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Éviter la dépression post-voyage, c’est possible

RÉFLEXION – Six mois après notre retour en France, pas de signe dépressif en vue. La preuve qu’on peut revenir d’un long voyage et le vivre bien ?

© Julien Holdrinet

“Ce que j’aime dans les voyages, c’est l’étonnement du retour.”
Stendhal

“Partir un jooour, sans retooour.”
Filip des 2Be3

On s’attendait au pire. À force de lire les témoignages de voyageurs dépressifs, une fois de retour dans leur pays, on s’est nous aussi préparé à encaisser un choc. Allait-on pouvoir reprendre une vie plus calme, plus posée ? Allait-on supporter à nouveau la routine du quotidien ?

Le premier mois est passé. La joie des retrouvailles. Famille, amis. Pas une minutes à nous. On n’a pas vu le temps défiler.
Le second mois est arrivé. Aménager dans une nouvelle ville, Nîmes en l’occurrence. Prendre ses marques.
Puis, le troisième mois, celui de l’organisation d’un futur proche. Celui des questionnements.
Le quatrième, le cinquième, le sixième… Toujours pas d’angoisse. Toujours pas de dépression. De la nostalgie, oui, forcément. L’envie de bouger, de voyager, encore et toujours. 

Il nous aura fallu moins de six mois pour retrouver un équilibre, un semblant de routine. Et on le vit bien. ON LE VIT BIEN. Alors pourquoi a-t-on échappé à la dépressive malédiction du voyageur de retour après de longs mois de vadrouille ?

Peut être, d’abord, parce qu’on est parti sans fuir. Nous étions heureux avant de nous envoler pour notre tour du monde. On avait la bougeotte, l’envie de partir à l’aventure, de réaliser un rêve. Mais nos vies en France nous épanouissaient d’une autre façon. Partir était important, essentiel, mais pas vital. Beaucoup de personnes partent en quête de réponses : les questions seront sans doute toujours là à leur retour. 

Le voyage permet de grandir, de se découvrir certes, mais les questions sans réponse restent en France et attendent le voyageur à son retour. Si vous ne savez pas que faire de votre vie, à moins de vous pencher clairement sur la question pendant vos aventures, ou d’avoir une révélation, vous devrez faire face à ces interrogations en rentrant. Et là, la dépression vous guette.

Ensuite parce que chaque voyage est unique. Partir dix mois sillonner le monde était une chance exceptionnelle que nous avons su nous créer. Une aventure qui ne pourra jamais se reproduire. Pas comme ça, pas dans les mêmes conditions. Alors repartir oui, mais pour une nouvelle aventure. Différente. Le passé est passé, il faut se tourner vers l’avenir. Le voyage n’est pas la recette du bonheur assuré. Bon, c’est vrai, il y contribue.

©Flickr - Jean CormonMais surtout parce qu’on est plein de projets. De toutes tailles, de toutes proportions. Se créer un petit cocon  en était un. Voyager peut aussi être fatigant et se retrouver chez soi permet de se ressourcer. Mais ça ne veut pas dire qu’on va rester sédentaires pour le reste de notre vie. Dès qu’on a un moment de libre, on part découvrir de nouveaux horizons. Pour l’instant, on gravite beaucoup autour de notre nouveau chez-nous. Ça tombe bien, la région regorge de belles choses. La France aussi. Voyager ne signifie pas forcément voyager loin. Ce n’est pas un mythe, les jeunes générations connaissent parfois mieux de lointains pays d’Asie que la France. On a aussi envie de connaître notre pays.
On va pas s’arrêter là. L’Europe, le monde continue de nous attirer, plus encore qu’avant. Il n’y a pas de fatalité. On en est convaincus : quand on veut voyager, on peut. “Ce qu’il y a de difficile, pour un homme qui habiterait Vilvoorde et qui voudrait aller à Hong-kong, ça n’est pas d’aller à Hong-Kong, c’est de quitter Vilvoorde”, disait Brel.

Bref, ce voyage autour du monde nous a changé. Il nous a rendu plus curieux, plus tolérants, plus ouverts, plus débrouillards, PLUS VIVANTS. Mais les voyages de demain n’en sont pas moins excitants. Repartir, voyager, même si c’est pour un mois, dix jours ou même un week-end.

On est heureux parce qu’on sait que notre retour est le début d’autre-chose. Une nouvelle vie de voyages, de projets, de découvertes. Rien qui ne nous rendent tristes. Le passé nous enrichit mais c’est vers l’avenir qu’on est maintenant tourné. Et l’avenir, c’est ce que vous en faîtes. Alors pourquoi déprimer ?

14 replies »

  1. Salut ! Sûrement aussi que, justement du fait d’avoir lu tant de choses concernant la dépression du retour, vous vous étiez préparés au pire… ce qui vous a permis d’avoir du mieux.
    Après 2 ans au Brésil, en 2013, j’ai voulu revenir en France. J’avais plein de projets, et de bonnes raisons d’avoir “besoin” de revenir en France. Et pour le coup j avais mis trop d espoirs là-dedans, j’avais idéalisé mon retour… Résultat, au bout de dix jours, j’ai préféré repenser mes projets et tout mettre en oeuvre pour réaliser ces projets repensés !

