARS, soit 11,90 euros la double grâce à une offre hostelworld (avec petit dej’, s’il vous plaît).

Initiation au Blue Market

Avant toute chose, on a besoin de changer de l’argent. On va s’essayer au blue market. Une première pour nous ; on s’habituera vite (lire encadré ci-dessous). Avant de quitter le Chili, on a anticipé et changé des pesos chiliens en dollars. On avait un peu peur de ne pas trouver facilement ce marché bleu, dans une petite ville. Erreur. En fait, c’est assez facile. Baladez vous dans la rue Mitre avec votre bon air de touristes et vous ne devriez pas tarder à entendre des « dolares, dolares ». Le mieux : commencer à se renseigner sur le taux de change pratiqué par celui qui vous sollicite avant de sortir votre argent, et comparer plus loin ;  vous pourrez toujours revenir si l’affaire vous intéresse.

Lors de notre passage, dans la rue, un dollar équivalait à 14 pesos, au lieu de 10 au taux de change officiel. Très rentable. Autre point de change intéressant : le bureau de la compagnie de bus Andesmar directement à la gare de bus. Ils changent avec un taux très avantageux pour le dollar et même le peso chilien.

PORTE-MONNAIE ARGENTIN
L’Argentine est un cas à part. Le peso local est régulièrement dévalué par un gouvernement confronté à une déroute économique. Le voyageur peut y perdre de l’argent dans ce pays, s’il ne s’est pas renseigné avant sur la situation, qui change très souvent.
En Argentine plus encore qu’ailleurs, le retrait par carte bancaire peut être un gouffre économique. Les frais appliqués sur place sont très agressifs (l’équivalent de 5 euros pour nous au moment où nous y étions, et ce, peu importe le montant du retrait ; sachant qu’il y a toujours un plafond). Pour éviter de retirer, il faut se tourner vers le change. Mais là encore, petite particularité : le dollar, oasis de stabilité par rapport au peso local, est changé dans la rue à un taux qui n’est pas l’officiel. A un taux bien supérieur en fait : ça vaut vraiment la peine d’arriver en Argentine avec des billets verts ! Nous, on a d’abord retiré des pesos chiliens au Chili, qu’on a changé sur place en dollars. Et même entre les frais de retrait et la commission, l’opération restait très avantageuse pour nous avec le blue (presque 40% de gain, magique). Bon,  la situation évolue très vite : si vous avez des infos plus fraîches, n’hésitez pas à partager). 

 

Nos pesos argentins en poches, on part à la chasse aux informations à l’office de tourisme du Centro civico, ce qu’on n’avait pas fait depuis longtemps. Bonne pioche : la jeune fille est un brin désagréable mais vraiment efficace. En cinq minutes, elle répond à toutes nos questions. C’est maintenant décidé, on va profiter du soleil et de cette belle journée qui s’annonce pour pédaler un peu autour du lac, sur le Circuito Chico.

27 km de vélo

C’est l’une des excursions voitures les plus prisés du coin. Nous, on n’a pas de voiture, et on aime bien pédaler (parfois : on a déjà bien donné à Ayuthaya en Thaïlande, à Angkor au Cambodge, dans le désert chilien d’Atacama ou encore en Chine, en Thaïlande en Bolivie…). Le Circuito Chico se déroule normalement sur 60 km, depuis Bariloche. Les loueurs de VTT, malins, se sont installés au kilomètre 18, histoire de raccourcir la distance pour les cyclistes amateurs.  Sachant que ces premiers kilomètres, essentiellement en ville, n’ont pas grand intérêt. 

Carte Circuito Chico

On embarque ainsi dans le bus n°20 sur l’avenue Moreno, arrêt au kilomètre 18 donc, après le Cerro Campanario. On fonce sur le premier loueur en vue : Chico bike. La location n’est pas donnée, mais l’Argentine en général coûte très cher… Tarif : 280 ARS le VTT la journée, soit 16,60 euros. L’équipement et les deux-roues sont de très bonne qualité, c’est déjà ça. 

27 km à parcourir, sous le soleil mais avec un vent assez fort. Premier arrêt : l’hôtel Llao llao, l’établissement le plus connu du pays, paraît-il. en face un petit port, parfait pour pique-niquer. Jusqu’ici la route était assez fréquentée, les bus sont autorisés à circuler jusqu’à l’hôtel. La deuxième partie est visiblement plus tranquille et moins passante.

Un peu plus loin, un détour de 3 km aller-retour offre un joli point de vue, et permet l’accès à une plage. On pédale toujours. Ça monte , ça descend, ça n’est jamais plat. Les bords de route sont couverts de genêts. La balade, bien que parfois physique (mais promis, tout le monde peut le faire), offre de multiples panoramas sur le lac et les montagnes alentours.

On traverse un premier pont. Autre arrêt intéressant : le Punto panoramico. Un point de vue est accessible à coté d’un café. Petit conseil, ne grimpez pas sur le muret en pierre pour prendre une meilleure photo… il est instable et s’écroule facilement. C’est d’ailleurs fort possible qu’il n’ait pas été reconstruit depuis que Mathieu l’a détruit, involontairement bien sûr, sous les yeux de clients outrés (euh, désolé). Deuxième pont, ça annonce la fin de la boucle. On finit tranquillement la balade. Retour au magasin de vélo, devant l’arrêt de bus. On a mis 4 h 30 pour réaliser ce Circuito Chico, avec les pauses.

À notre retour en ville, petite balade le long du lac, pour finir sur le Centro civico où une cérémonie de passation des pouvoirs entre l’ancien et le nouveau gouverneur anime la place. Le temps de faire trois courses et on rentre manger les deux belles pièces de boeufs argentins que l’on vient d’acheter. Demain, direction El Bolsón pour assister au fameux marché hippie qui a lieu tous les mardis, jeudis et samedis. 300 artisans exposent. Ce qu’on sait pas encore c’est que l’on n’assistera jamais au marché et que rien ne va se passer comme prévu…

4 replies »

  1. J’ai relu vos articles sur l’Argentine y étant arrivé. Merci pour votre blog qui nous aide bien. Nous réalisons un TDM en famille et sommes pour la semaine à BA (en espérant pouvoir trouver des billets pour le match à la Bombonera ce dimanche 30 octobre !).
    Pour info nous avons essayé de changer des dollars ce jour au blue market. On a essayé avec les banques pour voir le taux, elles ne changent pas les dollars et nous ont renvoyés vers les case de cambio … qui se mettaient toutes à fermer à 16 h. On a finalement changé dans un kiosque à journaux au taux de 15,40 pesos pour 1 $ (attention : billets de 20 $ souvent non acceptés, ok pour des 50 ou 100 $). Le taux officiel est à 14,60 donc très peu de différence avec des retraits au DAB ou paiement par CB (sauf si votre banque vous prend d’importantes sommes). A voir si cela vaut le coup d’amener des dollars de France pour ceux qui viennent directement. Si vous passez avant par l’Equateur, à voir.

  2. Chouette vos ?, j entends parler de Bariloche depuis quelques temps 😉
    Ah le pesos argentins qd je suis parti au Brésil j en ai pris car j allais à iguazu aussi et j avais lu les difficultés de cette monnaie qd suis revenue au change ça avait perdue 30 pr cent de sa valeur

    • Déjà comprendre le système monétaire argentin c’est compliqué. Mais le pire c’est qu’une fois que t’as compris, tout peut changer sans prévenir… Terrible ! 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *