Mongolie

Voyager en Mongolie : sous la yourte, à la rencontre des nomades

MONGOLIE Comment organiser un tour à la rencontre des nomades de Mongolie, de yourte en yourte, dans le désert de Gobi et le centre du pays. Récit et conseils.

Mongolie, Parc national de Khustaïn

Voyager en Mongolie, à la rencontre des nomades. Et dormir sous la yourte. Un rêve. Lors de notre tour du monde, après notre traversée de la Russie en Transsibérien, on a passé neuf jours et huit nuits  à arpenter le sud et le centre du pays. Neuf jours inoubliables. Huit nuits formidables, passées sous des yourtes, la plupart du temps dans de véritables camps de nomades.

C’est l’expérience qu’on a eu la chance de vivre, en cette fin du mois d’avril : totalement hors-saison touristique. Donc quasiment seuls. Dans un décor sans pareil. La Mongolie ? C’est une toile qui change sans cesse. La palette de l’artiste est infinie : le vermeil de la steppe, qui tire vers le vert avec l’arrivée des beaux jours. L’ocre des roches. Le gris des pierres. Ou l’or des dunes du désert de Gobi, le jade des plateaux d’altitude, les bleus du ciel… Et à chaque nuage, le nuancier renaît. 

Comment organiser un tour à la rencontre des nomades de Mongolie ? Voici notre récit, et nos conseils pour vivre cette expérience. Et la vidéo de notre expédition.

                                 

JOUR 1 : L’HOSPITALITÉ DES NOMADES.

Il suffit de sortir d’Oulan-Bator. De parcourir quelques kilomètres à peine. Aussitôt, la plaine mongole, celle des cartes postales, vous engloutit. C’est beau. Déjà. Et ça le restera sans cesse, à condition de ne pas retrouver la ville.

Mongolie, en voitureA nous la sauvage Mongolie ! On embarque à bord d’un vieux fourgon 4×4 russe. Le même modèle que ceux à bord desquels on avait découvert les rives du lac Baïkal. Au volant, Tseguii. 42 ans. Mine réjouie, ventre rebondi. Chauffeur de bus l’hiver dans les rues encombrées de la capitale, chauffeur pour touristes le reste du temps sur les pistes désertes des steppes. A côté de lui, Tsaguii, 24 ans. Notre guide. Bottines à talon, lunettes de soleil de starlette, brillant sur une dent. Pourquoi pas.

A l’arrière, on est cinq voyageurs. Mariah, rigolote petite Australienne. Elle vient déjà de passer un mois et demi en Mongolie. Seule. Avant, c’était la Birmanie. Après, elle enchaîne par la Roumanie, l’Islande et l’Inde, avant de rejoindre Vancouver en septembre pour ses études. Elle a seulement 18 ans. Chapeau.
Avec nous, deux autres Frenchies. Emilie, 31 ans, exubérante brune. Arnaud, 30 ans dans quelques jours, cheveux et barbe blonds, qui ne se départit jamais de son sourire. Le couple, installé à Lyon, boucle là un an complet de voyage en Asie. Une année formidable. Retour en France, et au boulot, dans quelques jours et ils n’ont pas envie, mais alors pas du tout envie, de rentrer. En plus de toutes les infos qu’on a pu glaner auprès d’eux sur de prochaines destinations, nous qui en sommes plutôt au début de notre tour du monde, ça confirme ce que l’on pressent déjà : un voyage au long cours est une expérience extraordinaire. 

Revenons à nos moutons…

Pour l’instant, ça roule bien. C’est du bitume, alors on frôle le 80 km/h. Sur les banquettes, entre les vapeurs d’essence, on fait encore connaissance. On s’est rencontré deux jours plus tôt : une heure de discussion avant de se lancer dans la négociation en commun du prix de l’escapade (lire l’encadré ci-dessous). Première pause déjeuner dans un resto de bord de route. Café-crème pour tout le monde AVANT de manger (on y aura droit à chaque repas). Pour le plat, chouette, y a le choix : tsuivan, des pâtes au mouton, ou buuz, des raviolis au mouton.

