Chine

Deux jours de trek dans les gorges du Saut du Tigre

CHINE – Les gorges du Saut du Tigre offrent l’une des plus belles rando du monde. Où manger, où dormir, combien ça coûte : récit et conseils pour réussir ce trek.

Chine, Yunnan, Gorges du saut du tigre

Un trek dans les gorges du Saut du Tigre. Immanquable dans le Yunnan, en Chine.

Avant toute chose, une déclaration. Oui, on t’aime bien. Tu es un bon compagnon de voyage. Tu es plutôt intéressant. Tu as le sens pratique, c’est vrai. Tu es costaud, carré même. Comme beaucoup, on voyage avec toi. On t’aime bien parce que tu nous apprends des tas de choses, tu nous parles d’histoire, de culture, de gastronomie…

On t’aime bien. Mais on peut te le dire : pour se loger, on ne t’écoute pas souvent. Notre constat : c’est souvent moins cher et tout aussi bien ailleurs, chez ceux qui ne portent pas ton auréole.
Rassure-toi, pour manger, on a tendance à te faire davantage confiance. Tu connais de bonnes adresses. Mais forcément, tu les dis à tout le monde, alors on est certain d’y croiser tes lecteurs.

On t’aime bien, mais on se méfie un peu de toi. Ben ouais, tu dis quand même des conneries. Et là donc, cher Lonely planet, tu as bien failli nous faire louper deux jours mémorables dans les gorges du Saut du tigre. L’endroit, situé au nord de la province du Yunnan, à quelques kilomètres du Tibet, prétend au titre de “canyon de rivière le plus profond du monde”. Devant le Grand canyon américain et consorts. Le fleuve Yangzi s’y faufile entre des escarpements de 2000 mètres de hauteur. L’un des panoramas les plus spectaculaires de toute la Chine, paraît-il, et au coeur duquel il existe un trek réputé.

« Ne prenez pas cette randonnée, à la légère, elle est difficile, même pour les plus sportifs », nous as-tu prévenu. OK. Et puis aussi : « Plusieurs personnes, dont des étrangers, ont péri dans la gorge. » Ah ? Et enfin : « Des voyageurs ont été agressés sur le chemin. » Et voilà : avec tout ça, tu nous as mis le doute. Mais tu nous excuses, vieux, on s’est aussi renseigné par ailleurs. Et donc, on l’a fait, ce fameux trek des gorges du Saut du tigre. Et on ne le regrette pas !
Au fait, pourquoi ce nom ? La légende raconte que, pour échapper à un chasseur, un tigre sauta par dessus le canyon en son point le plus étroit ; un bond d’une trentaine de mètre tout de même.

A quelques heures de route de Lijiang

Train de nuit depuis Kunming, arrivée à Lijiang vers six heures du mat’. Le temps d’une petite halte dans la vieille ville et au bord de l’étang du Dragon noir (lire l’encadré ci-dessous), on embarque en fin de matinée dans un bus direction Qiaotou, le petit village situé à l’entrée des gorges. On s’acquitte du droit d’entrée (65 yuans par personne, 9,35 euros – bah oui, en Chine, les paysages sont payants). On trouve facilement une chambre chez Jane’s tibetan guesthouse (70 yuans, 10 euros, la double avec petit déj’ – le pancake banane est démoniaque – ; 5 euros le lit en dortoir). Il n’y a qu’un seul autre client : Joris (dîtes Yooris), un Néérlandais de 25 ans qui voyage depuis Moscou. On sympathise assez vite après le dîner. Rendez-vous est fixé pour demain matin à 7 heures, on partira ensemble. Ah, au fait, lui aussi a vraiment hésité à venir jusque-ici. Hé oui, il te lit aussi, cher guide bleu.

