Afrique

Johannesburg sur les traces de Mandela

AFRIQUE DU SUD – La capitale économique du pays n’a pas le charme du Cap, loin de là. Mais elle offre la possibilité de se pencher sur l’Histoire récente du pays.

Afrique du Sud, Johannesburg, musée de l'Apartheid

“Au cours de ma vie, je me suis entièrement consacré à la lutte du peuple africain.
J’ai lutté contre la domination blanche et j’ai lutté contre la domination noire.
Mon idéal le plus cher a été celui d’une société libre et démocratique
dans laquelle tous vivraient en harmonie et avec des chances égales.
J’espère vivre assez longtemps pour l’atteindre.
Mais si cela est nécessaire, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir.”
Nelson Mandela (lors du procès de Rivonia en 1964)

On a posé une première fois nos sacs à dos à Johannesburg en arrivant d’Amérique du Sud. Ou plus précisément à Kempton Park, dans sa lointaine banlieue : un quartier résidentiel aux maisons ultra sécurisées. Pendant notre court séjour, on est à peine sorti de notre guesthouse. Parce qu’on avait un important décalage horaire à rattraper, mais aussi, il faut l’avouer, parce que l’Afrique du Sud nous faisait un peu peur. Bien différent de tous les territoires que l’on a pu traverser, au début, le pays nous intimidait. 

Chaque nouvelle culture demande un temps d’adaptation, un temps d’observation. Un temps nécessaire à une certaine acclimatation. On connait le mécanisme, ça fait maintenant plusieurs mois qu’on le rode. Mais en Afrique du Sud, les choses se sont faites plus prégnantes.

On sait que le pays connaît de gros problèmes de sécurité. Les grandes villes ne sont pas très sûres, les statistiques sont terribles. Il est déconseillé : de sortir de nuit, de se promener seul, de s’arrêter en voiture le long des routes… On a lu beaucoup de témoignages, et petit à petit, forcément développé une certaine appréhension.

Afrique du Sud, JohannesburgQuand on a débarqué dans le quartier de Kempton Park, que la jeune gérante de notre guest house nous a déconseillé de prendre n’importe quel taxi, de se déplacer à pied et qu’on a vu le niveau de sécurité des maisons environnantes (caméras de surveillance, fils électriques…), on a un peu douté. C’est ça, la nation arc en ciel ? Douté sur notre envie d’être ici, sur notre capacité à nous adapter à ce pays. 

On s’est tout de même glissé hors de notre prison dorée ce jour-là. Objectif simple : marcher deux kilomètres jusqu’au supermarché du coin, histoire de se mettre en confiance, de dédramatiser tout ça. Pas un blanc à pied dans les rues. Ils préfèrent se déplacer en voiture. Des regards curieux à notre encontre. On a franchement été mal à l’aise. Pas qu’on ait senti le moindre danger. Mais deux touristes “blancs” qui partent, à pied, faire leurs courses, ça semblait pour beaucoup de locaux peu raisonnable.

Un mois plus tard, les craintes des premiers jours étaient sérieusement amoindries. Notre mois de voyage à travers le pays nous a prouvé que si l’Afrique du Sud a sans doute de gros problèmes de sécurité à régler, le tableau n’est pas si sombre. Oui, on peut voyager en Afrique du Sud sans se faire agresser et apprécier ce merveilleux pays. D’ailleurs, on l’a adoré : ça reste comme l’une des plus belles destinations de notre tour du monde et depuis, on conseille chaudement d’y aller, quand on nous pose la question. Tout n’est pas simple, mais un peu de bon sens peut parfois suffire.

On est retourné à Johannesburg à la fin de notre séjour dans le pays sans boule au ventre. Vigilants mais, cette fois, sereins. On a changé de quartier, quittant Kempton Park pour les rues plus cosmopolites et vivantes de Melville. Et on a pris un peu de temps pour  comprendre l’Histoire récente de ce pays à travers le musée de l’Apartheid et l’exploration du township de Soweto.