UN TOUR EN MONGOLIE : COMMENT RÉSERVER, ET A QUEL PRIX  ?
Ainsi en est-il en Mongolie. Guère de routes mais des centaines de kilomètres de pistes, qui se croisent ou se multiplient, sans – évidemment – le moindre panneau. Sauf à être très bien préparé, il est très difficile de découvrir le pays et de dormir chez les nomades sans avoir recours à un chauffeur et/ou un guide. Rapidement, après avoir comparé les prix (ça grimpe vite), on a opté pour un tour d’une dizaine de jours.
La plupart des professionnels proposent une formule semblable : grosso modo, le sud du pays, avec le désert de Gobi, et le centre, avec la vallée d’Orkhon. On était prévenus, les mois d’avril et mai sont déconseillés en raison de possibles tempêtes de sable… En contrepartie, les touristes sont aux abonnés absents. Les agences professionnelles restent de loin les plus chères (pour 10 jours compter 1300 euros par personne, “prix d’ami”). Les guesthouses sont prêtes à baisser davantage leurs prix. Le tour de 9 jours pour deux varie entre 700 et 800 dollars par personne.
La chance nous fait rencontrer Mariah dans notre auberge de jeunesse, elle aussi est à la recherche de voyageurs pour partager un tour. Le lendemain, Emilie et Arnaud, tout juste débarqués à Oulan-Bator, se greffent au groupe. Nous sommes cinq. L’union fait la force, on peut négocier à notre avantage. Parce que nous étions logés là et parce qu’elle a plutôt bonne réputation, nous avons choisi la
 Khongor guesthouse. Tarif, après négociations : 50 dollars par personne et par jour, soit 900 dollars à deux pour 9 jours, 8 nuits tout compris. Pour des backpackers, ça reste cher. Mais bien moins que la plupart des formules proposées normalement. Aujourd’hui, en tout cas, pas de regrets !
Notre conseil : surtout hors saison, ne réservez pas avant de partir. Vous trouverez toujours un tour sur place et vous pourrez négocier des prix bien plus bas.

 

C’est reparti. Là, un beau paysage de steppe à perte de vue ! « Tseguii, please, can we stop to take a picture ? »… Là, un autre ! « Tseguii, may we stop ? ». Ici, un cavalier qui surveille son troupeau. « Tseguii ? » Le chauffeur est habitué. Il sait que dans quelques jours, mieux acclimatés à la beauté permanente du décor, les relous des sièges arrières ne réclameront plus des arrêts sans cesse, mais « seulement » lorsque l’éblouissant cédera la place au magnifique. En Mongolie, c’est assez souvent, quand même.

On a quitté le goudron depuis au moins deux bonnes heures lorsque le fourgon contourne une formation granitique (Baga Gazryn Chuluu de son petit nom) et s’arrête. Notre guide, tirée d’une profonde sieste, se manifeste enfin. A pied, elle nous conduit entre les ruines d’un ancien monastère, « détruit par les communistes ». Une petite grimpette plus tard, la vue sur la plaine est saisissante. On apprend que c’est par là, à quelques kilomètres, que l’on va passer notre première nuit, dans un camp de nomades.

Mongolie, petite Mongole

C’est elle qui nous accueille. Sündria n’a pas deux ans. Petites couettes, bouille mouchetée d’un récent goûter, bottes roses, elle est à croquer. Avec nous, elle navigue entre timidité et curiosité. Ses parents sont encore auprès des bêtes, ce sont donc Tawa et Atra, ses grands-parents, qui nous invitent sous leur yourte. Tasse de thé et petits gâteaux pour commencer, le rituel sera toujours le même les jours suivants. Celui d’une authentique hospitalité, non feinte.

Première nuit sous la yourte

Cette première soirée va au-delà de toutes nos attentes. Là, sur quelques dizaines de mètres carrés, au fin fond de nulle part, chaque enchantement chasse le précédent. Le sourire de Sündria. La découverte de l’intérieur d’une véritable yourte mongole (les explications dans notre vidéo ci-dessus). La gentillesse de nos hôtes. Les troupeaux qui reviennent : des dizaines de chèvres, de moutons ;  c’est le printemps, rôôôô, il y a des petits partout. Et puis le père de Sündria qui apparaît, à cheval, dans le jour descendant. Si c’est une mise en scène, bravo, elle est parfaite.

