Amérique du Sud

En marche vers le Machu Picchu

PÉROU – Le trek du Salkantay : cinq jours et plus de 60 km d’efforts dans les Andes, un passage à plus de 4600 m d’altitude pour, au bout, découvrir la légendaire cité inca. 

                                     

“Quant à moi, je voyage non pour aller quelque part, mais pour marcher.
L’important est de bouger, de quitter le lit douillet de la civilisation,
de sentir sous mes pieds le granit terrestre et les silex épars avec leurs coupants.”
Robert Louis Stevenson

“Quand lama fâché, señor, lui toujours faire ainsi.”
Zorrino

Machu Picchu. Mythique. Mystique. On frissonnait d’impatience à l’idée de le découvrir, enfin.

Les Péruviens sont formels : plus on marche longtemps pour l’atteindre, plus la légendaire cité inca est belle. Tant mieux. Parce que pour nous, c’était notre envie avant même de quitter l’Hexagone, six mois plus tôt : le Machu Picchu, on veut le rallier à la force des mollet, se le “gagner”, en crapahutant plusieurs jours à travers les Andes.

Première question : QUEL TREK CHOISIR ?

Il en existe plusieurs. Le plus célèbre de tous, c’est l’Inca trial (ou Inca trail), quatre jours et trois nuits. Le seul qui permet d’arriver sur le site au petit matin du dernier jour par la Porte du soleil, en évitant l’entrée touristique et la foule des visiteurs. Très attirant. Problème : le nombre quotidien de marcheurs y est limité, il faut réserver plusieurs mois à l’avance – ce qui laisse peu de place à l’improvisation lors d’un voyage au long cours – et débourser des sommes devenues fantaisistes (jusqu’à plus de 400 euros par personne).

Face à l’engouement, les agences de Cusco ont inventé une version alternative et ludique, dite Inca Jungle trail (quatre jours, trois nuits ou parfois trois jours, deux nuits), qui comprend plusieurs activités : VTT, rafting ou tyroliennes. Vous pouvez trouver à moins de 200 euros. Mais pas de Porte du soleil. Bof.

Autre classique : le trek de Lares (quatre jours, trois nuits). Il est plutôt intéressant, car axé sur la traversée de communautés andines et la rencontre avec les locaux. Il est aussi assez facile, mais du coup moins paysager que les autres. Là aussi, depuis Cusco, après négociation, c’est moins de 200 euros.

Pérou, carte du trek Salkantay

Enfin, et c’est celui que nous avons choisi : le trek du Salkantay. Cinq jours, quatre nuits. Classé parmi les 25 plus beaux treks au monde par le National Geographic Magazine, il est réputé pour la variété des paysages qu’il offre, entre un passage de col andin à plus de 4600 mètres le deuxième jour et une descente dans la luxuriante jungle le lendemain, jusqu’aux bains chauds de Santa Teresa, à “seulement” 1700 mètres d’altitude (carte ci-dessus). Une magnifique alternative pour rejoindre le Machu Picchu. Reconnu comme le plus difficile (mis à part le Choquequirao, neuf jours de marche), il représente un joli défi physique, tout en restant accessible dans sa version “avec agence” puisque vous ne portez pas tout votre matériel : tente, matelas et duvet sont transportés en camion ou à dos de mules.

JOUR J-1 – LE JOUR D’AVANT

Justement, c’est la deuxième interrogation : QUELLE AGENCE CHOISIR ?

Notre premier conseil : ne réservez pas en avance, sur internet, même si vous avez un timing serré. Vous paierez beaucoup plus cher (parfois le double) que sur place, à Cusco, d’où il est facile de trouver une place, même pour le lendemain. On avait un peu de temps, alors on a visité au moins une dizaine de bureaux de la ville pour comparer les offres et les prix. Les prestations se ressemblent beaucoup (d’autant que souvent, les clients de différentes agences se retrouvent au final dans un même groupe). On ne vous en recommandera pas forcément une : choisir avec qui vous allez partir, c’est aussi une question de contact et de feeling avec vos interlocuteurs. Mais surtout, surtout : n’hésitez pas à négocier ferme !
Pour info, on a payé au total 232 dollars par personne (210 euros), ce qui comprend l’entrée au Machu Picchu (74 dollars, 68 euros) et à la Montaña qui surplombe le site (7 dollars), la location de la tente, du matelas et du duvet, quatre petits-déjeuners et autant de déjeuners et de dîners, collations de fin d’après-midi, la dernière nuit en hôtel à Aguas Calientes, trajets aller en bus et retour en train puis en bus. Sachant qu’il faut aussi prévoir de donner des pourboires aux muletiers, aux cuisiniers et aux guides : la quête se fait de manière cérémoniale, devant tout le monde… 