LIJIANG, AVANT DE FILER SUR LES GORGES
Profitant d’une arrivée (très) matinale en train sur Lijiang, nous avons pris le temps de nous balader dans le coeur de la vieille ville, piéton et pavé, avant de filer vers les gorges du Saut du tigre : un agréable labyrinthe, aussi paisible au lever du soleil que bouillonnant en soirée, comme on le découvrira à notre retour du trek. La rumeur affirme qu’il est impossible pour un novice de ne pas se perdre dans ses ruelles entremêlées bordées de canaux ! Mais notre véritable coup de coeur se trouve un peu plus au nord : le parc de l’étang du Dragon noirAu dessus du plan d’eau, la montagne encore enneigée du Dragon de jade offre une véritable carte postale aux visiteurs. Et ce n’est pas le seul attrait du site. Tous les matins, les seniors chinois se réunissent en nombre dans le parc pour faire leurs exercices de gymnastique douce ou danser. Un peu plus loin, d’autres emmènent les cages de leurs oiseaux de compagnie pour leur offrir un bol d’air frais ! Le parc est une véritable institution pour les locaux (en matinée du moins). Et forcément, un incontournable pour les voyageurs.
Tarifs : pour entrer dans la vieille ville ou/et dans le parc, il faut s’acquitter d’une taxe dite écologique de 80 yuans (par personne. Le billet est valide pendant un mois. 

 

carteOn se lance avec, dans la poche, le plan (une brave photocopie) fourni par la guesthouse. Il existe deux façons de découvrir les gorges du Saut du tigre. Par le bas : une ancienne piste aujourd’hui devenue route sur laquelle se suivent les bus touristiques. A fuir, sauf à aimer randonner sur du bitume et bouffer de la poussière. On marche quelques hectomètres sur celle-ci avant de bifurquer vers le sentier tracé à mi-pente (aussi nommé high trail), la seconde option. Pas de souci : c’est bien balisé, et ça le restera jusqu’au bout. Au programme : deux journées et plus de 25 km de marche, avec un point culminant à 2670 mètres d’altitude. On commence doucement, en discutant avec notre compagnon de route batave. C’est chouette, semaine après semaine, on se sent de plus en plus à l’aise en anglais.

Les “terribles” 28 lacets ? Faisable

Très vite, au bout d’une demi-heure, ça monte fort. Tellement fort qu’un moment, avec Joris, on se demande même si on est pas déjà dans les “28 lacets”, annoncés comme la principale difficulté du parcours. Non, ce n’est qu’un premier raidillon : les “28 lacets” en question se dresseront devant nous deux bonnes heures plus tard, dont l’essentiel en montée, après avoir traversé un petit village où vivent des chinois de la minorité Naxi (il y existe une guesthouse) et s’être vus proposer des sachets de “marijuana pour se donner de l’énergie” par une gentille petite dame. En fait, on le découvrira plus tard, le cannabis pousse à l’état sauvage en bordure du chemin…

Alors, ces fameux 28 lacets, décrits façon col hors catégorie dans notre cher Lonely Planet ? Oui, c’est assez raide. Oui, il vaut mieux éviter de les affronter en pleine chaleur. Mais non, ce n’est pas infranchissable pour quiconque est un tantinet en forme : une bonne demi-heure d’effort pour parvenir au point le plus haut de la balade (on a tout de même pris 900 mètres de dénivelé positif) et s’offrir une première vue plongeante sur le défilé. Il reste ensuite une heure et demi de marche, sur un sentier cette fois plutôt plat, pour parvenir à la Tea horse guesthouse (soit après 4h30 de rando au total, pour nous). Certains choisissent de s’arrêter là pour repartir le lendemain ; nous trois, on y a fait une pause pour déjeuner (plats moyens, prix corrects) avant de repartir en direction de Half way, la guesthouse suivante. Il faut marcher encore 1h30, via un chemin toujours assez facile.

