Pérou

Visiter Cusco et la Vallée sacrée

PÉROU – Cusco, l’ancienne capitale de l’empire, conserve l’empreinte du génie inca. La ville s’ouvre aussi vers la Vallée sacrée, parsemée de sites incroyables.

Pérou, Cusco, plaza de Armas

Ils ne connaissaient ni l’écriture, ni la roue. Mais à l’apogée de leur puissance, au XVe siècle, les Incas régnaient sur un État de près de 4000 kilomètres le long de la cordillère des Andes ; un État au système administratif et politique inédit, à la puissance économique et militaire légendaires. Tout était parfaitement régi et contrôlé, de la production agricole aux mouvements de marchandises, comme de personnes. Cela, grâce à une organisation bureaucratique sans faille – sans écriture, rappelons-le – et à un système de communication remarquable. Un réseau de routes pavées reliaient ainsi toutes les régions de l’empire (du sud de la Colombie jusqu’au centre du Chili), sur lesquelles des coureurs surentraînés se relayaient pour porter les messages.
Surtout, l’empire était d’une richesse astronomique, qui a aiguisé les appétits par-delà les océans…

Au XIIe siècle, les Incas n’étaient qu’une petite tribu guerrière, implantée dans la région de Cusco, qui restera leur capitale. Durant trois siècles et douze règnes, ils auront donc conquis et soumis une population comptant, selon certains, jusqu’à 18 millions de personnes. Jusqu’à l’arrivée des Espagnols qui ont mis fin à leur civilisation en moins de 40 ans, avec leurs chevaux, leurs armes d’acier et leurs maladies contagieuses.

Les Incas vénéraient plusieurs dieux, mais vouaient un culte particulier au soleil. D’ailleurs, le premier Inca, Manco  Capac, était lui-même un fils du soleil, né dans les eaux du lac Titicaca. Tous ses successeurs, les Sapa Incas étaient vénérés comme des divinités.

Pérou, Vallée sacrée

La plus célèbre des civilisations précolombiennes a laissé des réalisations fascinantes. Des temples, des palais ou des forteresses placées dans des endroits stratégiques (et souvent escarpés), édifiés avec des techniques qui n’ont toujours pas livrées tous leurs secrets. Tout le monde connaît le Machu Picchu, la dernière des cités incas, découverte au XXe. De nombreux autres sites, moins préservés (ceux-là, les Espagnols les avaient trouvées) sont disséminées aux alentours de la capitale Cusco, dans ce qu’on appelle la Vallée sacrée (carte ci-dessus). A bord de notre mini-van (lire aussi, Conduire au Pérou, c’est chaud !), on est partis à l’assaut de ces merveilles. 

Voilà pour les présentations. On a fait une petite sélection pour vous. Allez, on vous fait visiter.

1 La pierre aux 12 angles

Pérou, Cusco, pierre aux 12 angles

C’est le symbole du génie inca. Une pierre colossale, de plusieurs tonnes, qui comporte pas moins de douze angles. Des angles tous différents, saillants ou rentrants, qui s’enchevêtrent parfaitement avec toutes les pierres autours. Toutes les faces sont incroyablement jointoyées, si bien qu’il est impossible de glisser une feuille de papier entre elles. 
Ainsi bâtissaient les Incas, sans ciment ni mortier. Toutes n’ont pas douze angles, mais la ruelle Hatun Rumiyoc à Cusco, dans laquelle se trouve cette merveille de technique (et de mystère) est bordée sur sa longueur par un mur de pierres taillées et ajustées entre elles de la même manière. Aujourd’hui enceinte du musée de l’art religieux, cette paroi appartenait initialement au palais d’Inca Roca, le sixième souverain de l’empire.

Dans tout le centre-ville de Cusco, les bâtiments reposent sur des fondations incas. Des murs qui ont résisté à tous les tremblements de terre, au fil des siècles, quand les maisons coloniales ou les églises s’effondraient. Les différents sites de la vallée sacrée comportent aussi des dizaines de ces murs dits polygonaux. Comment les pierres étaient-elles taillées ? Comment étaient-elles transportées (ni engins, ni grues, évidemment, à l’époque) ? Et enfin, comment étaient-elles si admirablement assujetties les unes aux autres, sachant qu’il fallait sans doute des dizaines de manipulations pour obtenir l’ajustement parfait ? Le mystère reste entier (parce que l’explication avec les extraterrestres tout ça, on a du mal).