Le camp compte quatre yourtes, une pour les grands-parents, une pour la petite fille et ses parents, une pour le second fils de la famille et enfin, une pour les invités, la nôtre. Au menu, il y a du mouton. On connaît. En revanche, on découvre ce premier soir le combustible des poêles mongoles. Pas de bois dans la steppe : pour se chauffer, c’est avec les excréments séchés des animaux. On va s’habituer.

JOUR 2 : LES TIQUES ATTAQUENT .

Le jour le plus long. Huit à neuf heures de trajet sur des pistes cahoteuses. Odeur d’essence. Soupe à la viande… de mouton à midi. Heureusement, le groupe est sympa, on discute sans cesse. Et puis dehors, de l’autre côté des carreaux, c’est le cinéma permanent. On vous l’a dit, que les paysages, en Mongolie, c’est quelque chose ?

Mongolie, tiquesPetite déception le soir : le camp est moins authentique que le précédent. Les nomades qui vivent à côté gèrent, pour le compte d’un propriétaire absent, une sorte de petit village vacances. Il y a même des constructions « en dur ». Bon, on est hors saison, tout est fermé, on est seuls. Ouf ! Pour le feu sous la yourte, pas de souci, on se débrouille : le crottin séché, on maîtrise.

Inspection pour tout le monde avant de se coucher : le printemps, c’est la haute saison des tiques en Mongolie. Qu’on se comprenne bien : rien à voir avec la probabilité d’en avoir glané une lors d’une gentillette balade aux champignons. Là, elles sont des dizaines sur la moindre touffe d’herbe. Du genre balèze en plus. Impossible de passer au travers. Régulièrement, avant qu’elles ne s’accrochent (elles aiment bien les nuques), on s’applique à les dégager. Brrrr. On en a tous fait des cauchemars !

LES TOILETTES EN MONGOLIE, COMMENT ÇA MARCHE ?
Quand il y en a, c’est un profond trou creusé dans la terre, un petit plancher auquel il manque une planche et une petite cabane (avec une porte ou non, c’est selon) posée par dessus. Sommaire. Mais voilà : grâce au paysage qui les entoure, faut dire ce qui est, les chiottes mongoles sont les plus belles du monde. Depuis l’extérieur, du moins. Mongolie, toilettes dans le désert

 

JOUR 3 : CAP SUR LE DÉSERT DE GOBI.

Pas de tique en passagère clandestine ? C’est bon, on repart. Après seulement quelques kilomètres, le fourgon stoppe à l’entrée d’un canyon (Yolyn Am). Notre guide nous accompagne pour une balade matinale d’une paire d’heures, à pied, au coeur du parc national de Gurvan Saïkhan. Une chouette mise en jambe. C’est quand il s’agit de grimper à nouveau à bord de l’engin que ça se complique. Pour repartir, il faut remonter le canyon sur deux ou trois kilomètres. Au fond, la glace peut atteindre jusqu’à dix mètres d’épaisseur ; l’hiver est rude en Mongolie. Là, elle a sérieusement fondue, il en reste une couche qui, par endroit, est très instable.

Le cadre est somptueux, mais c’est risqué : Tseguii, le chauffeur, nous fait tous descendre du camion. S’agirait pas de se retourner avec les clients à bord. Il effectue des repérages à pied sur quelques centaines de mètres avant de reprendre le volant et de s’engager sur cette fragile couche de glace (passage à voir dans notre vidéo). Et ainsi de suite. La manœuvre, au total, nous prend des heures. Mais à midi (enfin, au moins 14 heures du coup), dans un village qui marque l’entrée du Gobi, c’est le réconfort : cinq bons gros beignets au mouton, bien gras, pour chacun. A nous le désert ! 