    Par contre, pourquoi associer le fait de partir ailleurs à de la fuite, que ce soit en tour du monde, en voyage au long cours, en voyage tout court, en expatriation… ? Perso, je n’en connais pas beaucoup qui sont partis pour fuir quelque chose (et ceux qui font ça finissent par se planter quelque part car pour le coup, ils n’avaient pas réellement envie de partir, ils voulaient juste fuir)… mais plutôt pour saisir une chance de découvrir la nouveauté, pour agrémenter sa vie de quelque chose de plus, ou de différent. Au final, quand on part, c’est parce qu’on a envie de le faire. Alors oui, vu comme ça, il y a bien quelque chose que nous fuyons tous en partant : on fuit le risque d’avoir toute sa vie des regrets de ne pas être parti…
    Bon, désolée pour la dissertation, mes lecteurs sont habitués à mes pavés 😉

    • Merci pour ta dissertation ! Au contraire, tu as pris le temps de nous écrire et c’est tant mieux.
      Pour préciser ma pensée, les gens qui fuient une situation en partant en voyage sont souvent des étudiants en fin d’étude qui n’ont pas vraiment trouvé leur voie ou des travailleurs qui ne s’épanouissent pas dans leur job ou encore des diplômés victimes de la crise économique… Bref ça tourne beaucoup autour du boulot. Bon, y’a aussi des ruptures amoureuses, parfois.
      Peut être ces cas sont plus rares que ce que je pensais, mais il se trouve que j’en ai croisé beaucoup qui continuent de “fuir” la France pour éviter de se poser la question : “qu’est ce que je vais faire de ma vie ?”. Certains voyageront peut être toute leur vie en enchaînant les boulots, mais il faut être réaliste, pour beaucoup cette situation n’est pas tenable à la longue (quand on est jeune, ça parait facile 🙂 ).
      Voila pour préciser ma pensée. Après on insiste : chacun vit différemment les choses, les situations sont toutes uniques. Et nous n’avons fait ici que relater notre histoire. Aucun jugement pour ceux qui le ressentent différemment et aucune recette miracle pour “vivre bien ce retour”. Juste un partage d’expérience ! (Je disserte aussi)…

  2. Personnellement, je pense que c’est excitant de retourner d’un long voyage , on pourrait revoir la famille, les amis, on pourrait les raconter nos aventures, c’est quand même fun pour moi, donc pas de risque de dépression.

  3. Très intéressant point de vue. Revenue il y a 24h d’un mois de vadrouille. J’avais pas vu venir le blues. C’est bien vrai que j’ai en partie fuit une situation à la maison qui me déplaît. Je ne l’avais pas réalisé. Maintenant, je dois trouver comment jazzer cette situation, me la réapproprier et l’adapter à mes besoins.

    • Prendre conscience du problème est, dit-on, la première étape pour le résoudre. En espérant que tout rentrera dans l’ordre très vite, pour mieux repartir en vadrouille.

  4. J’adore!

    Personnellement, les retours m’excitent autant que les départs. J’adore revenir chez-nous après un long voyage et aucun retour ne s’est déroulé dans la morosité. Je dirais même que plus j’avance dans la vie, plus les retours de longs voyages m’enchantent.

    Il y a plus d’une dizaine d’années, un retour m’avait déprimée. J’ai décidé à ce moment que le voyage ne devait plus être en parenthèse dans ma routine, un moment où tout est extraordinaire et qui me fait voir la vie quotidienne comme quelque chose de banal, d’ennuyant, de répétitif. Je me suis interdit de repartir avant d’avoir changé ma vie ici, de sorte à ce que la retrouver me plaise autant que de partir à l’autre bout du monde pour plusieurs mois. Mission accomplie!

    Je reviens justement d’un voyage de 6 mois (l’autre d’avant avait duré 11 mois) et je suis de retour depuis exactement un mois. Durant ce voyage, nous avons pu réalisé plusieurs projets, plusieurs rêves, mais avons aussi dû en mettre certains sur la glace, incompatibles avec notre mobilité du moment. C’est avec joie que nous nous y replongeons tête première… jusqu’au prochain départ.

    Mon quotidien me paraît fantastique. Je n’aime pas la routine, je l’ai agrémentée (si on peut appeler ça une routine, mais bon…). J’avais envie de liberté, professionnelle et géographique, et je me suis organisée pour la trouver. Depuis que j’ai toute cette liberté qui me permettrait de partir quand je le veux (ou presque, ya aussi l’argent!), je ne me presse bizarrement plus.

    Je vois le wow dans l’ordinaire, l’aventure dans le quotidien, je joue les touristes chez nous, je fais un pied de nez à la routine et ma famille me suis là-dedans.

    Chez nous, les départs sont beaux, le retours tout autant.

    Bel article positif, merci!!

  5. je ne suis pas partie en tour du monde mais je sais que j ai toujours du mal après un voyage qu il soit de 2 jours, 1 semaine ou 3
    c est marrant j écrivais un article où je décrivais mon blues du retour

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