Un musée pour replonger dans la folie de l’apartheid

Afrique du Sud, Johannesburg, musée de l'Apartheid

À Jo’burg, l’apartheid est exactement à la place qui est la sienne. Dans un musée.
Si vous passez par la capitale économique du pays, vous devez absolument consacrer quelques heures à sa visite. Dense, éprouvante, passionnante.  Le lieu, inauguré en 2001, est consacré à l’Histoire de l’Afrique du Sud au XXe siècle, et essentiellement à la démence que fut l’apartheid, système basé sur la ségrégation raciale au profit d’une minorité, de 1948 à 1991.

Pour nous, après, entre autres, les visites de la prison S-21 au Cambodge, ou du musée de la Mémoire à Santiago du Chili, une nouvelle illustration de la folie des hommes. Ici, au musée de l’apartheid, le visiteur découvre comment c’est arrivé, comment la terrible machine s’est mise en place pas à pas. Quelles furent les conséquences pour la vie quotidienne de millions de personnes. Et comment le système et la violence des années de transition ont été vaincus, grâce au pardon, incarné par Nelson Mandela. L’occasion de mesurer une fois encore, après notre visite de la prison de Robben Island quelques jours plus tôt, la grandeur du personnage. Admiration totale.

Dès l’entrée, histoire d’illustrer ce que fut ce régime inique, les visiteurs sont séparés en deux catégories par les billets qui leur sont remis : “blancs” et “non-blancs”. Les portes pour accéder aux 22 espaces sont différentes en fonction de cette sélection aléatoire. Illustration des humiliations quotidiennes subies par la majeure partie des Sud-Africains.

La naissance de l’ANC (1913), l’instauration de l’apartheid (1948), le procès de Rivonia (1963) ou la révolte des écoliers du township de Soweto (1976, lire aussi ci-dessous) : l’Histoire défile en images, fac-similés, sons ou vidéos, ou même objets (comme un Casspir, ces terrifiants blindés utilisés par l’armée). Vous n’en sortirez pas indemnes.

Pratique : le musée de l’apartheid se trouve juste à côté du parc d’attractions Gold Reef city, au sud du centre-ville (Cnr Northern Parkway & Gold Reef Roads). Ouvert tous les jours de 9 heures à 17 heures. Comptez deux heures, vraiment au minimum. Tarif : 80 rands, 5 euros.

À vélo, Soweto autrement 

Afrique du Sud, Johannesburg, Soweto

Hector Pieterson abattuSOuth WEstern TOwnship. Soweto. Le township le plus célèbre du monde. Cette banlieue noire, à 15 km, au sud-ouest de Johannesburg, est une ville à part entière. 1,3 millions d’habitants ont été recensés en 2008. Construite dans les années 1930 pour repousser les populations noire et mixte à l’extérieur de Johannesburg, Soweto reste aujourd’hui le symbole de la lutte de la jeunesse noire contre l’Apartheid.

Le 16 juin 1976, entre 10 000 et 20 000 écoliers et étudiants manifestent contre l’obligation qui leur est faite de suivre l’enseignement en afrikaans. Pourtant pacifique, le défilé dégénère après quelques jets de pierres. La police ordonne la dispersion de la foule. Elle ouvre le feu ; 23 morts. Hector Pieterson, l’un des premiers manifestants à être abattu, devient l’icône du soulèvement. La photo sur laquelle il est porté par un camarade de classe, Mbuyisa Makhubo, fait le tour du monde. Cette journée marque le départ de nombreuses autres manifestations dans tout le pays.

Pour cette raison, mais aussi parce que ce township était celui de deux prix Nobel de la paix – pendant de nombreuses années, Nelson Mandela et Desmond Tutu ont vécu dans la même rue -, on a voulu se rendre sur place. Un “tour” dans Soweto est disponible toutes les agences de voyage. Une balade en bus ou en taxi privé à travers les haut-lieux de la banlieue. On a préféré faire différemment : à vélo.