Attention toutefois :

  • vérifiez bien tout ce qui est inclus dans la facture (nous, on réclame systématiquement que ça soit détaillé noir sur blanc, en cas de litige). Quels repas ? Snacks ou pas snacks ? Boissons chaudes ? Etc. Tentes et matelas sont déjà compris dans le montant qu’on vous annonce, tentez d’y faire ajouter la location du duvet chaud, si vous n’avez pas le vôtre.
  • renseignez-vous bien sur les horaires de retour. Le “coup classique” avec le Salkantay, c’est souvent minuit ou une heure du matin – parce que le dernier train qui part d’Aguas Calientes est le moins cher – sans qu’ensuite, le bus entre Ollantaytambo et Cusco ne vous dépose à l’hôtel. Après cinq jours de marche, quand vous êtes bien crevés, c’est le coup de grâce : sauf à vouloir rester au Machu Picchu jusqu’en toute fin d’après-midi – mais vous y serez tout de même depuis 6 heures du matin – n’hésitez pas à réclamer un autre horaire, en négociant serré pour n’avoir pas de surplus à payer (on y est arrivé, vous y arriverez aussi).
  • chaque agence vous vantera la qualité et la quantité de ses repas ; difficile de vérifier à l’avance. Certaines promettent des petits groupes : le nôtre, avec deux guides, comptait 15 marcheurs de niveaux différents, c’est trop. Mais pour l’anecdote, on a croisé tout au long du trek un couple de Français qui avait réservé bien à l’avance sur internet. Alors oui, ils n’étaient que tous les deux avec leur guide (mais à l’inverse, pendant cinq jours, est-ce vraiment l’idéal ?), leurs repas étaient sans doute meilleurs que les nôtres mais ils ont dormi dans les mêmes camps et vu les mêmes choses. Est-ce que ça vaut vraiment deux fois plus ? À chacun de voir.
TREK DU SALKANTAY : NOS CONSEILS 
Non, ce trek n’est pas facile. Et la principale difficulté, outre la longueur et le dénivelé, c’est l’altitude. Si vous débarquez à Cusco et vous lancez directement dans le trek, vous risquez de souffrir. Essayez de débuter votre séjour au Pérou par d’autres activités, moins physiques. Ou a minima, prévoyez de passer au moins quelques jours à Cusco (3400 m) avant de vous lancer, pour un début d’acclimatation ; en plus, la ville est très agréable (lire aussi Ils sont forts ces Incas !). 
Quoi emporter ?
Prévoyez des snacks : fruits secs, barres de céréales, etc. (il y a des supérettes dans le centre de Cusco, ou au marché San Pedro). Une tablette de chocolat, aussi : c’est bon pour le moral ou pour célébrer votre passage au col du Salkantay… Pour info, de notre expérience, les repas étaient assez bons mais pas forcément très copieux, pour des gens qui marchent toute la journée.
Vous pouvez laisser un bagage de 10 kg par personne aux muletiers (attention, vous récupérerez tout, sauf le duvet si vous l’avez loué, au matin du quatrième jour). Glissez-y une paire de tongs  pour les soirées – ça fait du bien de pouvoir quitter ses pompes, le soir -, vos affaires de rechange, des habits chauds pour les soirées et les nuits. Dans votre sac à dos de marche, allégez-vous au maximum mais prévoyez un poncho de pluie et de quoi bien vous couvrir, il peut faire frisquet en altitude.

 

Pérou, trek du Salkantay, jour 2

JOUR 1 – LE JOUR DE VÉRITÉ

Le réveil sonne à 3 h 20. Oui, oui, 3 h 20. Ça pique un peu sur le coup, forcément. Mais en quelques minutes, ça y est, on est déjà prêts et impatients de se lancer. Go, go, go !

