Asie

En croisière dans la baie d’Halong

VIETNAM – On a passé deux jours et une nuit à naviguer entre les mythiques pics qui émergent des eaux, depuis l’île de Cat Ba. 

Vietnam, baie d'Halong

“Homme libre, toujours tu chériras la mer !”
Charles Baudelaire

“Ta-ta-ta !”
Renaud

C’est le grand jour. Aujourd’hui, on part naviguer dans la baie d’Halong. LA BAIE D’HALONG, MEC ! Tout le monde a déjà vu des photos de ce bout de mer de Chine d’où émergent, irrationnels, des milliers de pics karstiques. Autant dire qu’on est juste un tantinet excités. D’ailleurs, on n’est pas en retard, on est même en avance, on est les premiers à embarquer sur le bateau, au bout de la jeté de Cat Ba City. Xin Chao capitaine, Elodie et Mathieu prêts à lever l’ancre !

                                 

Au moment de la réservation de cette croisière de deux jours (lire l’encadré ci-dessous) la veille au soir, Mr. Kahn nous l’a affirmé : on sera quatre passagers. D’ailleurs, il y a bien deux chambres privatives dans le bateau. Tiens, justement, voilà les deux autres qui montent à bord. La Strasbourgeoise Aude et le Franco-Chilien Pablo, “guitarlélé” en bandoulière, qui réalisent un tour du monde dans le sens inverse du nôtre. Z’ont l’air cools, on commence à bavarder timidement sur le pont (on ne le sait pas encore, mais on va bourlinguer un bout de temps avec ces deux lamas-là).

EMBARQUER SUR LA BAIE D’HALONG, OUI MAIS COMMENT ? 
C’est LE site le plus touristique du Vietnam. Les propositions pour découvrir la baie d’Halong ne manquent pas : vous les trouverez dans toutes les agences de voyage et guesthouses du pays, d’Hanoi à Saïgon… Nous, on s’est directement rendu sur l’ile de Cat Ba pour chercher notre croisière (les plupart des bateaux sont affrétés depuis Halong city… on a voulu éviter.) Sur l’île, hôtels et agences proposent les mêmes formules : l’excursion d’une journée, celle d’une nuit deux jours ou trois jours, deux nuits. La dernière formule : trois jours et deux nuits seraient rarement mise en pratique (pas assez de demande ; donc si vous êtes intéressés par celle-ci trouvez vos compagnons de voyage avant de contacter une agence.)
Vous êtes comme nous ? Vous cherchez la formule “deux jours une nuit” pour dormir au milieu des pics karstiques ? Il ne vous reste plus qu’à faire le tour des popotes pour comparer les prix. Et ça varie énormément ! Il faut négocier, négocier dur, alors que les quasi totalité des hôtels proposent au final la même chose : vous ne réservez pas à la même adresse, pas au même tarif, mais vous serez sur le même bateau ! Les prix sont généralement annoncés en dollars (comme souvent au Vietnam). Si vous payez en dongs, vérifier le taux de change, qu’on ne vous arrondisse pas au-dessus. La technique est courante.
En réservant chez Mr Kahn, on a payé 2,9 millions de dongs à deux (soit plus ou moins 67 dollars, 60 euros par personne). Compris dans le prix : la croisière (de 8 h à 17 h le lendemain), tous les repas, les billets d’entrée dans les grottes, les locations de kayak… Quasiment tout sauf les boissons (vous pouvez essayer de négocier l’eau). Parmi nos compagnons de croisière, personne n’a payé le même prix : ça allait de 64 à… plus de 80 dollars par personne !
Attention au moment de votre réservation, vérifier bien ce qui est inclus dans votre “pack”. Si entrée pour des sites il y a, lesquels ? L’heure de départ et d’arrivée (certains vendent des tours de 12 h à 11 h le lendemain) ? Si vous souhaitez une chambre privée ? Et faites marquer tous les détails sur votre facture. Au Vietnam, on vous dit toujours “oui”, avec un grand sourire… 

 

Tiens, c’est curieux, voilà deux autres passagers. Deux Français : Camille, qui étudie pour un semestre à Singapour, et Thomas, Nîmois installé à Paris. Finalement, on sera six alors. Ah ben non, voilà deux autres backpackers qui se pointent en urgence, déposés par deux scooters. Pour eux, ça se voit, la nuit a été courte. “Goude morening.” OK, c’est bon les gars, on a le même accent… Stéphane vient d’Epernay ; il a rencontré le Grenoblois Romain la veille, en bringue. Huit matelots, huit Français, au moins on pourra causer fastoche. Les chambres ? Ah ben du coup elles seront privatives, mais dans le partage.

