Bolivie

Salar d’Uyuni : vers l’infini et au-delà

BOLIVIE – La traversée du plus grand désert de sel du monde est une expérience hors normes. D’autant plus qu’elle mène aux merveilles multicolores du Sud Lipez. Récit de trois journées et deux nuits sur une autre planète.

                                      

Un cauchemar. Cette ville est un cauchemar. C’est ce qu’on a pensé en débarquant après une longue nuit de trajet depuis Sucre, à se geler dans un bus même pas couchettes. Uyuni la nuit, avec ses rues vides et interminables, son vent glacial et tous ses chiens errants, c’est un peu une ville-fantôme du far-west qu’on aurait délocalisé en Sibérie.

Il est 4h30 du matin. On est les seuls étrangers du bus : dès leur descente, tous les autres passagers se dispersent vite fait. Le froid est terrible : c’est évident, on ne peut pas rester dehors à attendre le lever du jour, on va ressembler à ces momies incas trouvées dans les glaces.
Heureusement, il y a notre sauveuse. Enfin, “notre sauveuse” :  plutôt une commerçante intéressée et matinale, qui nous dit qu’elle tient une cafétéria et que celle-ci est ouverte. On y va ! En chemin, notre première impression se renforce : Uyuni est une ville horrible. Moche et déserte. Ah non, tiens, voilà des gens. Trois personnes, à pied. Soudain, un gros chien se jette sur l’une d’elles, la mord à la jambe jusqu’à déchirer son pantalon. “Ne vous inquiétez pas, nous rassure la dame que l’on suit, ils ne mordent que les touristes.” Ah. Mais on est quoi, nous ?!?

Tremblotants, on arrive enfin dans sa cafét, grande salle vide et froide où tout est éteint. L’idée d’attendre plusieurs heures ici ne nous emballe pas. C’est le moment que choisit notre petite Bolivienne pour nous dire qu’elle a aussi des chambres, et qu’elle peut nous en louer une pour moitié prix, jusqu’au lendemain. Cette mamita est un génie du commerce ! On arrive à l’obtenir pour 50 bolivianos (6,70 euros) et on se glisse sous une épaisse couche de couvertures malodorantes pour finir une nuit de sommeil qui n’avait jamais vraiment commencé.

La porte d’entrée vers le Salar

Le lendemain, c’est parti pour le tour des agences. Car si Uyuni (10 000 habitants; 3 700 mètres d’altitude) n’a aucun charme, elle est la porte d’entrée vers le Salar qui porte son nom, plus grand désert de sel du monde, et toutes les autres merveilles de la région du Sud Lipez. Des sites extraordinaires ; ne bougez pas, on va vous raconter (n’oubliez pas d’ouvrir aussi le diaporama photos en bas de l’article…).

Dans l’après-midi, nos amis écossais Kirsty et Will (compagnons de souffrance sur le trek du Salkantay) et anglais Francesca et Ash (rencontrés sur l’Isla del Sol) nous rejoignent, en provenance de Potosi. On ne les y avait pas accompagné, contraints au repos pour raisons médicales à Sucre (lire aussi Sucre, une étape un peu amère). On est six au total : parfait, c’est le nombre de passagers par 4×4 et donc l’idéal pour tenter de faire baisser les prix (lire notre encadré ci-dessous). Après de multiples visites chez les organisateurs d’expéditions et des négociations sans fin, on tombe d’accord avec la compagnie World white travel pour un tour de trois jours et deux nuits, avec transfert vers San Pedro de Atacama (Chili) inclus, pour 750 bobs (100 euros) par personne. 

UN TOUR DANS LE SALAR, NOS CONSEILS
Bon, autant vous faire à l’idée : toutes les agences proposent les mêmes tours. Le classique : le Salar et le Sud Lipez en trois jours et deux nuits, avec transfert inclus vers le Chili ou retour vers Uyuni. Une expédition qui peut aussi s’effectuer dans l’autre sens, depuis San Pedro de Atacama, mais les prix sont plus chers. Il y a toujours six personnes par véhicule (attention, il paraîtrait que des sociétés vont jusqu’à sept passagers : si ça vous arrive, refusez d’embarquer ou préparez-vous aux trois journées les plus inconfortables de votre existence).
Comment choisir son agence alors ? D’abord, notre conseil, comme pour les treks vers les Macchu Picchu, c’est de ne pas réserver à l’avance ! Il est facile de trouver des places pour le lendemain, voire même le matin pour le jour même. Choisir, c’est une question de contact, de feeling. Renseignez-vous bien sur la qualité du 4×4, sur celle de la nourriture, vérifiez que le transfert vers le Chili est compris. Si vous ne parlez pas espagnol, essayez de trouver un chauffeur qui cause angliche. Et n’hésitez pas à comparer et à négocier, encore et encore.
Nous, on est partis avec la société World white travel, on la recommande volontiers : demandez Sandro, notre chauffeur, qui était adorable, prudent et cuisinait très bien. L’agence a également un bureau à San Pedro de Atacama au Chili, pour ceux qui prévoient le circuit dans l’autre sens.
Prévoyez de quoi bien vous couvrir (même en plein été, à plus de 4 000 mètres d’altitude, le vent est glacial), des lunettes de soleil, de la crème solaire, des snacks et de l’eau (pas comprise).

