Amérique du Sud

Torres del Paine : quatre jours sur le trek W

CHILI – Marcher durant plusieurs jours, en totale autonomie. C’est une première pour nous. Sous les caprices d’une météo sans pitié, on a songé à abandonner. Mais on est allé jusqu’au bout et on ne l’a pas regretté : le W est l’une des plus belles randos de la planète.

Chili, Torres del Paine, jour 3, lago Nordernskjöld

“L’unique moyen de savoir jusqu’où l’on peut aller,
c’est de se mettre en route et de marcher.”
Henri Bergson

“Si tu veux marcher vite, marche tout seul.
Si tu veux marcher loin, marche avec les autres.”
Proverbe africain

Ça fait partie des expériences que l’on avait marquées d’une croix blanche depuis le début du voyage. Le célèbre parc national chilien Torres del Paine offre, paraît-il, parmi les plus belles randos de la planète. A accomplir en totale autonomie, avec tout sur le dos, ce qu’on n’a jamais fait. Le tout, au coeur d’une nature somptueuse. On en rêvait… et on l’a fait !

LE TORRES DEL PAINE, JOYAU FRAGILE
C’est le parc national le plus connu du Chili. Pour beaucoup,  Torres del Paine, c’est aussi le plus beau. Situé entre le champ de glace sud-patagonien et la steppe, cette superficie de 227 298 hectares a été classée réserve de biosphère par l’Unesco en 1978. Au centre du parc, le massif du Paine s’étend sur 400 km2. Parmi ses hauts sommets, les plus connus : les trois Torres, la plus élevée culmine à 2850 mètres d’altitude. Autres sites d’exception du parc : les gigantesques glaciers Grey ou encore Francès que l’on peut observer sur le chemin du W.
Cette nature patagonienne, riche en faune et en flore, a tristement fait la Une des journaux ces dernières années. À plusieurs reprises, des randonneurs étrangers (idiots ou mal-attentionnés) ont mis le feu au parc. Plusieurs hectares sont partis en fumée. Les stigmates sont encore visibles sur plusieurs parties du site : un rappel à la prudence pour tous ceux qui franchissent l’entrée du Torres del Paine (lire aussi notre encadré Eco’Green plus bas).

 

L’hiver s’est installé en France. Dans quelques jours, c’est Noël. On est loin de tout ça : ici, on est supposé être en plein été, même si la météo semble faire des siennes. Après six heures de bus depuis El Calafate et une traversée de la frontière avec l’Argentine, une de plus, on arrive au Chili. Puerto Natales, petite ville de départ de tous les amateurs de trek en route vers le Torres del Paine. Maxence et Nadège sont toujours avec nous (rappelez-vous on a écouté les grondements du Perito Moreno ensemble). On ambitionne un départ pour le parc dès le lendemain matin. Il est 15 h, et nous ne sommes absolument pas prêts.   

– AVANT –

Quel trek ?

C’est la seule chose dont on était à peu près sûrs en arrivant à Puerto Natales : on veut faire le circuit W. Un trek de trois à cinq jours, à réaliser en autonomie. Le plus connu et le plus emprunté de tous. D’abord parce que, même s’il est difficile, il reste relativement accessible pour tout bon marcheur. Ensuite parce qu’il permet de voir un maximum de paysages. Il a quand même un défaut majeur : n’étant pas une boucle, il oblige à faire plusieurs allers et retours sur les mêmes sections (voir la carte ci-dessous).
Pourquoi ce choix ? Pour notre premier trek en autonomie, on a voulu rester raisonnable et ne pas se surestimer. Quatre jours, c’est déjà pas mal. Et aussi parce qu’un trek plus long nous faisait passer Noël dans la ville de Puerto Natales, et qu’on s’était promis d’être pour le 25 dans une ville encore plus australe…

carte

 

Les autres options ?
– une randonnée à la journée. Bof.
– la grande boucle, le “O” ou Circuito (en orange sur la carte). Sept jours de marche minimum, plutôt dix pour le boucler dans de bonnes conditions, pour une belle boucle tout autour du massif montagneux du Torres del Paine. Et bien sûr, il comprend le parcours du W… Tout en un. Mais ça demande une lourde logistique et peut tourner à la galère en cas de mauvaise météo.

Combien de jours ?