La pierre est visible dans la ruelle Hatun Rumiyoc, qui se situe dans l’axe de la rue Triunfo à l’angle nord est de la Plaza de Armas, à Cusco.

2 Les ruines de Pisac

Pérou, Vallée sacrée, Pisac

C’est l’un des plus beaux sites de la Vallée sacrée. Perchées à 3250 m d’altitude, à 8 km du village niché en contrebas sur les rives du río Urubamba, les ruines de Pisac révèlent la toute puissance des Incas sur la région.  Erigées pour défendre l’entrée sud de la vallée, les constructions dominent 65 hectares de terrases agricoles. Une partie d’entre elles est encore exploitées aujourd’hui. 

Un chemin existe pour grimper à pied depuis le village de Pisac (ne ratez pas l’immense marché qui se tient chaque jour dans les ruelles et sur la grande place). On profite de notre voiture pour atteindre le parking chaotique de l’entrée. Des bus par dizaines déposent leurs groupes et se garent en contrebas sur la route. Il y a du monde, beaucoup de monde. Mais le site en vaut la peine. Le panorama est extraordinaire. Le patchwork de cultures en terrasse est saisissant. Un des quartiers les plus hauts perchés demande un petit effort. Voilà la pluie qui s’amène. Chacun tente de s’abriter où il peut. Les vendeurs de ponchos font recette. Même avec tout ça, le site de Pisac reste majestueux.

Tarifs : l’entrée de Pisac fait partie du billet combiné (boleto turistico) comprenant 16 sites, valide 10 jours (lire l’encadré sur Cusco en bas de l’article) ou du boleto partial comprenant 4 sites sur la Vallée sacrée, surement un meilleur investissement.

3 Les salines de Maras

Pérou, Vallée sacrée, salines de Maras

Ceux qui ne le savent pas auront du mal à le croire. En plein coeur de la cordillère des Andes, se cachent des salines incroyables datant de la période pré-inca. Utilisé par le peuple inca pour alimenter Cusco et une partie du Pérou en sel, le site compte 4 000 bassins de sel cristallisé taillés sur un versant escarpé, à 3300 m d’altitude. Le sel provient d’une source jaillissant de la montagne sous la forme d’un ruisseau saturé en chlorure de sodium. 700 à 800 familles y travaillent encore, entretenant ce savoir-faire ancestral. 150 à 200 tonnes de sel par an sont produites ici.

Le site ferme à 17 h30. À 17 h 15, on passe la porte d’entrée en croisant les doigts pour avoir le temps d’atteindre les bassins de sel. Sur place, les travailleurs plient leurs affaires, la journée est terminée. Les salines sont vides. La lumière du soir se reflète dans l’eau salée. On profite du lieu sans touristes. Magique. 

Tarifs : 10 NS soit 2,70 euros. Les salines ne font pas partie du boleto turistico. Elles sont situées à 13 km de Maras.

4 Moray

Pérou, Vallée sacrée, Moray

Pour développer leur civilisation, les Incas auraient emprunté beaucoup de choses aux précédentes. Mais il y a deux points sur lesquels, le peuple de Manco Capac était particulièrement en avance : l’architecture et l’agriculture. Moray en est l’exemple parfait. A quelques kilomètres de Maras et de ses salines, le site découvert en 1930 regroupe trois amphithéâtres de terrasses incas aménagés dans de petits cirques naturels. Il s’agirait, selon les spécialistes, de centres de recherches agronomiques : un ingénieux système qui permettait grâce à cette forme particulière de simuler une série de micro-climats, un dans chaque anneau concentrique. Incroyable, non ?

Le lieu ferme lui à 17 h 30. Cette fois, on est sûrs de ne pas entrer quand on arrive à 18 heures passés. Personne à l’entrée, on tente le passage. La lumière baisse. On arrive sur le parking, toujours personne. Voilà comment, on s’est retrouvé seuls au monde sur le site de Moray en fin de journée ! Privilégiés.

Tarifs : le site fait partie du boleto turistico (130 NS, 35 euros) et du boleto partial (70 NS, 18,90 euros).

5 Le Machu Picchu

Pérou, Machu picchu

Forcément, c’est le site inca le plus connu au monde. Préservé des pilleurs colons (et des autres) au coeur des montagnes, le Machu Picchu est quasiment dans l’état qui était le sien au plus fort de l’empire. Magnifique. À lire dans notre  article Salkantay trek : randonner jusqu’au Machu Picchu.