 

Pour éviter la file de 4X4 qui partent chaque jour d’Uyuni vers 10 h 30, on a demandé à Sandro, notre chauffeur, de décoller un peu plus tôt. Une bonne idée. On se retrouve ainsi quasiment seuls au premier arrêt, à cinq minutes de route du centre du village : le cimetière de trains. Spectacle étonnant. Ambiance Mad Max. Une bonne vingtaine de carcasses de locomotives à vapeur s’entassent, les unes derrières les autres, sur des voies abandonnées. Rouillées et superbes, ces tonnes de ferraille sont le témoignage post-apocalyptique – et photogénique – de l’époque où la ville était l’un des principaux noeuds ferroviaire de cette région du monde.

Les autres voitures arrivent maintenant les unes derrière les autres, on repart. Avant le Salar, les tours proposent (imposent, plutôt) une petit halte au marché de Colchani, dernier lieu d’habitation avant d’entrer dans le désert. Une rue d’étals qui vendent tous essentiellement les mêmes conneries. Sauf à vraiment vouloir ramener un cendrier en sel à votre belle-mère, ça n’a aucun intérêt. On s’en va ?

Si vous ne le saviez pas, l’infini est blanc

Ça y est. On entre dans le salar. Non, en fait, on pénètre dans l’infini. Et si vous ne le saviez pas, l’infini est blanc. D’un blanc aveuglant, à perte de vue : au bout de quelque kilomètres à bord du 4×4, rien ne vient plus arrêter le regard sur cette surface parfaitement plate. Fascinant. Le plus grand désert de sel du monde (plus de 10 000 km2, la taille d’un département français !) est né de l’assèchement d’un gigantesque lac préhistorique. Il offre des paysages uniques, . On descend du véhicule : le sel, qui dessine de belles plaques géométriques, craque sous nos pieds.
À certains endroits, la couche de sel peut atteindre plus de 100 mètres d’épaisseur. Alors même si cet or blanc est exploité, pas d’inquiétude : l’Homme n’est pas près d’épuiser les réserves du Salar d’Uyuni. Aujourd’hui, c’est une autre richesse qui l’intéresse davantage : le lithium contenu dans les sous-sols, que le président Evo Morales protège avec soin de l’appétit des multinationales.

Après les pauses photos, l’arrêt déjeuner dans un “musée de sel” qui abrite quelques sculptures (bof), on poursuit notre route sur cette incroyable immensité. Jusqu’au plus bel endroit du salar d’Uyuni : l’Isla Incahuasi (l’île de la maison de l’Inca) s’élève au milieu du rien. La balade jusqu’au sommet de la colline (l’accès coûte 30 bolivianos, 4 euros, non compris dans l’expédition) n’est pas décevante ; au milieu des cactus, elle offre une vue à 360 degrés sur le désert de sel et, au loin, les sommets à plus de 6000 mètres d’altitude. On profite longuement de l’endroit.

Bolivie, salar d'UyuniOn se remet ensuite en route sur le grand plat. Gentiment, bien moins vite que les bourrins du Dakar qui le traversent chaque année à fond la caisse. Notre chauffeur nous arrête à quelques kilomètres de la sortie sud du Salar, où on va assister au plus beau des spectacles gratuits, le coucher du soleil. 
Du coup, on arrive les derniers dans “l’hôtel de sel” (pas besoin d’être du bâtiment pour découvrir la supercherie : les murs, en bons vieux parpaings, ne sont que recouvert d’une couche décorative) où on va passer la première nuit : cinq autres groupes terminent déjà de dîner. Ah, c’est là qu’il y a ce (stéréo)type, qu’on rencontre quelquefois en voyage. Le mec qui a apporté sa guitare et qui commence à jouer et à chanter tout fort, sans que personne ne lui ait  rien demandé… 

Deuxième jour. Réveil à 7 heures, petit-déj’ à 7 h 30, sacs à nouveau chargés sur le toit, départ à 8 heures. Changement d’élément, fini le chlorure de sodium, on entre dans la région du Sud Lipez, en se rapprochant de la frontière avec le Chili. Le paysage change, mais il n’est pas moins beau. Après la traversée d’un village abandonné, on stoppe au mirador du volcan Ollagüe, qui est en activité. Bon, on n’est pas les seuls. Mais depuis les langues de roche volcanique figées façon vagues géantes, la vue sur la montagne et les fumerolles qui s’en échappent est carrément chouette.