À l’assaut des dunes de sable de Khongoryn Els

Quelques yourtes, au loin. Des troupeaux. Est-ce une moto, là-bas ? Sur cette infinie étendue plane, les choses apparaissent, disparaissent, réapparaissent dans la brume, à l’horizon. Même les quatre incorrigibles bavards de Français que nous sommes se taisent : le spectacle impose le silence.

Mongolie, dunes de Khongoryn Els

Sur notre gauche, une longue bande de sable commence à se former. Elle grandit, peu à peu, jusqu’à former comme une improbable enclave saharienne en Mongolie. Scotchant. Les dunes de Khongoryn Els mesurent jusqu’à 300 mètres de hauteur et 12 km de largeur, sur une centaine de bornes de longueur. C’est au pied de celles-ci que nous passons la nuit, dans le camp d’un couple âgé qui vit là avec un de leur fils, handicapé. Leurs deux autres enfants sont à la ville ; la fille y est policière. Dan, un américain de Chicago, est installé ici depuis 25 jours. Fervent chrétien (du genre évangélisateur, même), il prévoit d’y rester 40 jours au total, pour « se recentrer sur sa foi et méditer ». C’est l’endroit parfait, c’est vrai. Mais ce soir, le bonhomme n’est pas mécontent de nous voir débarquer, nous, et nos bières tièdes tirées du coffre du fourgon… 

JOUR 4 : A DOS DE CHAMEAU.

Ce matin, on change de moyen de transport. Ces grands chameaux soupe-au-lait que l’on croise chaque jour, il est temps de les apprivoiser. Au programme : une heure de balade entre deux bosses velues jusqu’au pied de la plus grande dune. Bon. Si l’on omet que le camélidé a une colonne vertébrale assez saillante (ouille), ça se passe finalement plutôt bien. Après quelque pas d’une démarche luckylukesque, on finit même par le regretter, l’animal. Car l’ascension se révèle bien physique : il faut plus d’une heure d’efforts intenses pour gagner le droit de se faire gifler par un puissant vent de sable au sommet. Mais ça en valait la peine. Derrière, des dunes à perte de vue. Devant, un autre visage du désert, plat jusqu’à l’horizon.
La descente, bien sûr, est beaucoup plus facile. En bas, Tseguii et son fourgon nous attendent déjà.

QUEL CHAMEAU !
Rien à voir avec le brave dromadaire-à-papa, du Maroc ou de Tunisie. Mongolie, dunes de Khongoryn ElsEn Mongolie, le chameau de Bactriane est d’un autre acabit. Deux mètres de haut à la bosse, plus de 700 kilos : c’est du lourd. Surtout, l’animal est un tantinet ombrageux (il n’hésite pas à cracher sur celui le dérange) et il ne sent pas la rose. Capable d’ingurgiter plus de 100 litres d’eau en une seule fois (il la stocke dans ses deux bosses ; quand elles deviennent molles et pendantes, c’est qu’il faut « faire le plein » de l’animal), son pelage épais lui permet de se protéger des grandes chaleurs comme du froid extrême du désert. Côté séduction, son sourire est rarement son principal atout.

Les dinosaures de Bayanzag

Cinq heures de routes cahoteuses – et deux nouveau arrêts pour des réparations plus tard, comme chaque jour – sans croiser aucun autre véhicule, on fait halte sur l’autre site majeur du Gobi : Bayanzag, ou les « falaises de feu ». Fouillé pour la premier fois en 1922 par le paléontologue américain Roy Chapman, le lieu a dévoilé de très nombreux ossements et œufs de dinosaures (le Muséum d’histoire naturelle de New York s’est servi ici). Le temps d’écouter notre guide nous expliquer que les dinosaures vivaient ici il y a 2000 ans (« two thousands years » dans le texte ; ahah, pour un peu, ils auraient pu croiser Jésus !), on déambule à pied, seuls comme toujours, dans ce fantastique paysage de sable rouge et de rochers. Sans toutes les bouteilles plastiques abandonnées par les locaux, on se croirait sur Mars, pas en Mongolie.