Comme on n’a pas pu se rendre à El Chalten et barouder dans le parc du Fitz Roy (grande, grande déception), on est plus motivé que jamais. Certains disent pouvoir faire le trek du W en 3 jours. D’autres le font plutôt en 5 jours. Ça veut dire moins d’heures de marche quotidiennes mais une journée de plus de ravitaillement sur les épaules. On fixe l’objectif à 4 jours. Comme nos amis Parisiens (sauf qu’eux ils envisagent d’enchaîner ensuite sur le Circuito). 

Quel départ ?

Il existe deux possibilités pour démarrer le W. C’est d’ailleurs un éternel débat entre randonneurs. Dans quel sens faire ce trek ? D’est en ouest ou l’inverse. Le circuit initial voudrait que le départ se fasse sur le point le plus à l’est. Ces dernières années, les retours de marcheurs concordent pour dire que le trek est plus facile dans l’autre sens, qu’il permet aussi de garder les “tours”, pour la fin… C’est pour ces raisons que l’on a choisi de partir dans le sens ouest-est. Point de départ : le camping Paine Grande.

Comment s’y rendre ?

Notre bon plan : achetez vos billets de bus à l’agence JBA (Arturo Prat, 258), c’est la moins chère. Précisez bien que vous partez pour la boucle d’ouest en est. Il vous faudra descendre au dernier arrêt, devant le catamaran. Tarif :  10 000 pesos, soit 13,10 euros l’aller et retour (demandez les horaires de retour) ; les hôtels vendent les mêmes billets à 15 000 pesos. Départ tous les jours à 7 h 30 depuis le terminal de bus.
Attention ce trajet comprend 30 minutes de catamaran : 15 000 pesos par personne soit 19,60 euros, en sus.

Et si on devait le refaire ? Pas sûr qu’on ferait le même choix. Car avec tout le temps de trajet, bus et bateau, la première journée de marche débute tard (bon, l’été, il fait jour jusqu’à 23 heures). À force de défendre les atouts du ouest-est, il semble aussi que de plus en plus de marcheurs affluent dans ce sens…  

Quels arrêts pour la nuit ?

Il y a plusieurs façon de vivre le trek W : sous la pluie dans la tente, au chaud dans un lit, avec une douche ou sans, une bouteille de vin ou un bouillon de vermicelles… Chacun organise sa randonnée idéale, en fonction de ses envies et, surtout, de son budget… Il existe plusieurs gîtes sur le trajet qui offrent nuit sous la couette et repas chaud. Le tarif est forcément (très) excessif et la réservation obligatoire. Nous ne rentrerons pas dans les détails.

Chili, Torres del Paine, campement Paine Grande

Parlons plutôt camping.  Les choix sont multiples. Il existe deux catégories : les payants et les gratuits. Sur le W, ils ne sont que deux à accueillir les marcheurs sans frais : le camping Italiano et le Torres. Pour s’installer dans les six autres (le camping Grey, Paine GrandeFrancès, Los Cuernos, Chileno ou Las Torres), il vous faudra payer votre emplacement. En haute saison, n’hésitez pas à réserver vos campings gratuits, à l’entrée du parc, ou payants (auprès de Vertice Patagonia pour le Grey, le Paine Grande et le Francès ; ou de Fantastico Sur pour le Los Cuernos, Las Torres et le Chileno). Les deux agences ont des bureaux en ville. Même si on vous dit que ce n’est pas la peine de réserver, sachez qu’à notre arrivée, les deux gratuits étaient complets et ceux qui n’avaient pas anticipé ont dû marcher davantagepour accéder à un autre campement pour la nuit…. Bref, ré-ser-vez !

Notre choix : camping Paine Grande ; Francès (en remplacement de l’Italiano complet) et Las Torres. Tarifs identiques dans les trois campements : 15 000 pesos chiliens pour un emplacement pour deux personnes dans une tente, soit 19,65 euros.

Sur les trois, le camping Paine Grande est de loin notre préféré. Tout simplement parce qu’il propose une salle abrité et fermée pour manger. Dans les deux autres, n’espérez pas autant de confort. S’il pleut, il vous faudra cuisiner dehors ou… dans les toilettes ! On peut en témoigner.

Team Éco'green

QUELLES SONT LES RÈGLES ?

Qui dit nature dit respect. Forcément, il y a des réflexes qui vont de soi, et pourtant, l’office en charge du parc ne cesse de les répéter. À juste titre, puisque certains arrivent encore à mettre le feu sur place. On vous liste les quelques règles essentielles du parc, en matière d’environnement mais aussi d’organisation.