Bolivie, sud Lipez, désert de Siloli, arbol de piedra Désormais, chaque nouvel arrêt offre un cadre aussi différent qu’incroyable. Au lac Hedionda, on approche au plus près nos premiers flamants roses de la journée ; en arrière-plan, les flancs des volcans dévalent de différentes teintes ocres. Au bord du lac Cachi, on s’abrite du vent dans une petite maisonnette pour déjeuner avant de se remettre en route dans une vaste étendue désertique – le désert de Siloli – jusqu’au fameux Árbol de piedra, l’arbre de pierre. Sculpté par le vent, ce rocher et ses voisins offrent des formes étonnantes. La nature a de l’imagination.

Dernière pause de cette deuxième journée, après le passage devant les gardes de la réserve nationale de faune andine Eduardo-Avaroa : la Laguna colorada, ou lac coloré. La coloration rouge brique est intense, surréaliste : elle est dûe à la présence de phytoplancton qui réagit sous l’effet de la lumière. Ça tombe bien, on a droit à un beau soleil ; mais ici, à plus de 4000 mètres d’altitude, le vent, du genre froid et costaud, interdit toute longue halte contemplative.

Bolivie, sud Lipez, lac Hedionda

Jour 3. Réveil à 4 plombes. Malgré un léger mal de tête pour certains la veille au soir, ça va, on a plutôt bien dormi dans notre dortoir de six lits, à plus de 4300 mètres d’altitude. Heureusement que depuis plus d’un mois maintenant, on a tous eu le temps de bien s’acclimater. Mais on pense à ceux qui visite de sud Lipez dans l’autre sens, en arrivant depuis le Chili… Les pauvres ! La bouteille d’oxygène accrochée au mur de la pièce principale n’est pas que décorative, c’est certain.

On assiste au lever du soleil, silencieux, depuis la voiture. Au loin, on aperçoit les geysers Sol de Mañana. C’est le point le plus haut de toute l’expédition : pas moins de 4 850 mètres d’altitude. Ils crachent une épaisse fumée souffrée, que l’on s’amuse à traverser en courant. Plus loin, Sandro nous arrête aux sources d’eau chaude de Polques : c’est le troisième jour sans douche, une petite trempette est la bienvenue, même si le petit bassin est hélas surpeuplée.
La frontière chilienne est proche mais voilà, après avoir traîné dans l’eau, on est un peu à la bourre. D’ordinaire très prudent, Sandro accélère. On traverse le désert de Dali (le paysage rappellent l’un des tableaux du peintre maître) sans pause jusqu’aux deux derniers lacs du circuit : la laguna Blanca et à la laguna Verde, qui portent bien leurs noms. Sous l’effet du vent, le second exhibe une couleur vert émeraude spectaculaire. La Nasa avait photographié l’endroit depuis un satellite.
De toute façon, honnêtement, entre un désert blanc, des lacs de toutes les couleurs, des volcans en activité et des rochers aux formes étranges, on n’est plus du tout sûr qu’on se trouve toujours sur la planète Terre…
Dernier instant d’émerveillement avant de rallier la frontière. Pan ! Retour à la réalité : un coup de tampon sur nos passeports et on grimpe à bord d’un bus direction notre prochaine étape : le Chili. 

 

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8 replies »

  1. Bonjour !
    J’ai une question concernant le circuit que vous avez effectué : vous avez demandé le circuit qui comprenait un transfert vers San Pedro de Atacama, mais je vois à la fin de votre article que vous avez pris un bus à la frontière chilienne.. Du coup le transfert s’arrêtait à la frontière, ensuite il fallait aller de vous-même à San Pedro de Atacama, c’est bien ça ? Merci à vous ! Vos photos sont très belles !

    • Bonjour Tahina,
      C’est vrai que ce bus peut porter à confusion ! En fait tout est compris dans le tarif de transfert de l’agence. Logiquement, avant le tour, l’agençe te donne un ticket pour le transport. Le chauffeur du 4×4 te dépose au poste de frontière, pour que tu tamponnes ta sortie du pays. Ensuite il te conduit dans le bus de l’agence qui assure la fin du trajet, côté Chili. En fait, les voitures boliviennes ne sont pas assurées pour finir le trajet au Chili, ce qui explique cette organisation. Tu n’as rien à payer. Le bus s’arretera à la douane chilienne et te dépose au centre de San Pedro.
      Ca se fait tout seul ! L’agence devrait t’expliquer tout ca !
      Bon voyage 🙂

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