Des villages, oui mais flottants

Huit Frenchies à bord, donc. Un capitaine, un cuisinier-homme-à-tout-faire, 12 mots d’anglais à eux deux. L’équipage est au complet, larguez les amarres. La sortie du port nous offre une vue inédite sur Cat Ba City : c’est étonnant, au Vietnam, cette façon de construire des habitations étroites et tout en hauteur (lire aussi dans notre article Tu sais que tu es au Vietnam quand…).

Vietnam, baie d'Halong, village flottant

On passe devant un premier village flottant. On en verra d’autres. C’est l’une des originalités de la baie : plus d’un millier de personnes, qui vivent de la pêche, habitent sur l’eau. Des générateurs pour l’électricité, un système de récupération de l’eau de pluie et des petits parcs à poissons en guise de jardins potagers. Etonnant.

On maintient l’allure. Ca y est : le paysage de carte postale est là, tout autour de nous. Pour être précis, on est dans la baie de Lan Ha, “petite soeur” de celle Halong. La différence entre les deux ? Il n’y en a pas. Notre jonque progresse (à l’hélice, hélas, c’est quasiment fini les croisières à la voile) entre ces fameux îlots mi-roche mi-jungle qui jaillissent de l’eau ça et là. C’est vrai que ça en jette, quand même.

On ne tarde pas à faire le première arrêt. Personne à portée de vue, si ce n’est la petite barque d’un pêcheur. A une centaine de mètres, au pied d’une falaise, sur une des petites îles, une plage de sable blanc. Le capitaine a l’air formel : oui, on peut sauter depuis le pont du bateau. C’est parti alors ? Banzaï ! Plongeons, bombes, plats et autres figures plus ou moins artistiques. La french touch. On rejoint la plage. Papotages en faible profondeur, brasses, puis nouveaux plongeons pour certains. Le capitaine n’a pas l’air pressé alors on en profite ; faut dire qu’y a pire, comme cadre, pour se baigner (l’eau est au moins à 30°) et faire connaissance. On passera plus d’une heure ainsi, à n’apercevoir qu’une autre embarcation touristique et quelques canoës. Personne. C’est certain, on a vraiment bien fait de choisir Cat Ba Island, située trop loin de Hanoï et d’Halong city pour les tours organisés, afin de partir à la découverte de la baie. Tout le monde remonte à bord pour le déjeuner. Copieux, bon et varié : c’est chouette, et ce sera toujours comme ça jusqu’au lendemain. Bonne surprise.

Baignade et kayak à volonté 

Après encore un ou deux miles de navigation (environ, quoi), nouvel arrêt. Cette fois, c’est activité kayak. Souriant mais taiseux, le capitaine nous indique un vague cap, par là, entre les îles. Des îles, y’en a partout. On se lance, deux par bateau, à pagayer gaiement. On se suit jusqu’à une vaste anse fermée par une succession de pics karstiques et déserte. Au fond, une grotte. C’est sombre, très sombre et ça a l’air d’aller loin ; personne n’ose s’y aventurer. On se sépare, puis on se retrouve tous plus tard sur une nouvelle petite plage, où on passera près d’une heure, à la cool. Ambiance vacances à la mer. De retour sur le bateau (le gros, hein, tout le monde suit ?), sur le trajet qui mène au spot où on jettera l’ancre pour la nuit, c’est bières fraîches et rigolades. La croisière s’amuse. 