Du caaaalme. L’organisation à la péruvienne a tôt fait de mettre un frein à nos ardeurs matinales. Le petit-déjeuner qu’on nous avait promis la veille ? Le gardien de nuit de l’hôtel, qui a visiblement le réveil moins enjoué que nous, n’est au courant de rien. Mince, c’est qu’on a un peu de marche, nous… Sympa mais au ralenti, il déniche deux petits pains et deux tranches de jambon.

On le presse parce que voilà, un bus doit venir nous chercher, l’agence a bien insisté sur l’horaire :  à 4 heures pétantes devant la porte. Vers 4 h 30, donc, le véhicule arrive enfin. 

On est les premiers de la tournée de ramassage. Au total, on finira à une trentaine à bord ; on quitte alors Cusco pour 2 h 30 de trajet (l’occasion de compléter un peu la nuit), dont une longue montée sur une piste aussi paysagère que vertigineuse, jusqu’au petit village de Mollepata, où une auberge sert des petit-déjeuners à ceux qui le souhaitent. Pas compris dans l’enveloppe payée à l’agence. Pas très bon marché, forcément. Juste un thé pour nous, mamita, on a nos petits sandwiches et d’autres trucs qu’on a prévu (lire aussi “quoi emporter ?” dans notre encadré ci-dessus).

C’est ici que le groupe se scinde en deux. Alex, un des deux guides explique tout ça à l’assemblée, il a l’air bien cool, drôle et compétent. Pas de bol, on est appelé dans l’autre groupe, celui de Walter, qui n’a toujours pas décroché un mot. C’est aussi ici qu’on laisse une partie de nos affaires aux muletiers (nos duvets de location, quelques affaires de rechanges, etc.) : 10 kg maximum par personne, on est à 14 kg à deux, tout va bien. Certains sont recalés à la balance : attention, ne cherchez pas à refiler davantage que le poids prévu…

Pérou, trek du Salkantay, lac humantay

Allez, encore une vingtaine de minutes de bus et cette fois ça y est, à 9 h 20 (six heures après le réveil), on se met à marcher. Enfin. Lentement. Mais ça monte déjà, gentiment mais sûrement, durant près de deux heures. Dans notre groupe, ceux qui n’ont pas eu le temps de s’acclimater à l’altitude (on est à plus de 3000 mètres) commencent à souffler fort. Les deux heures suivantes sont plates, le long d’un petit ruisseau, pour arriver vers 14 heures à Soraypampa (3900 m), lieu du premier campement. Nos tentes sont déjà montées, alignées sur un sol bétonné, sous de grandes bâches (les muletiers ont voyagé en camion, aujourd’hui).
Après le lunch, notre guide nous propose une petite marche optionnelle (d’ailleurs, lui choisira l’option de ne pas la faire) jusqu’à un lac d’altitude. Une bonne heure d’ascension, à plus de 4000 mètres d’altitude, avec une seconde moitié bien raide ; plus raide que ce qu’on rencontrera jusqu’à l’arrivée au Machu Picchu. Un bon test pour la suite : si vous y parvenez sans trop de difficultés, vous arriverez à boucler les jours suivants, promis. La vue est à la hauteur de l’effort : les glaciers du Humantay (5217 m) se reflètent dans les eaux du lac. C’est splendide.

De retour au camp, un “happy hour” nous attend (thé, biscuits et pop corn ; il en sera ainsi tous les jours), enchaîné quasi instantanément avec le dîner. Dodo, de bonne heure.

JOUR 2 – LE JOUR LE PLUS LONG

Pérou, trek du Salkantay, jour 2C’est la journée la plus difficile de tout le trek. Alors réveil, 5 heures. Jean-Franco, l’assistant de Walter, vient nous réveiller dans les tentes avec un maté de coca (infusion aux feuilles de coca) brûlant. Ça va, on a plutôt bien dormi et on n’a pas trop senti le froid. On plie les affaires, on file au petit-déj. À 6 h 30, tous en rond, on assiste à un briefing interminable dans lequel Walter nous répète combien cette journée va être longue et dure. Histoire de bien faire stresser celles et ceux qui s’inquiétaient déjà… Bon, allez, c’est parti.