– les feux sont interdits en toutes circonstances (même à l’intérieur des campings).
– les brûleurs pour cuisiner doivent être utilisés avec précaution, dans les zones autorisées. Même chose pour les cigarettes interdites en dehors des aires signalées.
– il est impossible d’installer une tente en dehors des aires de camping. Donc pas de camping sauvage.
– il est interdit de se baigner dans les lacs ou les rivières.
– on ne jette pas ses déchets dans le parc. Des poubelles sont parfois disponibles dans les campings. Sinon, garder vos déchets jusqu’à la fin de votre trek.
– rester sur les chemins balisés : la faune n’aime pas être piétinée.
– respecter les horaires de fermeture des sentiers. Nous ne le savions pas avant de partir, mais les sentiers ferment en fin de journée, si vous ne passez pas les contrôles des rangers avant une certaine heure, vous ne pourrez parfois pas rejoindre votre campement. Les horaires de fermeture sont disponible sur la carte distribuée à l’entrée du parc (entre 16 h et 19 h en fonction des tronçons).

 

Quel équipement ?

Si vous êtes équipés pour faire du camping, tant mieux. Sinon, une foule de commerçants de Puerto Natales loue tout le matériel nécessaire pour votre trek. Et on peut s’en tirer pour pas trop trop cher, en prenant le temps de comparer les prix. Nous avons fait nos emplettes dans une petite boutique discrète juste à côté de l’agence de bus JBA, sur l’avenue Arturo Prat. Le matériel n’est pas dernier cri mais le vendeur est honnête (il ne compte pas la première nuit de location, mais seulement le nombre de nuits pendant le trek et vous pouvez ramener votre matériel le soir en rentrant de votre rando, il est ouvert jusqu’à 23 heures).
Pour une tente, deux matelas, deux sacs de couchages, un kit cuisine, un brûleur et un gaz, on a payé 34 500 pesos, soit 45,20 euros à deux pour la totalité du trek.

  • une tente
  • matelas
  • sac de couchage chaud même en plein été (attention, ils sont souvent très volumineux, c’est le problème)
  • kit de cuisine
  • brûleur à gaz (si vous avez votre matériel, attention, les cartouches de gaz ne sont pas les même qu’en France alors vérifiez avant d’acheter)
  • veste imperméable
  • pantalon imperméable
  • laine mérinos
  • polaire
  • 1 ou 2 t-shirt technique (éviter le coton, trop long à sécher)
  • une tenue sèche pour dormir 
  • 1 ou 2 paires de chaussettes (garder en une toujours sèche)
  • chaussures de randonnée
  • tong (indispensable si vous mouillez vos chaussures pendant la journée)
  • et un bon sac à dos pour porter tout ça (on a utilisé nos sacs de voyage de 60 et 70 litres)

Surtout : ne lésinez pas sur les sacs plastiques ou mieux, les sacs congélation étanches, dans lesquels vous enfermerez notamment vos habits, pour les garder au sec. Car il y a peu de chances que vous échappiez à la pluie. Partez aussi avec suffisamment de liquide : vous aurez à payer les nuits au camping, le catamaran et s’il vous manque quelque chose, les campings disposent de petites supérettes (attention, c’est très cher). 

Quel ravitaillement ?

Le supermaché Unimarc au coeur de la ville a tout ce qu’il vous faut. Si vous ne prévoyez pas le trek le lendemain de votre arrivée en ville (comme nous), faites vos courses en matinée. Après 16 heures, certains produits sont littéralement en rupture de stock. La faute aux réunions de préparation au trek organisées gratuitement dans divers établissements de la ville. Tout le monde se jettent sur les quelques produits conseillés dès la fin de réunion.

  • riz
  • pâtes
  • soupes (pour épaissir les soupes, nos amis parisiens rajoutaient des vermicelles)
  • purée
  • lait en poudre
  • thé
  • barres de céréales
  • flocons d’avoine
  • bananes
  • oranges
  • saucisse de strasbourg 
  • jambon
  • fromage
  • chocolat
  • petits gâteaux
  • pain de mie
  • oeufs durs (à cuire la veille, dans la cuisine de votre hôtel)
  • sel/poivre
  • bouteilles d’eau (deux par personne, vous remplirez directement dans les ruisseaux ou les campings).

Vous pouvez rajouter produit vaisselle et éponge mais on s’est débrouillé sans.