Chine, Yunnan, Gorges du saut du tigre, half way

On ne regrette pas notre choix. A notre arrivée, devant l’établissement, des villageois s’attaquent au découpage du cochon qu’ils viennent de tuer. Folklo. La guesthouse est plutôt belle, avec une jolie cour intérieure. Les chambres sont sommaires (80 yuans la double sans salle de bain, 11,50 euros ; 40 yuans le lit en dortoir ; attention pour ceux qui voudraient y aller l’hiver, il n’y a pas de chauffage) mais la vue sur les sommets qui surplombent l’autre côté des gorges, en s’élevant jusqu’à 5400 mètres, est saisissante. C’est là, devant une bière réparatrice, qu’on rencontre Camilla, une Autrichienne qui boucle seule un voyage de trois mois débutée avec une amie. On passe une bonne soirée à quatre avant de convenir de marcher tous ensemble sur la seconde moitié du parcours.

Jour 2, remontée sous le soleil brûlant

Re-pancake banane, départ à 8 h 30. Comme à la fin du premier jour, le chemin serpente véritablement au-dessus des gorges du saut du tigre, à flanc de montagne. Magnifique. Vertigineux, parfois. On traverse même une cascade avant de débuter la descente vers la rivière. On retrouve la route après une heure et demi d’une balade agréable et plutôt aisée, lors de laquelle on a beaucoup causé, notamment de bouffe forcément, comme à chaque fois que des gens qui voyagent depuis un bon moment se rencontrent. Mais il reste un dernier morceau assez coriace : presque trois heures de marche, aller-retour, jusqu’aux berges du Yangzi.

Plusieurs itinéraires possibles : on choisit d’éviter celui avec les échelles (l’une d’elles ferait plus de 20 mètres de verticalité) pour emprunter celui qui descend environ 500 mètres en aval de la Tinas’s guesthouse (il faut tout de même glisser un nouveau billet de 10 yuans, 1,5 euros, à un gardien devant une guérite). Le sentier est raide, mais beaucoup de marches ont été aménagées. Tout en bas, l’eau s’écoule à gros bouillon. Impressionnant.

Les trois quarts d’heure de remontée, sous le brûlant soleil de midi, s’avèrent être finalement le moment le plus physique de tout le trek. Mais de retour sur la route, dans une petite auberge, un coca bien frais (une fois n’est pas coutume), des dumplings (sorte de raviolis) au fromage de yak et une bonne “pizza naxi” (qui n’a rien d’une pizza) nous aident à nous remettre de tous nos efforts, depuis deux jours.

Chine, Yunnan, Gorges du saut du tigre

Au final, on quitte les gorges du Saut du tigre avec quelques douleurs et courbatures mais surtout la joie d’avoir marché si longtemps dans un paysage extraordinaire (en y croisant que très peu de touristes, sauf au niveau de la route). Camilla part vers Shangri-la, on dira bye-bye à Joris à l’arrivée du bus à Lijiang. Non, cette randonnée n’est pas facile. Mais avec un temps clément, sur deux jours, elle reste accessible et sans danger, même pour le marcheur occasionnel. Le principal risque, c’est de la rater. En se fiant trop au Lonely planet, par exemple.

QIATOU, POINT DE DEPART DU TREK
A deux heures de route de Lijiang, les gorges du Saut du tigre sont faciles à relier en bus. Pour s’y rendre, prendre un ticket à la gare de bus longue distance (au sud-est du centre-ville ; bus 18 depuis la gare ferroviaire ; 8 ou 11 depuis le centre-ville) pour le village de Qiaotou. (43 yuans ; 6 euros). De là, deux solutions : attendre dans une guethouse le jour suivant pour démarrer à la fraîche (chez Jane’s guesthouse, comme nous, il est possible de laisser vos gros sacs à dos et de les récupérer le lendemain) ou commencer à marcher 1h30 à 2h jusqu’à la première guesthouse installée sur le chemin, au village Naxi. Pour le retour, réserver votre billets de bus pour Lijiang ou Shangri-la directement depuis à Halfway ou Tina’s guesthouse. Facile. Le bus part vers 15 h, devant chez Tina’s. Il fait une halte de 5 minutes devant chez Jane’s pour vous laisser le temps de récupérer vos affaires.