Vietnam, baie d'HalongTout est nickel. Avant le dîner, c’est châââmpagne s’il vous plaît : Stéphane a fait le voyage depuis la Marne avec une bouteille qu’il gardait pour ce moment. Le coucher de soleil sur les reliefs qui barrent les flots est magnifique, forcément. Tout est nickel, donc, mais malgré tout, pour l’instant, tous les deux, on n’est pas transportés. La magie du lieu n’opère pas. Ou par instants seulement. Comme lorsqu’après une soirée super sympa sur le pont, à jouer aux cartes et à boire des coups, on est quelques-uns à opter pour un bain de minuit. Surprise : dans l’eau, il y a comme de petites étincelles à chacun de nos mouvements. Du plancton, bioluminescent en l’occurrence, qui “s’allume” quand on le brasse. Une première pour chacun de nous.

Jour 2 : Cap au nord

Deuxième jour à bord. Plouf ! Tout commence par… une baignade. La nuit a été chaude, le sommeil court. Faire un petit plongeon ici, au réveil, c’est quand même pas mal. Après le petit-déjeuner, le moteur se remet à vrombir. Cap au nord vers la baie d’Halong, la vraie. Les bateaux de touristes, tous partis d’Halong city, se font de plus en plus nombreux. La nouvelle sortie en kayak, avec plusieurs passages sympas sous la roche, se fait cette fois-ci au milieu de nuées d’autres embarcations comme les nôtres.

Navigation en père peinard entre les îlots, arrêt visite dans l’une des nombreuses grottes de la baie, pauses baignades. La journée suit son cours. Sur le pont, entre nous, l’ambiance reste au beau fixe. Autour, un ciel d’orage renforce encore la beauté des paysages quand on approche de Monkey island, dernière halte au programme. La petite île est magnifique, mais elle est défigurée par les dizaines de bateaux qui y déversent leurs touristes, en excursion à la journée ou à l’après-midi. Pas la peine de s’attarder. Retour à Cat Ba.

Un petit bilan ?

Tiens, une fois n’est pas coutume, on va dresser un petit bilan. Alors, que retient-on de notre croisière dans Halong Bay ? L’endroit est merveilleux, évidemment, il ne faut surtout pas la manquer si vous avez une occasion d’y aller. On y a passé deux jours très agréables, à contempler ce paysage unique au monde. Mais voilà, ni l’un ni l’autre n’en sommes revenus envoûtés. Peut-être qu’on en attendait un peu trop. Mais en mettant pied à terre, on n’avait pas ce petit pincement au coeur, cette tristesse ressentie en quittant des sites comme le lac Baïkal, la Grande Muraille de Chine ou, plus tard, les temples d’Angkor.

Deux jours très agréables, donc, mais qui auraient presque pu être fades sans ces chouettes compagnons de navigation improvisés. D’ailleurs tous, on va les revoir. Camille et Thomas durant encore quelques jours, jusqu’à leur départ du Vietnam. Stéphane et Romain, on les retrouvera bientôt, à Hoï An. Quant aux amigos Aude et Pablo, on va carrément passer près d’un mois à voyager avec eux, jusqu’au Cambodge. Et s’il en était toujours ainsi ? Si l’essentiel, même au bout du monde, ce n’était pas ce qu’on fait, mais avec qui on le fait ?

LA BAIE HALONG : L’UNE DES MERVEILLES DU MONDE
Elle a été élue en 2011 comme l’une des sept merveilles naturelles du monde. Depuis 1994, la baie d’Halong est surtout classée au Patrimoine mondial de l’Unesco, pour sa “valeur universelle exceptionnelle“. “Couvrant une superficie de 43 400 ha et comprenant plus de 1600 îles et îlots dont la plupart sont inhabités et n’ont pas été perturbés par l’activité humaine, dit l’Unesco dans sa description du site, la baie forme un panorama marin spectaculaire de piliers calcaires et représente un modèle parfait de paysage karst mûr, tel qu’il évolue dans un climat tropical, chaud et humide. A la beauté scénique exceptionnelle du site s’ajoute le grand intérêt biologique qu’il présente.
Ah oui au fait, Ha Long en vietnamien signifie “descente du dragon“. La légende raconte que ce paysage fabuleux a été créé par l’animal qui a déchiré la montagne avec sa queue. Et comme le niveau de l’eau est monté, seuls les sommets les plus élevés émergent aujourd’hui. Merci qui ? Merci le dragon. 

 

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