Chili, Torres del Paine, jour 3

– PENDANT –

JOUR 1 – Premières déconvenues

C’est le grand jour. Les sacs bien remplis (et peut être un peu trop lourds) sur le dos, on file vers le terminal de bus. Le bus part à 7 h 30. On y est pour 7 h 15 et déjà les quais sont garnis de tout ce qui porte grolles de rando et vestes techniques. Maxence et Nadège sont déjà là.  Il n’y aura visiblement pas de la place pour tout le monde dans ce bus… Mauvaise nouvelle : on doit tous les quatre attendre le suivant, on perd un quart d’heure.

Chili, Torres del Paine, tatouVers 10 heures, après une petite sieste à bord on arrive à l’entrée du parc national. Là encore la foule. Certains jouent des épaules. Et pourtant on n’est qu’au début de la pleine saison. Il faut faire la queue pour remplir les formulaires, payer et obtenir les tickets d’entrée. Tarif : 18 000 pesos chiliens par personne soit 23,60 euros. 

C’est là que l’on apprend qu’il y a tellement de demandes pour les campings gratuits qu’il vaut mieux réserver. On se met dans la file pour réserver le camping Italiano. Plus que deux personnes devant nous, et voilà que le personnel du parc annonce que le camping Italiano est complet pour le lendemain soir. Justement le soir où l’on devait y dormir. Changement de plan, il va falloir improviser. On étudie tous les quatre la carte et on décide que notre deuxième nuit se passera au camping Francès. Plus loin. Et payant. Plus le choix.

Notre bus, le dernier, repart pour le catamaran qui quitte le quai à 12 h. On arrive sur place. Il est 12 h 05.  Le bateau est plein. Il faut attendre qu’il fasse un  autre aller et retour. Une heure de plus à attendre auquel il faudra rajouter le trajet de 30 minutes. On mange un jambon-beurre sous un ciel gris menaçant. Notre première journée ne pouvait pas plus mal commencer. Il ne va pas falloir traîner si l’on veut poser les affaires au camping, partir faire la première branche du W et revenir avant la nuit au campement (20 km au total, temps estimé 7 heures, plus une heure si on veut atteindre le point de vue après le camping Grey).

On reste motivés… jusqu’à ce qu’on se rende compte que notre ambitieuse première journée n’est pas vraiment réalisable. Il y a un paramètre que nous n’avions pas pris en compte : l’heure de fermeture des sentiers à certains points de passage. Le tronçon du camping du glacier Grey ferme à 18 h 30. 

14 h 30, camping Grande paine. On réserve et paye nos emplacements pour le soir – on en profite aussi pour booker le Francès du lendemain soir (on ne prend plus de risques).

15 heures, les tentes sont montées. Délestés de nos sacs à dos, on commence ENFIN à marcher. Direction la branche ouest du W, cap sur le glacier Grey. On verra bien jusqu’où on peut aller. Après 1 h 30 de marche agréable, une montée en pente douce, on arrive au premier point de vue sur le glacier Grey (Grey lookout).

Chili, Torres del Paine, glacier Grey, jour 1

Malgré un ciel gris, le spectacle est à couper le souffle. Difficile d’imaginer la taille de ce monstrueux glacier. On en prend plein les yeux. On se détend et on profite.  

Malheureusement, la journée avance et atteindre le camping Grey avant 18 h 30 parait peu réalisable. On se rend à l’évidence : il vaut mieux rentrer, se reposer. Demain, la journée sera longue.

18 h 30, une bonne douche (tiède, youpi), la popote dans la salle commune (nouilles-saucisse) et il est l’heure d’aller au lit. Tiens, il pleut. Allez demain tout ira mieux…

JOUR 2 – L’envie de tout abandonner

Rien ne va mieux. Il pleut en continu depuis la veille au soir. La tente n’a pas résisté. Elle est trempée, même à l’intérieur. On la plie en l’état sous la pluie incessante. Pas le choix. L’air est humide, nos affaires aussi. On retrouve Maxence et Nadège autour du petit déjeuner. Eux, ont un peu plus de chance, leur tente est de meilleure qualité, l’eau n’a pas traversé.

Pas la moindre éclaircie à l’horizon. Les montagnes enneigées ont disparu sous la brume, notre bonne humeur aussi s’est embrumée. La journée va être longue.