Le campement est à une dizaine de kilomètres : deux yourtes posées, comme d’autres çà et là, au milieu d’une plaine vide et infinie. Ce soir, c’est l’anniversaire d’Arnaud. Le chanceux se souviendra toute sa vie de ses 30 ans, fêtés au cœur du désert du Gobi, avec bières, vin mousseux (enfin, quelque chose qui y ressemble) et même gâteau et bougies (sa douce avait pensé à tout). Le vieux Mongol aux yeux bleus qui vit là avec sa femme, ravi d’avoir partagé cette soirée avec nous, lui offre quatre osselets, le jeu favori des nomades. 

JOUR 5 : LES RUINES D’UN MONASTÈRE.

Il ne veut pas que l’on parte sans voir cela. Sous sa yourte, notre hôte aux yeux bleus sort un objet précieux d’un tiroir. Il le déballe : c’est un œuf de dinosaure fossilisé. Enfin, selon notre chère guide, qui cause un angliche incertain vous l’aurez compris, c’est « a dinosaur’s ball », soit une c… de dinosaure : de quoi nous faire réfléchir et rire une partie des quatre heures de piste qui mènent au monastère bouddhique d’Ondin Khiid, niché dans le méandre d’une rivière.

Mongolie, Ongiin Khiid, gardien du temple

Il y a là un gigantesque camp touristique : ouf, il n’est pas encore ouvert. Ce soir, on sera encore seuls, dans une yourte à l’extérieur de cette structure. Mais en pleine saison, l’endroit doit être évité, c’est sûr. Le couple d’anciens qui nous guide, à son rythme, dans les ruines dont il assure la garde, est émouvant. Reclus ici, aux portes du désert, ils ne voient pas si souvent leurs 11 enfants et 43 petits-enfants
En fin d’après-midi, après cinq jours assez salissant – c’est un euphémisme -, tous à la rivière pour une séance bienvenue de nettoyage des corps et des habits. Bon sang que ça fait du bien.

JOUR 6 : LA VALLÉE D’ORKHON, UN PARADIS.

Levés à 7 h 30 pour une longue journée de fourgon. Mongolie,sous la yourtePause déjeuner dans une petite yourte en bord de piste, une sorte de cafétéria d’autoroute locale sans doute. Mongolie style. On s’installe, illico la tenancière en leggings multicolores revient avec deux gros morceaux de mouton qu’elle se met à débiter en petits bouts, sur une planche posée sur son lit, pour préparer des tsuivans. Le gras ? Oui, oui, elle le laisse. 

Le soir, épuisés par plus de 300 km de pistes, on débarque dans un petit paradis, au coeur de la vallée d’Orkhon. Un camp installé sur une verte prairie, dans les montagnes. L’endroit est splendide. Et on arrive pile à l’heure : Mögke, le chef de famille, s’apprête à tuer un mouton pour fêter (façon de parler : il nous avouera qu’il est un peu triste) le départ de son fils au service militaire.

La vie rurale, la vraie

Avec un couteau, en souriant de toutes ses trois dents, il ouvre la poitrine de l’animal, immobilisé sur le dos. Il y plonge la main pour pincer une artère, au niveau du cœur (c’est ce qu’on s’est dit). En quelques instant, c’est fait. Ne reste plus, à l’intérieur de la yourte, qu’à le dépecer, le vider, jeter l’estomac aux chiens, trier les abats, le découper, etc. Les voyageurs sont invités à mettre la main à la pâte. Ah, les joies de la vie rurale. 

JOUR 7 : PETITE RANDO A CHEVAL AVANT KHARKHORIN.

Cette nuit, il a fait froid. Mais pour la première fois, on avait du bois, et non plus seulement des crottes, à envoyer dans le poêle. On se réveille dans le cadre somptueux qu’on avait quitté la veille. Gana, la femme de Mögke, est déjà occupée à traire un yak. Son mari prépare nos montures : ce matin, on grimpe sur ces petits chevaux qui font la fierté de tout un peuple pour rejoindre la plus grande chute d’eau du pays, près de 25 mètres de haut. Nous sommes leurs premiers passagers de la saison, alors les canassons sont un poil capricieux. Surtout les deux nôtres. On les laisse à Mögke, que l’on salue, à l’entrée des gorges d’Orkhon Khürkhree, pour une petite balade à pied dans les rochers, jusqu’au bas de la cascade.