La première heure d’ascension n’est pas trop difficile. Une bonne mise en jambes. Petite pause, recharge de feuilles de coca pour tout le monde et on attaque les choses sérieuses. Une raide grimpette de plus d’une heure, en lacets, jusqu’à un petit lac. À notre rythme, un pas après l’autre, on l’avale finalement sans trop souffrir : ça fait maintenant trois semaines qu’on n’est quasiment pas descendu en-deçà des 3000 mètres d’altitude, ça joue en notre faveur. Au lac, on attendra plus d’une vingtaine de minutes l’arrivée des derniers, ceux qui ne sont pas acclimatés, avant la pause réglementaire d’un bon quart d’heure. C’est le problème des gros groupes, le rythme ne peut pas être homogène et ça n’est pas forcément agréable, ni pour les plus rapides, ni pour les plus lents.

Pérou, trek du Salkantay, plus haut point du trekIl reste encore une heure d’une montée assez dure jusqu’au point culminant du trek. Le col du Salkantay, qui s’élève à quelque 4600 mètres. Là, sous la direction de Walter, on procède à une cérémonie quechua. Chacun dépose trois feuilles de coca, symbole de la trilogie andine, sous une pierre. Petit moment de recueillement, face aux sommets. Photo de famille.

Et il faut repartir. On descend durant deux heures : on arrive à midi et demi à un petit camp, pour le lunch. Tout le monde a envie de se poser, et de manger quelque chose de chaud et consistant. Mais la journée n’est pas encore terminée, il reste deux heures et demi interminables, en légère descente, jusqu’à Chaullay (2 900 m), le site de notre deuxième nuit. On y arrive à 17 h 30, soit 11 heures après notre départ matinal : une longue longue journée. À 20h30, tout le monde est couché.

JOUR 3 – LE JOUR ET LA NUIT

Aujourd’hui, c’est “grasse matinée” puisque le réveil est prévu à 6 heures. Dommage que le coq n’ait pas été mis au courant (lui, c’est dès 4 heures qu’il a commencé à sonner), pas plus que les cuistots d’un autre groupe qui ont envoyé la musique dès 5 heures (tiens, l’air de la pub Nescafé).
Bref, à 7 h 30, on est en marche. On attaque une longue et belle descente en lacets jusqu’à une rivière. C’est là qu’on est cueilli par la pluie. Enfin la pluie… Plutôt le déluge. Alors un trek en groupe quand il pleut fort, ça se passe comment ? Chacun pour soi ! Et tant pis pour les guides ! On enfile les ponchos et on accélère sérieusement le pas. On zappe aussi les pauses. Si bien qu’on arrive en bas, au lieu de rendez-vous, près de deux heures avant l’horaire prévu. Le bus n’est pas là ? Tant pis pour le bus, on n’attend pas, on continue à pattes ! Une demi-heure de plus jusqu’au village où le déjeuner est prévu dans un petit restau.

Le bus, on le prendra après manger, pour aller jusqu’à Santa Teresa, lieu proche du troisième campement et où surtout, se trouvent de chouettes bains alimentés par des sources naturelles d’eau chaude (15 soles par personne avec le trajet en bus, soit 4 euros, non compris dans la note réglée à l’agence). Le site est très joli. Le plouf, agréable. Surtout, après déjà trois jours de trek sans douche. Sauf qu’il y a un défaut : l’endroit est infesté d’une sorte de moustiques pas agressifs, non, hargneux. Voraces. Le temps de passer d’un des bassins à la douche froide et retour, soit environ 30 secondes à l’air libre, le dos de Mathieu compte au moins une vingtaine de piqûres. Et y a bien pire que lui… Curieux spectacle de voir tous ces corps constellés de boursouflures qui se dépêchent de se couvrir des pieds à la tête sitôt sortis de l’eau.