9 heures, on s’élance pour trois heures de marche jusqu’à notre deuxième camping (Francès), les sacs sur le dos. Une première pour nous et nos épaules, qui supportent une quinzaine de kilos. On prévoit d’y déposer les affaires avant de partir à l’assaut du glacier éponyme, pour soulager notre dos.
Pluie. Pluie. Pluie. Il tombe des cordes. On ne fait quasiment aucune pause. On marche vite. Mais rien n’y fait, on est trempés jusqu’aux os, nos (trop) lourds sacs-à-dos aussi. On déboule un peu avant midi dans la réception du camping surchauffée. C’est le seul abri possible. On s’installe sur l’une des trois tables existantes pour avaler un sandwich. On nous laisse “gracieusement” jusqu’à 13 heures, après il faut laisser la place aux marcheurs qui payent le repas de midi. Le moral est en sérieuse baisse.

Chili, Torres del Paine, jour 2Une accalmie, on en profite pour monter la tente, toujours trempée, sur les plateformes en bois du camping. La bonne nouvelle c’est qu’on ne dormira pas dans la boue. Le camping Italiano (gratuit), qu’on a traversé plus tôt, n’offre pas la même organisation. Beaucoup de marcheurs l’ont déserté contre le Francès. Finalement c’est plutôt une bonne chose de n’avoir pas réussi à le réserver.

On repart sur nos pas pendant 30 minutes pour récupérer la vallée du Francès. La pluie reprend. Les mines des randonneurs sont déconfites. On met deux heures de plus, sur une montée exigeante, pour atteindre le premier point de vue sur le glacier. On est à nouveau trempés. Question cruciale : poursuit-on jusqu’au point de vue final ou pas ? On interroge les marcheurs qui en reviennent. La vallée est bouchée par la brume. Ça n’en vaut peut être pas la peine. On repart vers le campement. Pour la deuxième fois en deux jours, on ne va pas tout à fait au bout du circuit. Notre W est déjà atrophié sur deux de ses branches. On s’attendait à avoir un temps instable, du vent, de la pluie de la neige. “Les quatre saisons en une seule journée”, nous avait-on promis. Sauf que ça fait deux jours qu’on est bloquées sur automne-hiver.

19 h. Frigorifiés, mouillés, le moral dans les chaussettes. On cherche un peu de réconfort au camping. Mais il n’y a aucune salle disponible pour abriter les campeurs. La petite réception est réservée à ceux qui payent le gîte et le couvert. Où manger ? Pas le choix, tous les marcheurs se blottissent dans le bloc sanitaire au milieu des courants d’air. La douche chaude sera le seul réconfort de notre soirée, avant de se glisser dans une tente froide et mouillée, avec tout ce qui nous reste d’habits secs sur le dos. Peut-on poursuivre encore deux jours comme ça si la météo ne change pas ? La question se pose.

JOUR 3 – Et la lumière fut…

Emmitouflés dans le sac de couchage et la doudoune, le bonnet sur la tête, on ouvre difficilement les yeux. La nuit a été humide et froide. La pluie a repris de plus belle hier soir. Mais ce matin, aucun bruit de goutte d’eau sur la tente. Plein d’espoir on glisse la tête dehors. Miracle, le soleil perce entre les nuages. Sous les arbres, on a du mal a sentir la chaleur de ses rayons, mais le ciel bleu remotive les troupes. Pour célébrer ce changement divin de météo, on s’offre même un petit déj’ en plein air, pendant que l’on tourne la toile de tente dans tous les sens pour la sécher au maximum.

On charge les sacs sur le dos et on part tout guilleret pour 4 h 30 de marche. Sous le soleil, tout semble plus facile ! Et on prend enfin le temps de profiter des somptueux paysages du parc. Lacs de différentes couleurs. Pics enneigés. 

On s’offre même le luxe de faire sécher nos affaires : pendant la pause pique-nique, on déballe tout. Si tout va bien, ce soir, on dormira au sec. 
16 heures, on découvre notre dernier camping : Las Torres. Ici non plus pas de salle pour s’abriter. Mais la pluie semble définitivement partie, alors qu’importe. On peut s’allonger dans l’herbe, aérer des pieds endoloris par trois journées de marche. On aperçoit de loin les trois tours de pierre. Demain, on va essayer d’arriver jusqu’au bout de la troisième branche du W. Si tout va bien.

JOUR 4 – La joie de ne pas avoir abandonné

Reveil 6 heures. Il faut compter 4 h 30 de marche, en montée, pour rejoindre las Torres et tout autant pour retourner au camping ; un bus passera nous prendre à proximité. Maxence et Nadège veulent eux continuer l’aventure et boucler le grand O. Balèzes nos amis parisiens.

Pour nos neuf heures de marche, on a l’avantage cette fois-ci de ne pas se traîner les gros sacs, ils nous attendent sagement au camping. Tant mieux, parce que ça monte dur sur la première heure. On ne le sait pas encore mais on rate de quelques minutes une rencontre avec un puma. La fille qui marchait devant nous, nous montrera les photos, un peu plus loin.