L’idée vient d’un jeune habitant du township. Lebo a transformé, il y a quelques années, sa maison familiale d’Orlando West en auberge de jeunesse. La seule dans tout Soweto. Son objectif : montrer son quartier sous un nouveau visage, celui de la convivialité et du partage. Ne sont employés sur place que des jeunes qui ont grandi dans le township. Mais l’idée de Lebo ne s’arrête pas là. Faire venir les voyageurs à Soweto pour dormir n’est qu’un début. Ce qu’il veut, c’est leur faire découvrir toute l’humanité du quartier, toute son histoire. 

Le rendez-vous est fixé à 9h45, devant l’auberge. On est une petite dizaine à enfourcher les vélos. Pendant deux heures, on va arpenter Soweto, enfin une infime partie de ce vaste township. L’occasion de constater que non, cette banlieue ne se résume pas à un bidonville. Les niveaux de pauvreté varient d’une rue à l’autre. L’occasion aussi de se rendre sur les lieux historiques de l’émeute de 1976 ou devant la maison de Nelson Mandela. On pédale et on s’aperçoit que la ville n’est pas si dangereuse, quand on sait où aller, quand on est accompagné d’un enfant du coin. Plusieurs passants visiblement habitués à voir circuler les deux-roues en file indienne nous saluent, nous sourient et nous souhaitent la bienvenue dans leur Soweto.

Une fois de retour à l’auberge, on partage le déjeuner préparé spécialement pour nous : un bunny chow (vous savez, ce plat de curry d’influence indienne, on vous en a parlé dans l’article de Durban) ; et ce, juste après une petite cérémonie traditionnelle africaine. Bref, l’expérience est complète. Et on se dit que la prochaine fois qu’on viendra à Johannesbourg, il est fort probable qu’on séjourne ici, dans l’auberge de Lebo, Orlando West, Soweto.

Pratique : Lebo’s Soweto Backpackers, 10823A Pooe Street Orlando West. Site internet : www.sowetobicycletours.com. Tarif deux heures à vélo avec repas : 430 R, soit 26,80 euros.

QUEL QUARTIER CHOISIR ? 
KEMPTON PARK

Notre premier choix a d’abord été celui de la facilité. Une guesthouse dans un quartier réputé sûr, pas très loin de l’aéroport. Nous n’envisagions pas de visiter la ville sur ce premier court séjour. Pour un transit en attendant de prendre l’avion ou de repartir vers une nouvelle destination (c’était le parc Kruger pour nous), Kempton Park peut être un bon choix. N’espérez cependant pas comprendre l’Afrique du Sud en séjournant dans cette banlieue d’Afrikaners aisés dénué de vie. Néanmoins le Journey’s Inn Africa est un établissement charmant, confortable et bien équipé. Des repas fait maison sont proposés tous les soirs, la piscine est propre (ce n’est pas le cas partout en Afrique du Sud) et agréable, les gérants plutôt arrangeants. Gros point noir : le transport. Si vous ne venez pas avec votre propre voiture de location, vous devrez empruntez les services de l’établissent excessivement cher, tout comme les tours et visites proposées sur place. Tarif chambre double : 37,50 euros. Adresse : 20 Gwarrie Road, Glen Marais, 1619 Kempton Park.

MELVILLE
Autre ambiance. Les rues sont animées, le quartier est plus populaire que Kempton Park, plus cosmopolite. C’est un coin généralement apprécié et choisi par les backpackers. On s’est installé dans une guesthouse, ambiance auberge de jeunesse : Melville home base. Le cadre n’est pas désagréable même si les chambres mériteraient d’être rafraichies ou un peu plus soignées. Une cuisine est accessible, l’ambiance est plutôt bonne même si le couple de propriétaires est un peu particulier (la patronne est bourrée assez tôt dans la soirée, en fait). L’établissement est situé à moins d’un kilomètre d’une rue de bars, restaurants.
Tarif chambre double : 26 euros. Adresse : 37 First Avenue, Melville.
Où manger ? Si vous avez envie de vous faire plaisir, foncez au Lucky Bean. Ce restaurant sur la 7th street de Melville est parfait pour un bon dîner. Raffiné, copieux et original. Menu à partir de 165 R (10,25 euros). On y a mangé le dernier repas de notre tour du monde. 

 

 

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