L’après-midi, cap sur Kharkhorin. Le fils de Gengis Khan, l’affable Ögödeï, y avait fait bâtir la capitale de l’empire mongol. Les restes de cette cité, détruite au XIVe siècle par des Chinois de mauvaise humeur, a servi à bâtir l’Erdene Zuu Khiid, vaste monastère qui a hébergé jusqu’à 1000 moines au temps de sa grandeur. Avant que des communistes énervés ne le saccagent quasi totalement. Aujourd’hui, il y reste trois temples restaurés et surtout, d’impressionnants murs d’enceinte qui comptent pas moins de 108 stupas.

Avant de rejoindre notre yourte, petit détour par les bains publics pour une vraie douche, chaude et tout : la première depuis une semaine. C’est fou comme il existe des joies simples.

JOUR 8 : LA YOURTE PARTY.

Journée off. On se repose le matin. Les garçons en profitent pour faire un petit tour jusqu’au marché local ; l’espace boucherie est spectaculaire : de quoi freiner le plus affamé des viandards. Tseguii-la-bricole, lui, tente, sans succès, de faire réparer un pneu crevé. On ne prend la route que dans l’après-midi pour arriver, en soirée, dans un camp reculé et peu engageant. L’endroit n’est pas spécialement beau. Notre yourte, un peu crade. Un vent froid soulève de la poussière. Et la mère de famille qui ne nous décroche pas un sourire, en nous offrant un thé salé. Son fils ? Il est glacial. Le couple qui vit ici a deux enfants. L’aîné, qui étudie à Oulan-Bator, est un chaman. Au fond de la yourte, dissimulés par des rideaux, son costume de sorcier et tous les objets chamaniques. Pas question d’y jeter un oeil ! La soirée, la dernière de ce tour en Mongolie, s’annonce mal.

Le barbecue mongol

Mongolie, le Khorkhog, "barbecue" localTrois heures et un « barbecue mongol » (le khorkhog, sorte de pot au feu dans lequel on ajoute des pierres brûlantes pour mieux cuire… le mouton) plus tard, l’ambiance a changé. Toya, la maîtresse de maison, s’est détendue. Elle a soulevé le rideau. Elle se met même à danser sur la musique que choisit Tseguii. Soudain, tout bascule. Une voiture approche à fond la caisse, klaxon hurlant. Ils sont une dizaine à l’intérieur : des voisin(e)s (ils doivent habiter à quelques kilomètres, en bref) venu(e)s fêter l’anniversaire de l’une d’entre elles.

Les grosses bouteilles de bières défilent. On nous offre aussi de la vodka. L’électricité accumulé durant le jour grâce aux panneaux solaires sert à monter les watts. D’autres Mongols déboulent les uns après les autres. Ça se voit, certains ont déjà bien entamé la soirée. Lui ? S’il est un peu ivre, nous explique-t-on, c’est parce qu’il est content, son fils a gagné une course de chevaux. Logique. La yourte se change en dancefloor, on nous fait enfiler des dels, les costumes traditionnels. Mögke, le père de famille, raye la piste de danse comme un B-Boy. Bref, c’est n’importe quoi. 

On laisse une vingtaine de danseurs déchaînés peu avant une heure du matin, pour rejoindre notre yourte. Le lendemain, en les découvrant tous allongés les uns contre les autres par terre sous des couvertures, comme après une vilaine soirée étudiante, on apprend que la fête a duré jusqu’à cinq heures passés. Ça se passe comme ça, chez les nomades.

JOUR 9 : MYTHIQUE CHEVAL DE PRZEWALSKI.