Le ciel se couvre mais pour l’instant les Torres restent en vue. On doit marcher plus vite que prévu puisqu’à 11 heures on attaque la dernière montée. Bien raide et caillouteuse. 45 minutes plus tard, elles sont là, face à nous. Les trois torres. Les nuages de plus en plus menaçants ne les ont pas encore voilés. Mais c’est clairement une question de temps. 

Pause photo. Pause déjeuner. Du riz blanc, froid trop cuit, mangé à la cuillère dans un sac congélation, c’est tout ce qu’il nous reste. Et un carré de  chocolat pour faire passer le tout. Il faut redescendre. Et on a bien fait de se lever tôt, ça se bouscule dans la dernière côte pour arriver avant la pluie au sommet. À contresens de ceux qui ont choisi de faire le W dans l’autre sens, on achève notre longue marche du jour à 16 h 30. La navette n’arrive qu’à 19 h 30, mais Maxence et Nadège ont encore du chemin à parcourir. Un dernier thé chaud ensemble et c’est l’heure de se dire au-revoir. Ils vont marcher encore pendant 5 jours. Respect ! Nous, ce soir on sera dans un lit douillet.

Nos pieds sont fatigués. Ils n’ont pas aimé marcher dans des chaussures humides. Les muscles se relâchent. Une dernière soupe et on attrape la navette. On n’est pas encore couché.

22 h 30, on arrive au terminus routier, à Puerto Natales. En mode automatique, on parcourt les derniers kilomètres qui nous séparent du magasin de location du matériel, qui ferme à 23 heures. Puis l’auberge, une douche chaude et on tombe dans le lit. Une dernière pensée pour nos amis sous la tente. En espérant qu’il ne pleuve pas pour eux. Surtout pas de pluie.

– APRÈS –

Dormir dans un vrai lit, manger un vrai repas équilibré et chaud. Et avoir une pensée pour nos deux Parisiens. On se remet de notre trek. Eprouvant plus par la météo que par la marche en soit, même s’il ne faut pas prendre le W à la légère, il y a vraiment du dénivelé. Mais fiers d’avoir bouclé (même si on a raccourci quelques tronçons) notre premier trek en autonomie. Nul doute qu’on remettra ça un jour.

PUERTO NATALES : LA VILLE ETAPE
Passage incontournable pour se rendre au parc national Torres del Paine, Puerto Natales compile tous les besoins des randonneurs : magasin de location de matériel de camping, hôtels, restaurants, supermarché, laverie… Ce n’est pas l’étape sur laquelle on veut s’attarder. On y reste principalement pour deux choses : préparer son trek et récupèrer au retour, avant de mieux repartir.
Chili, hola hostelCOMMENT VENIR ? Depuis El Calafate en Argentine, de nombreuses compagnies de bus proposent le trajet de 6 heures. Comparez les prix à la gare routière et réservez la veille.
Tarif : 480 pesos argentins par personne (29,20 euros)
OÙ DORMIR ?
On est tombé par hasard sur Nikos II Adventure avec booking.com. Et franchement, c’est l’un des hostels les plus agréables où l’on a pu dormir au Chili. Propre, convivial et chaleureux (important en cette période de Noël), propriétaires sympas et petit déj’ copieux inclus. Et en plus l’établissement fait partie du label Hola hostels, engagé dans la défense de l’environnement. Tarif : 25000 pesos chiliens soit 32,60 euros la chambre pour deux. Pendant votre trek, vous pouvez laisser vos affaires dans la pièce dédiée à cet usage, sans frais supplémentaires.

 

3 replies »

  1. Bonjour,

    Merci pour cet article fort intéressant !
    Nous nous préparons pour le trek W en février. Quelle tente aviez vous pour le trek?
    Merci de votre réponse.

    Victoire

    • Bonjour Victoire !
      Nous avons loué la tente sur place donc peu de choix pour nous. On a dormi dans l’équivalent local d’une Quechua deux places, ce qui suffit si la tente est assez récente (la notre était visiblement vieille et plus vraiment imperméable).

  2. Oh la la ! Quel courage ces Parisiens ! Ils devaient etre sacrément entrainés…

    Ca fait plaisir de lire cet article. Que de beaux souvenirs partagés…
    J’espere que le retour s’est bien passé pour vous deux.

    ¡Hasta luego!

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