CUSCO, NOMBRIL DU MONDE
Pérou, CuscoElle était “le nombril du monde”, c’est ce que signifie son nom. À 3400 mètres d’altitude, Cusco est le point de passage obligé de tout voyageur au Pérou (c’est d’ici qu’on part découvrir le Machu Picchu, quel que soit le moyen choisi). On s’attendait à une cité étouffée par l’afflux touristique, ce n’est pas le cas. Le centre de l’ancienne capitale (300 000 habitants) est même carrément agréable. Et sa visite mérite une paire de jours.
Quoi voir ? Partout, amusez-vous à repérer, sous les maisons coloniales, les fondations incas.
La plaza de Armas constitue, comme dans les autres villes péruviennes, le cœur de la cité. Sauf qu’ici, elle est bien plus belle et plaisante qu’ailleurs (celle d’Arequipa est pas mal non plus). Bâtie sur l’ancien espace cérémonial inca, c’est ici que fut écartelé le révolté Túpac Amaru II : on a assisté aux célébrations annuelles de cet événement clé dans l’histoire de la conquête. Cuzco a toujours gardé cette identité rebelle, aujourd’hui à l’encontre du pouvoir centrale de Lima. Deux églises qui se font face, des arcades de chaque côté sous les belles bâtisses coloniales, des bancs ombragés autour de la fontaine centrale : on s’attarde facilement sur la Plaza.
Les locaux vous le recommande, c’est vrai que San Blas, avec ses charmantes ruelles pentues, mérite le détour. Au nord du centre-ville (une dizaine de minutes à pied, via la rue Hatun Rumiyoc, pour voir la pierre à douze angles), est 
le quartier bohème de Cusco, avec ses boutiques et ses bars branchés.
Où manger ? Notre conseil : filez au marché. Le mercado San Pedro
, au sud de la plaza San Francisco (à une dizaine de minutes à pied de la plaza de Armas) a conservé toute son authenticité. Après les dizaines de stands d’artisanat, place à la gastronomie : traversez les étals de fruits et légumes à gogo, de viandes en tout genre (il y aurait même du chien ou des “jus de grenouille”) pour tomber, tout au fond, sur les petits restaurants. On y mange sur le comptoir, ou sur ses genoux quand il n’y a plus de place, des menus à 5 soles (1,35 euros, qui dit mieux). Estomacs sensibles s’abstenir.
Où dormir ? Cette fois, l’adresse que l’on partage n’entre pas dans la catégorie petit budget. Mais pour le prix qu’elle affiche, la Posada de Atahualpa (calle Atahualpa 405 A) est plus que correcte. On a aimé ses deux patios aménagés, ses chambres confortables et ses petits-déjeuners copieux et variés. L’hôtel n’est pas situé dans le centre-ville de Cusco à proprement parlé mais on peut le rejoindre à pied en moins de 20 minutes. Tarifs : 143 NS la nuit soit 38,60 euros.
À savoir. Pour visiter les sites de Cusco et de sa région, tout le monde vous parlera du boleto turistico. Ce billet combiné à 130 NS (35 euros) offre l’accès à 16 sites sur la ville et la Vallée sacrée, pendant 10 jours. Il vous permettra notamment d’assister à un spectacles de danses et de musiques traditionnelles au Centro Qosqo de Arte Nativo. Une façon comme une autre de rentabiliser le billet. Pour nous, il n’a pas été rentable. Calculez bien les sites que vous envisagez visitez et vérifiez qu’ils soient bien dans la liste. Le boleto partial (4 sites) peut souvent suffire.

 

 

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2 replies »

  1. Ça rappelle de beaux souvenirs. Je me souviens avoir adoré le site des Salinas et Sacsayhuaman pour ses immenses pierres taillées.
    De même ordre que le Machu Picchu, le site du Choquequirao est incroyable. Accessible en seulement 2 jours de marche, on tombe sur un site magnifique avec très peu de visiteurs.

  2. Un bel article et de belles photos qui nous font replonger dans cette belle région que je ne termine jamais de découvrir. Il y a tellement à voir dans le coin! 🙂
    Par contre j’apporterai une précision importante:
    “…Espagnols qui ont mis fin à leur civilisation en moins de 40 ans, avec leurs chevaux, leurs armes d’acier et leurs maladies contagieuses.” mais c’est beaucoup plus complexe que ça, il ne faut surtout pas oublier qu’à la base c’était parce qu’entre frères incas, ça voulait le pouvoir aussi, quitte à s’entretuer…ça a été crucial! 😉

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