Pérou, trek du Salkantay, soirée inka tekila

Retour au camp. Celui-ci est très bien équipé, il possède un bar. On sait que la journée du lendemain est la plus facile de toutes. Alors avec nos compagnons de marche, Quentin le Montalbanais, Hélène la Bretonne et les festifs Écossais Kirsty et Will (on va finalement voyager durant près d’un mois et trois pays avec ces deux-là, on vous en reparlera), on a déjà anticipé en allant acheter quelques bouteilles de bières au village voisin, pour se détendre un peu. Mais voilà, il suffit d’avoir de la musique un peu forte et des shooters d’Inka Tequila (une eau de vie improbable) à seulement un sol l’unité (0,25 euro !), pour que la soirée bascule. On boit. On rit. On boit. On danse, même. Jusque très tard. Sauf que le problème, quand on voyage depuis des mois en ne buvant qu’une bière de temps en temps, c’est qu’on manque d’entraînement. Alors quand les autres vont se coucher, pour nous deux, c’est une autre soirée qui commence. Une soirée lors de laquelle la tente, et toute la cordillère des Andes avec elle, se met à tourner dans tous les sens. On vous passe certains détails.

JOUR 4 – LE JOUR DE SOUFFRANCE

Réveil à 7 heures. Aïe. Bobo la tête. Ce matin, c’est compliqué. La gueule de bois, la vraie. Plusieurs options s’offrent à nous avant le déjeuner prévu à Hydroelectrica. Comme la plupart des marcheurs du groupe, s’échapper quelques heures pour enchaîner des tyroliennes géantes au-dessus de la jungle (15 dollars, 13,8 euros, en sus). Impossible, dans notre état. Rallier le village à pied : au moins trois heures de marche sur la route ; personne dans notre groupe ne le fera. Ou bien débourser 10 soles (2,70 euros, soit moins de trois Inka Tequila)  pour faire le trajet en bus. On ne vous le cache pas, c’est ce choix que nous faisons.

Pérou, trek du Salkantay, hydro electrica

Cette quatrième journée devait être la plus facile, seulement trois heures de marche dans l’après-midi, sur du plat, le long du chemin de fer jusqu’à Aguas Calientes. Il faut chaud. Elle tourne au calvaire. D’autant qu’on doit transporter toutes nos affaires, puisque les mules ont déserté. On arrive à 15 h 30. Après quatre jours de marche, on est crevés, nos habits sont dégueulasses, on a l’air de clodos :  dans les rues, les touristes proprets qui sont arrivés en train regardent passer notre groupe mavec étonnement.
Ce soir, on dort à l’hôtel ; sitôt la clé récupérée c’est douche, goûter régressif (burger frites à 16 h 30, désolés) et sieste. On se réveille pour le dîner, dans un restau de la ville, lors duquel Walter notre guide nous remet de manière très officielle un sac avec le petit-déj’ du jour suivant, les billets de train de retour et surtout les précieux sésames pour entrer au Machu Picchu. On file se coucher très vite. Demain, c’est le grand jour.

JOUR 5 – LE JOUR DE GLOIRE

Ouf, ça va mieux. La nuit a été réparatrice, quoique courte : réveil à 3 h 50 pour un départ du centre d’Aguas Calientes à 4 h 30. On veut être les premiers ; mais on n’est pas les seuls. Il y a une quinzaine de minutes de marche, en descente, jusqu’au pont qui permet de rejoindre l’autre rive, celle du MP. Les portes n’ouvrent à 5 heures, alors on attend ; il y a déjà une centaine de personnes, en file indienne. La pluie est là aussi. Top départ : à l’ouverture de la grille, tout le monde se précipite sur le sentier qui monte jusqu’au site. Une ascension de 400 mètres de dénivelé positif, essentiellement constituée de marches. Entre l’eau de pluie et la sueur, sous nos ponchos changés en étuve, on arrive en haut après 45 minutes d’efforts trempés comme des soupes péruviennes. On se change. Et on attend, encore : le site n’est accessible qu’à partir de 6 heures. Rageant : on attend au milieu de la masse des autres visiteurs, ceux qui sont montés peinards avec les bus. Si bien qu’on se demande pourquoi tout le monde – nous les premiers – se précipite ainsi : ce n’est peut-être pas si utile…

Pérou, Machu Picchu

Secs et changés, on retrouve peu à peu les autres membres de notre groupe et Walter, notre guide (qui n’est pas monté à pied, lui). Il va nous accompagner, deux heures durant, pour une visite guidée dans la cité inca. C’est prévu dans le trek et c’est tant mieux : c’est chouette d’avoir quelques explications avant d’être “lâchés” entre les vieilles pierres.