Il neige. Le vent est polaire. On grimpe vite fait dans le fourgon. Avant de rentrer à Oulan-Bator, nous avons négocié un petit détour par le célèbre parc national de Khustaïn, où le cheval de Przewalski a été réintroduit dans les années 90. L’animal, à l’instar du mustang américain ou du brumby australie est l’un des derniers chevaux sauvages du monde. L’Homme n’a jamais réussi à le domestiquer.
En se renseignant au fil des pistes auprès des gardiens du parc, Tseguii arrive à localiser l’endroit où un groupe s’abrite du blizzard. Il se gare à proximité et lentement, en avançant pas à pas, on parvient à approcher jusqu’à quelques pas des animaux à la robe isabelle.

Ultime moment de magie avant de retrouver la capitale, en fin d’après-midi. Retour à la civilisation. La parenthèse se referme. Elle a duré neuf jours et huit nuits. Inoubliables.

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17 replies »

  1. Ça y est je me lance :ça fait longtemps que je voulais vous envoyer un petit mot et là je dois dire que je trouve ça grandiose !on a regardé la vidéo en famille et on a adoré… Par contre,les tiques bcp moins … (Aviez vous pensé à la pince à tiques??!!)on vous fais de gros bisous.on attend la carte postale et je suis impatiente de savoir si Élo a stabilisé lors de la yourte party!!PS Serge et Francis pètent la forme

    • Ah merci pour les nouvelles de Serge et Francis ! Ils doivent bien vous aimer ! Oui, on avait prévu une pince à tiques, mais ouf, elle n’a pas servi. Bilan yourte party : Elo a stabilisé, Mathieu s’est un peu brûlé tout l’extérieur de la main en s’appuyant sur le conduit du poêle à caca en rentrant dans la yourte. Mais rien à voir avec la vodka, bien sûr. Gros bisous à toute la famille !

  2. merci pour ce voyage …j’y pars dans 10 jours (Arkhangai à cheval durant 15 jours)…en voyant ces photos et vos articles, je trépigne encore plus…(sauf pour les tiques….je vais rajouter une pince à enlever les tiques dans mon sac..!!)

    • Bonne idée, la pince à tiques. Pas lourd et peut-être utile… Bon voyage dans l’Arkhangai, ça a l’air vraiment génial !

  3. J’en ai toujours rêvé. Ça donne vraiment envie ! Merci pour ce beau moment. J’attends la Chine avec impatience ! Bonne route !

    • Merci Caro !
      C’est en effet un voyage formidable. Et la suite l’est tout autant. 🙂 La Chine est très différente mais tellement fascinante !

    • Merci de me faire rêver en voyant vos merveilleuses photos.
      Je surveille vos articles sur le blog impatiemment.
      Joyeux Anniversaire Arnaud, le fêter ainsi est ” original ” et restera inoubliable !
      Bonne continuation et ne manquez pas une miette !

  4. Superbe article qui inspire pour des voyages futurs! Merci d’avoir partagé. Deux questions concernant la santé: que risque t on avec ces tiques mongoles et est-ce que vous avez été malades (est-ce difficile pour les santés fragiles)? Merci!

    • Merci Murvin ! Avec les tiques, plus de peur que de mal, heureusement. Exceptée la sensation continuelle d’en avoir toujours une qui se balade sur votre corps, personne n’a été piqué. Un médecin pourrait vous dire que vous risquez l’encéphalite à tiques (assez grave mais très peu fréquente) ou la plus classique maladie de Lyme. Un vaccin onéreux existe pour la première (on en parle dans notre article sur les vaccins). Mais un spray anti-insectes est un bon début. Si vous tenez vraiment à éviter les tiques, on vous conseille de choisir une autre saison. Ces sales bestioles ne sont présentes qu’au printemps (avril-mai)…
      Pas de problème pour les santés fragiles. Côté nourriture, ce n’est pas varié, mais vous pouvez faire confiance aux cuisinier(e)s mongol(e)s. Petite précision cependant, si vous choisissez de voyager comme nous, il faut savoir que les lits sont simples et durs, les pistes sont très chaoteuses (ça secoue beaucoup), il n’y a pas de douches, et les toilettes se résument à deux planches posées sur un trou dans le sol… Un confort spartiate pour une Mongolie authentique !

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