 

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19 replies »

  1. Merci pour cet article, très bien écrit par ailleurs.
    Nous venons de faire la “middle section” des gorges du saut du tigre qui prend environ une matinée. Très beau et impressionnant mais un peu casse-pipe. Mon compagnon a le vertige et a eu beaucoup de mal sur certains passages (passages que l’on voit sur Google Images et qui nous a fait renoncer au trek de 2 jours).
    Votre article nous met donc le doute : au-delà de l’aspect physique du trek, est-il envisageable pour une personne sujette au vertige de faire ce trek (faire demi-tour etant plus compliqué que si la rando dure 3h comme dans le cas de la “middle section”) ?

    • Bonjour Catherine. Quand vous dites que vous avez fait la “middle section”, c’est à dire que depuis la route vous êtes descendu dans les gorges, c’est ça ? Par les échelles ou par le chemin ?
      Il se trouve que j’ai moi-même le vertige. Pas au point de me bloquer littéralement, mais je prend souvent sur moi ! J’ai fait ce trek, donc je pense que toute personne qui a le vertige et qui peut le dépasser un minimum (suffisamment pour avancer et ne pas rester bloquer) peut le faire. En détails : le début du trek avec les 28 lacets ne présente pas de difficulté sur ce point. Forcément on a une vue très dégagée mais on n’est pas proche du vide (pas de précipice). Sur la fin de la première journée et le lendemain matin, on marche sur un chemin en bord de falaises. Alors oui la sensation de vertige est bien là, mais pour ma part, je “rasais le mur” de la falaise, sans regarder en bas bien sûr et je n’ai pas eu de souci. La route n’est pas étroite au point de vous empêcher de marcher. Mais le vide est bien là sur le coté, ça on ne peut pas le nier. Quand à la descente près de l’eau, au fond des gorges, nous avons éviter les échelles pour justement pallier mon problème de vertige. Le chemin, lui, descend en pente raide. Mais rien d’insurmontable je pense.
      Je dirai donc que oui le trek est faisable si on a le vertige. Mais on n’a pas tous la même peur du vide…

  2. Merci pour votre témoignage ! Mes amis en moi prévoyons de faire cette randonnée d’ici 10 jours : pensez-vous qu’il faille emmener une carte ? Pour ma part, je préfèrerais en avoir une, afin d’étudier un peu le dénivelé au préalable et surtout pour être sûre de ne pas nous perdre ! En aviez-vous une ? Et si oui où l’avez-vous trouvée ?

    • Tu trouveras une carte sans problème dans ton auberge de jeunesse ou alors au bureau d’accueil de Qiaotou, là où tu doit acquitter les droits d’entrée. Mais ne t’attends pas à quelque chose de très précis… Bonne balade !

  3. Merci pour ces bons conseils ! Petite question : comment aviez-vous réservé les 2 guesthouses ? Car je ne les trouve pas sur internet via booking, ctrip ou tripadvisor. Merci d’avance pour votre aide !

    • Hé bien… On n’avait pas réservé. On a fait ça sur place, sans problème. On pense qu’elle doivent être très rarement complète. Bonne balade !

  4. Vous avez goûté le cochon ? Joli balade, joli récit. Mathieu, Yo m’a dit que tu faisais moins le fier en montant à la viaferrata des gorges du Tarn. Mais tu étais nettement plus chargé…
    Je me régale de vous lire.
    bises à vous deux.

    • Non, sans doute faisable. Mais avec prudence, notamment pour la traversée de la cascade le second jour. Bonne balade, tiens-nous au courant !

    • C’est très faisable. Allez-y, vous ne sera pas déçus. Et puis, en cas de coup de pompe, y a une guesthouse environ toutes les deux heures de marche… Tenez-nous au courant. Bon voyage.

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