Voilà, après presque cinq jours et plus de 60 km d’efforts, on pénètre enfin dans l’enceinte du Machu Picchu. Avec émotion, il faut bien l’avouer. Une émotion renforcée par les circonstances : la pluie s’arrête et les brumes qui fermaient la vue s’écartent peu à peu. Instant de magie. On découvre l’endroit. C’est grand en fait, très grand. La cité en elle-même est merveilleuse, c’est vrai. Mais surtout, elle est intégrée dans un cadre naturel fantastique, sur un promontoire, entre des dizaines de montagnes abruptes. La plus merveilleuse des récompenses, après cinq jours et plus de 60 km de marche dans les montagnes andines. 

ET AUSSI…

Montaña ou Huayna Picchu ?

Pérou, Machu Picchu, montañaIl existe deux façons de voir la cité inca dans son ensemble, en prenant de la hauteur.
En montant sur le Huayna Picchu, la fameuse montagne façon pain de sucre qu’on voit sur la plupart des photos. Sans doute la meilleure vue possible. Mais les places sont limitées à deux groupes de 200 personnes par jour ; il n’y en avait plus pour nous.
Nous, on est monté en face, sur la Montaña. Une sacrée grimpette (7 dollars, réservation obligatoire en amont) de plus d’1h20, avec des marches hautes et parfois glissantes, surtout vers la fin, pour dépasser les 3000 mètres d’altitude. Après toutes ces journées de rando, ça n’est pas si évident et honnêtement, on ne vous le conseille pas forcément : ça demande beaucoup de temps, du temps que vous ne passez pas dans la cité en elle-même ; le point de vue est vraiment haut et loin du Machu Picchu en lui-même, il vaut surtout pour embrasser le paysage dans son ensemble.

Plus d’informations pratiques pour organiser votre visite du Machu Picchu (transports, entrée…) sur le blog Explore le monde de Maryne et Jules.

MAIS AU FAIT, LE MACHU PICCHU, C’EST QUOI ? 
“À 2 430 m d’altitude, dans un site montagneux d’une extraordinaire beauté, au milieu d’une forêt tropicale, Machu Picchu a probablement été la création urbaine la plus stupéfiante de l’Empire inca à son apogée : murailles, terrasses et rampes gigantesques sculptent les escarpements rocheux dont elles paraissent le prolongement.” C’est l’Unesco qui le dit : le site est classé au Patrimoine mondial depuis 1983.
Édifiée au XVe siècle et abandonnée lors de l’effondrement de l’Empire, la cité n’a jamais été atteinte par les conquistadors espagnols. Ce n’est qu’en 1911 que cet ensemble architectural quasiment intact a été redécouvert et révélé au monde. “Les quelque 200 constructions qui constituent ce centre religieux, cérémoniel, astronomique et agricole exceptionnel sont édifiées sur une crête escarpée, sillonnée de terrasses en pierre, détaille l’Unesco. Un plan rigoureux divise la cité en deux parties, la haute et la basse ville, séparant par une large place les zones agricoles des zones résidentielles. À ce jour, nombre de mystères de Machu Picchu ne sont toujours pas résolus, comme son rôle exact dans la connaissance approfondie qu’avaient les Incas de l’astronomie et de l’acclimatation d’espèces végétales sauvages.”
Tout le monde a déjà vu des photos de l’endroit mais en arrivant sur place, impossible de n’être pas frappé par la beauté et la puissance spirituelle de Machu Picchu. Attention : pour le préserver, le gouvernement péruvien a décidé de limiter le nombre de visiteurs quotidien à 2500. Sauf à y aller par un trek organisé, comme nous (auquel cas c’est l’agence qui s’occupe de vous trouver une place), il est prudent de réserver en avance, sur le site officiel : www.machupicchu.gob.pe

 

 

24 replies »

  1. Bonjour,
    Ce treck a l’air super et la présentation que vous en faites est chouette! Merci 🙂 Une petite question d’ordre pratique: est-il possible de laisser à Cuzco des bagages pour n’emmener qu’un petit sac à dos?
    Encore merci et bonS voyageS! 😉

    • Bonjour ! Oui bien sûr, c’est même l’idéal. Nous ne sommes partis qu’avec un petit sac + quelques affaires portés par les ânes le long du trek. Le mieux est de laisser vos affaires dans l’hôtel ou vous dormez la veille de votre trek. De toute façons il y a de grandes chances que vous y re-dormiez à votre retour au moins une nuit. Et quand bien même, les hôtels accepteront toujours de vous les garder. 🙂

  2. Super article ! on s’y croirait presque ….
    je pars au Pérou avec 5 autres amies en août prochain pour une durée de 5 semaines. Nous allons bien entendu passer a Cuzco et le trek du Saltankay nous aguiche vraiment beaucoup:) Tu dis avoir pu négocier les prix, combien as tu pu t’en tirer par personne tout compris ? Est-ce vraiment sûr de réserver en agence sur place ? (pour avoir la sûreté d’avoir de la place vu que nous sommes 6), le mois d’août étant très touristique j’ai des doutes…

    • Merci pour ce gentil message. Ce n’est bien sur que notre avis mais la réservation sur place permet d’économiser un tiers voire la moitié des prix annoncés sur internet. Nous avions également peur de ne pas avoir de place mais en fait les agences adaptent les groupes à la demande. Et embauchent le nombre de guides nécessaires. Votre gros atout : vous êtes nombreux donc vous justifiez à vous seuls l’embauche d’un guide supplémentaire. Je ne suis pas allée au Pérou en aout mais comme vous partez relativement longtemps vous n’êtes pas à un jour près… Le mieux c’est d’arriver à Cusco quelques jours avant et de réserver votre trek. Le temps passé sur Cusco ne sera pas perdu puisque la ville est à visiter et la vallée sacrée est très proche. Pour info nous avions payé en novembre 2015 pour 2 personnes (trek, repas et logement + location de duvet + entrée au Machu Picchu + entrée à la montana) 1508 sols.

  3. Holà !!
    Merci pour ce bel article très complet !!! Plus que motivée pour faire ce trek début septembre, j’aimerais réserver sur place comme vous le conseillez.. du coup pas besoin de réserver un billet pour le Machu Picchu en avance ? Le site officiel annonce le Huayna déjà complet… est-ce qu’en passant par le trek il est possible qu’on est une chance supplémentaire, j’ai bien peur que la montagne soit de trop après le trek.

    En tout cas, ça a l’air magique !

    • Holà Marie ! Merci pour ton commentaire. Je te reconfirme que la réservation sur place est vivement conseillée (surtout sur un point de vue budget !). Les agences ont des places réservés à l’avance pour le Macchu Pichu donc pas de souci. En revanche le Wayna pichu c’est plus compliqué. Peut être certaines agences pourront te le proposer mais nous c’était complet !
      Bon voyage en tout cas ! 🙂

  4. Bonjour, merci pour votre témoignage.. ça donne envie (sauf pour la J3 avec la pluie)..On envisage de faire ce trek en mai 2018. Nous ne parlons pas couramment espagnol ni anglais (on maîtrise les bases), donc on pense réserver à l’avance.. Je voulais savoir si les guides parlent uniquement espagnol? ou est-ce possible d’avoir un guide français? merci d’avance pour votre retou? Sarah

    • Bonjour Sarah,
      Nous avions un guide bilingue espagnol et anglais. Ce sont les langues le plus couramment proposées. Mais je suis certaine que d’autres agences proposent des guides francophones. Ce ne sont pas les plus communs, mais vous en trouverez forcément. Comme c’est une demande particulière, vérifiez bien avant de réserver auprès d’un agence qu’elle a bien un guide francophone dans ses contacts.
      Si vous avez d’autres questions, n’hésitez pas !

  5. Bonjour
    Merci pour ce superbe article. Un des plus documentés que j’ai trouvé sur le web. Pouvez-vous me dire à quelle période de l’année vous avez effectué le trek svp? L’article date de janvier 2016, mais était-ce la période du trek?

    • Bonjour Cyril ! Merci pour ton gentil message 🙂 On a fait le trek au tout début du mois de novembre. Tu prévois de le faire ? On te le conseille vraiment en tout cas. A bientôt !

  6. Bonjour,

    Félicitations pour votre blog, il est magnifique ! Nous partons mi mai faire le trek du Salcantay et la visite du Machu Picchu, est ce que vous pensez qu’il est possible, é cette période, de trouver un trek du jour pour le lendemain dans une agence à Cuzco ? Et aussi j’ai vu que la plupart des agences incluent l’entrée du site du Machu Picchu dans le forfait, savez vous s’il est possible de réserver aussi le Huayna Picchu ou la Montana Picchu ?

    Merci 🙂

    • Bonjour Céline !
      Merci beaucoup pour ton commentaire. Vous allez voir régaler. Le Machu Picchu est un site extraordinaire.
      Pour répondre à tes questions. Je pense qu’il est possible de réserver sur place les treks toute l’année. Du jour pour le lendemain aussi, même si je vous recommande de garder un jour de plus de marge. Du jour pour le surlendemain sera plus facile : il vous permettra de faire les courses, de vous préparer et puis Cuzco est une jolie ville. Si vraiment vous n’avez qu’un seul jour pour réserver votre trek, chercher dès le matin. Je pense que les agences ne refusent jamais des clients en plus, donc il n’y aura pas de problème, simplement vous aurez moins de temps pour comparer et négocier 🙂
      Au moment de ta réservation du trek, il vous faut dire que vous avez envie d’accéder au Huayna Picchu ou à la Montana. Comme les places sont limitées sur le Huayna Picchu, c’est possible que ce soit complet (c’était notre cas), mais la montana est généralement toujours accessible (c’est ce qu’on a fait).
      Si vous avez d’autres questions, on est là !
      Bon trek !

  7. Bonjour. Merci pour ce joli ticket qui donne très envie ;-). A quelle période étiez vous allés au Macchu Picchu?
    Je pars au Pérou et en Bolivie mi-jui avec des amis et la grande question du moment : faut-il réserver le macchu picchu? Dans votre article vous conseillez de réserver une fois sur place (la veille), mais y a t il tout le temps des places ?
    Merci d’avance pour votre réponse.
    Aurire

    • Bonjour Aurore ! Pour répondre à ta question, nous déconseillons de réserver à l’avance quand il s’agit de faire un trek. Si ce n’est que pour la visite du site : il vaut mieux réserver à l’avance. Dans l’encadré à la fin de l’article, nous mettons le lien vers le site officiel d’achat des tickets d’entrée au Machu Picchu. Je te conseille d’y jeter un coup d’oeil. Tu peux voir pour les mois à venir combien il reste de place par jour. L’entrée est limitée à 2000 personnes par jour si je ne me trompe pas. Et si vous pouvez, réservez assez tôt !
      Bonne visite. Promis on n’est pas déçu sur place, c’est grandiose ! 🙂

  8. Bonjour,
    Merci pour ce récit, ça nous aide beaucoup à organiser notre voyage !
    On voudrait aussi faire le trek de Salcantay. Te souviens-tu du nom de l’agence avec laquelle vous avez réservé ?

    • Bonjour !
      Alors pour l’agence il s’agit de Eco Path Trek. Son adresse : Marquez street n°250, 2e étage, Cuzco.
      Il nous a fallu négocier dur. Insistez bien sur votre intention de comparer les prix, quitte à mentir sur les propositions que vous ont fait les autres agences.
      Après il faut savoir que ce n’est pas eux directement qui organisent le trek, une autre agence chapeaute le tout et regroupe les plus petites. Mais tout c’est bien passé pour nous. Bon courage et bonne marche 🙂

  9. Oh punaise, de loin (= dans ma chambre d’hôtel) sans les sacs et la pluie ça donne envie!
    En tout cas, bravo à vous 2! Je pense que ça donne une saveur encore plus intense au Machu Pichu!
    Enjoy!

    • Alice, même avec les sacs et la pluie (et l’inka tequila), au final, ça reste de supers souvenirs… Mais vous savez ça très bien…

  10. En effet, il y a de nombreux treks alternatifs au Chemin Inca…et des nouveaux, alternatifs aux alternatifs ^^. Il y a quelques mois une amie guide m’a encore parlé d’un autre trek que je ne connaissais pas. En tout cas vu les photos le Salkantay semble absolument incroyable !

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